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Sagesse*
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▲1.1 Aimez la justice, vous qui
gouvernez la terre, entretenez de droites pensées sur le Seigneur, avec
simplicité de cœur, cherchez-le.
1.2 Car il
se laisse trouver par qui ne le tente pas, il se manifeste à qui ne
manque pas de foi en lui.
1.3 Les
pensées tortueuses séparent de Dieu, et la Puissance, mise à l'épreuve,
confond les insensés.
1.4 Dans
une âme malfaisante, la Sagesse n'entre pas, elle n'habite pas dans un
corps grevé par le péché.
1.5 Car le
saint Esprit qui éduque fuit la duplicité, il s'écarte des pensées
folles, il est mis en échec quand survient l'injustice.
1.6 La
Sagesse est un esprit bienveillant et elle ne laissera pas impuni celui
dont les lèvres médisent, puisque Dieu est le témoin de ses reins,
scrute son cœur selon la vérité et se tient à l'écoute de sa langue.
1.7 Oui,
l'Esprit du Seigneur remplit la terre et comme il contient l'univers,
il a connaissance de chaque son.
1.8 Aussi
quiconque parle méchamment ne passe pas inaperçu, et la justice
accusatrice ne le manquera pas.
1.9 Sur les
intentions de l'impie, enquête sera faite, le bruit de ses paroles ira
jusqu'au Seigneur comme preuve de ses forfaits.
1.10 Une
oreille zélée écoute tout, même le chuchotement des murmures ne lui
échappe pas.
1.11
Gardez-vous donc du murmure inutile ; pour ne pas médire, retenez votre
langue, car un mot dit en secret ne reste pas sans conséquence et la
bouche qui calomnie tue l'âme.
1.12 Ne
recherchez pas la mort en fourvoyant votre vie, n'attirez pas à vous la
ruine par les œuvres de vos mains.
1.13 Dieu,
lui, n'a pas fait la mort et il ne prend pas plaisir à la perte des
vivants.
1.14 Car il
a créé tous les êtres pour qu'ils subsistent et, dans le monde, les
générations sont salutaires ; en elles il n'y a pas de poison funeste
et la domination de l'Hadès ne s'exerce pas sur la terre,
1.15 car la
justice est immortelle.
1.16 Mais
les impies ont invité l'Hadès du geste et de la voix, s'éprenant
d'amitié pour lui, ils se sont pâmés, puis ils ont conclu un pacte avec
lui. Aussi bien méritent-ils d'être de son parti.
▲2.1 Car ils disent entre eux,
avec de faux raisonnements : « Elle est courte et triste notre vie ; il
n'y a pas de remède quand l'homme touche à sa fin et personne, à notre
connaissance, n'est revenu de l'Hadès.
2.2 Nous
sommes nés à l'improviste et après, ce sera comme si nous n'avions pas
existé. Le souffle dans nos narines n'est qu'une fumée, la pensée, une
étincelle qui jaillit au battement de notre cœur.
2.3 Qu'elle
s'éteigne, le corps se résoudra en cendre et le souffle se dissipera
comme l'air fluide.
2.4 Notre
nom sera oublié avec le temps et personne ne se rappellera nos actions.
Notre vie aura passé comme un nuage, sans plus de traces, elle se
dissipera telle la brume chassée par les rayons du soleil et abattue
par sa chaleur.
2.5 Notre
temps de vie ressemble au trajet de l'ombre et notre fin ne peut être
ajournée, car elle est scellée et nul ne revient sur ses pas.
2.6 Eh
bien, allons ! Jouissons des biens présents et profitons de la création
comme du temps de la jeunesse, avec ardeur.
2.7 Du
meilleur vin et de parfum enivrons-nous, ne laissons pas échapper les
premières fleurs du printemps.
2.8
Couronnons-nous de boutons de roses avant qu'elles ne se fanent.
2.9
Qu'aucun de nous ne manque à notre fête provocante, laissons partout
des signes de notre liesse, car c'est là notre part, c'est là notre lot.
2.10
Opprimons le pauvre, qui pourtant est juste, n'épargnons pas la veuve
et n'ayons pas égard aux cheveux blancs du vieillard.
2.11 Mais
que pour nous la force soit la norme du droit, car la faiblesse s'avère
inutile.
2.12 «
Traquons le juste : il nous gêne, s'oppose à nos actions, nous reproche
nos manquements à la Loi et nous accuse d'être infidèles à notre
éducation.
2.13 Il
déclare posséder la connaissance de Dieu et il se nomme enfant du
Seigneur.
2.14 Il est
devenu un reproche vivant pour nos pensées et sa seule vue nous est à
charge.
2.15 Car sa
vie ne ressemble pas à celle des autres et sa conduite est étrange.
2.16 Il
nous considère comme une chose frelatée et il s'écarte de nos voies
comme de souillures. Il proclame heureux le sort final des justes et se
vante d'avoir Dieu pour père.
2.17 Voyons
si ses paroles sont vraies et vérifions comment il finira.
2.18 Si le
juste est fils de Dieu, alors celui-ci viendra à son secours et
l'arrachera aux mains de ses adversaires.
2.19
Mettons-le à l'épreuve par l'outrage et la torture pour juger de sa
sérénité et apprécier son endurance.
2.20
Condamnons-le à une mort honteuse, puisque, selon ses dires, une
intervention divine aura lieu en sa faveur. »
2.21 Ainsi
raisonnent-ils, mais ils se trompent ; leur perversité les aveugle
2.22 et ils
ne connaissent pas les secrets desseins de Dieu, ils n'espèrent pas de
récompense pour la piété, ils n'apprécient pas l'honneur réservé aux
âmes pures.
2.23 Or
Dieu a créé l'homme pour qu'il soit incorruptible et il l'a fait image
de ce qu'il possède en propre.
2.24 Mais
par la jalousie du diable la mort est entrée dans le monde : ils la
subissent, ceux qui se rangent dans son parti.
▲3.1 Les âmes des justes, elles,
sont dans la main de Dieu et nul tourment ne les atteindra plus.
3.2 Aux
yeux des insensés, ils passèrent pour morts, et leur départ sembla un
désastre,
3.3 leur
éloignement, une catastrophe. Pourtant ils sont dans la paix.
3.4 Même
si, selon les hommes, ils ont été châtiés, leur espérance était pleine
d'immortalité.
3.5 Après
de légères corrections, ils recevront de grands bienfaits. Dieu les a
éprouvés et les a trouvés dignes de lui ;
3.6 comme
l'or au creuset, il les a épurés, comme l'offrande d'un holocauste, il
les a accueillis.
3.7 Au
temps de l'intervention de Dieu, ils resplendiront, ils courront comme
des étincelles à travers le chaume.
3.8 Ils
jugeront les nations et domineront sur les peuples, et le Seigneur sera
leur roi pour toujours.
3.9 Ceux
qui se confient en lui comprendront la vérité, ceux qui restent fermes
dans l'amour demeureront auprès de lui. Car il y a grâce et miséricorde
pour ses élus.
3.10 Les
impies, au contraire, recevront le châtiment que méritent leurs
pensées, pour avoir méprisé le juste et abandonné le Seigneur.
3.11 Car
ceux qui dédaignent la Sagesse et sa discipline de vie sont des
misérables : vide est leur espérance, inutiles leurs efforts, et leurs
travaux ne servent à rien ;
3.12 leurs
femmes sont insensées, leurs enfants méchants, leur descendance maudite.
3.13
Heureuse plutôt la femme stérile, celle qui est sans tache et n'a pas
connu une union interdite ; elle aura du fruit lors de l'inspection des
âmes.
3.14
Heureux aussi l'eunuque, dont la main n'a pas fait de mal et qui n'a
pas nourri des pensées mauvaises contre le Seigneur : il recevra pour
sa fidélité une grâce de choix et une part plus délicieuse dans le
temple du Seigneur.
3.15 Car le
fruit des efforts vertueux est plein de gloire, indéfectible, la racine
de la sagesse.
3.16 Mais
les enfants des adultères ne s'épanouiront pas et la descendance d'une
union illégitime disparaîtra.
3.17 Même
s'ils vivent longtemps, ils seront comptés pour rien et, jusqu'à la
fin, leur vieillesse sera méprisée.
3.18 Et
s'ils meurent tôt, ils n'auront ni espoir, ni consolation au jour du
verdict.
3.19
Pénible est la destinée d'une race injuste !
▲4.1 Mieux vaut ne pas avoir
d'enfant et posséder la vertu qui laisse un souvenir riche
d'immortalité, car elle est approuvée par Dieu et par les hommes.
4.2
Présente, on l'imite, absente, on la regrette ; dans le monde éternel,
elle triomphe, ceinte d'une couronne, après avoir vaincu dans un
concours aux luttes sans souillures.
4.3 Mais la
nombreuse progéniture des impies sera inutile ; issue de rejetons
bâtards, elle ne jettera pas de racines profondes et elle n'établira
pas une base solide.
4.4 Même
si, pour un temps, elle pousse des branches, mal assurée, elle sera
ébranlée par le vent et déracinée par la bourrasque.
4.5 Ses
rameaux seront brisés avant terme, leur fruit sera perdu, trop vert
pour être mangé et bon à rien.
4.6 Car les
enfants nés de sommeils coupables témoignent, lors de l'enquête, de la
perversité des parents.
4.7 Un
juste, au contraire, même s'il meurt avant l'âge, connaîtra le repos.
4.8 Car la
vieillesse estimée n'est pas celle du grand âge, elle ne se mesure pas
au nombre des années.
4.9 La
sagesse tient lieu de cheveux blancs pour l'homme, l'âge de la
vieillesse, c'est une vie sans tache.
4.10 Devenu
agréable à Dieu, il a été aimé et, comme il vivait parmi les pécheurs,
il a été emporté ailleurs.
4.11 Il a
été enlevé de peur que le mal n'altère son jugement ou que la ruse ne
séduise son âme.
4.12 Car la
fascination de la frivolité obscurcit les vraies valeurs et le
tournoiement du désir ébranle un esprit sans malice.
4.13
Parvenu à la perfection en peu de temps, il a atteint la plénitude
d'une longue vie.
4.14 Son
âme a plu au Seigneur et c'est pourquoi elle s'est hâtée de sortir d'un
milieu pervers. Les gens ont vu et n'ont pas compris, ils ne se sont
pas mis dans l'esprit ce mystère :
4.15 qu'il
y a grâce et miséricorde pour ses élus, et qu'il interviendra en faveur
de ses saints.
4.16 La
mort du juste condamne la survie des impies, et la jeunesse tôt
parachevée, la longue vieillesse de l'injuste.
4.17 Ils
verront donc la mort du sage, sans comprendre ce qu'a voulu pour lui le
Seigneur et pourquoi il l'a mis en sûreté.
4.18 Ils
verront et n'auront que mépris, mais le Seigneur se rira d'eux.
4.19
Ensuite ils deviendront un cadavre infâme, un perpétuel objet de honte
parmi les morts ; il les précipitera, sans qu'ils puissent dire mot, la
tête la première, il les ébranlera jusqu'en leurs fondements et ils
resteront en friche jusqu'à la fin ; ils seront dans la douleur et leur
souvenir périra.
4.20 Quand
on fera le compte de leurs péchés, ils viendront, apeurés, et leurs
crimes se dresseront contre eux pour les accuser.
▲5.1 Alors le juste se tiendra
debout, avec une belle assurance, face à ceux qui l'opprimèrent et qui
méprisaient ses efforts.
5.2 A sa
vue, ils seront secoués d'une peur terrible, stupéfaits de le voir
sauvé contre toute attente.
5.3 Ils se
diront entre eux, pleins de remords et gémissant, le souffle court :
5.4 « C'est
lui que jadis nous tournions en ridicule et dont nous faisions un objet
de sarcasme. Insensés, nous avons jugé sa vie une pure folie et sa mort
déshonorante.
5.5 Comment
donc a-t-il été admis au nombre des fils de Dieu et partage-t-il le
sort des saints ?
5.6 Ainsi
nous nous sommes égarés loin du chemin de la vérité, la lumière de la
justice ne nous a pas éclairés et le soleil ne s'est pas levé pour nous.
5.7 Nous
avons marché jusqu'au dégoût dans les sentiers de l'injustice et de la
perdition, traversé des déserts sans pistes, mais nous n'avons pas
connu la voie du Seigneur.
5.8 A quoi
nous a servi notre arrogance ? Que nous a rapporté la richesse dont
nous nous vantions ?
5.9 Tout
cela s'est évanoui comme l'ombre, comme un message porté en courant.
5.10 Tel le
navire qui fend l'onde agitée sans qu'on puisse retrouver la trace de
son passage ou le sillage de sa carène dans les flots ;
5.11 tel
encore l'oiseau qui vole à travers les airs et ne laisse de son trajet
aucune marque perceptible, car l'air léger, frappé à coups de rémiges,
fendu par le puissant élan des ailes qui battent, est traversé sans
qu'on y trouve ensuite l'indice de son passage ;
5.12 telle
la flèche lancée vers le but, quand l'air déchiré revient aussitôt sur
lui-même, si bien qu'on ignore la trajectoire suivie ;
5.13 ainsi
nous-mêmes, à peine nés, nous avons disparu et n'avons pu montrer
aucune trace de vertu ; nous nous sommes consumés dans le vice. »
5.14 Oui,
l'espoir de l'impie est pareil à la balle emportée par le vent, ou à
l'écume légère que chasse l'ouragan ; il se dissipe comme fumée au
vent, il s'évanouit comme le souvenir de l'hôte d'un jour.
5.15 Mais
les justes vivent pour toujours ; leur salaire dépend du Seigneur et le
Très-Haut prend soin d'eux.
5.16 Aussi
recevront-ils la royauté splendide et le diadème magnifique de la main
du Seigneur. Car, de sa droite, il va les protéger, et, de son bras,
les couvrir.
5.17 Il
prendra comme armure son zèle vengeur et il armera la création pour
châtier ses ennemis.
5.18 Comme
cuirasse, il revêtira la justice, comme casque, il mettra le jugement
sans appel.
5.19 Il
prendra sa sainteté invincible pour bouclier,
5.20 en
guise d'épée, il affûtera sa colère inflexible et l'univers viendra
combattre avec lui contre les insensés.
5.21 Tels
des traits bien ajustés, les éclairs partiront et depuis les nuages,
comme d'un arc fortement tendu, jailliront vers le but.
5.22 Une
baliste lancera des grêlons pleins de fureur, les eaux de la mer se
déchaîneront contre eux et les fleuves les submergeront sans pitié.
5.23 Un
souffle de puissance se lèvera contre eux et comme un ouragan les
dispersera. L'iniquité aura fait de la terre entière un désert, la
malfaisance aura renversé le trône des puissants.
▲6.1 Or donc, rois, écoutez et
comprenez, laissez-vous instruire, vous dont la juridiction s'étend à
toute la terre.
6.2 Prêtez
l'oreille, vous qui dominez sur les foules et qui êtes si fiers de la
multitude de vos nations :
6.3 vous
avez reçu du Seigneur votre pouvoir, du Très-Haut, votre souveraineté,
et c'est lui qui examinera vos actes et scrutera vos desseins,
6.4 si
vous, les ministres de sa royauté, n'avez pas jugé selon le droit, ni
respecté la loi, ni agi selon la volonté de Dieu.
6.5 De
façon terrible et soudaine il surgira devant vous, car un jugement
rigoureux s'exerce contre les grands.
6.6 Le
petit, lui, est excusable et digne de pitié, mais les puissants seront
examinés avec vigueur.
6.7 Le
souverain de tous ne reculera devant personne et ne tiendra pas compte
de la grandeur : il a créé le petit comme le grand et sa providence est
la même pour tous.
6.8 Mais
aux forts une dure enquête est réservée.
6.9 C'est
donc à vous, ô princes, que vont mes paroles, afin que vous appreniez
la Sagesse et ne trébuchiez pas.
6.10 Ceux
qui auront observé saintement les saintes lois seront reconnus saints,
et ceux qui en auront été instruits trouveront une défense.
6.11 Alors
soyez avides de mes paroles, désirez-les ardemment et vous serez
éduqués.
6.12 La
Sagesse brille et ne se flétrit pas, elle se laisse voir aisément par
ceux qui l'aiment et trouver par ceux qui la cherchent.
6.13 Elle
devance ceux qui la désirent, en se faisant connaître la première.
6.14
Quiconque part tôt vers elle ne se fatiguera pas : il la trouvera
assise à sa porte.
6.15 Se
passionner pour elle, c'est la perfection du discernement. Et quiconque
aura veillé à cause d'elle sera bientôt sans inquiétude,
6.16 car,
de son côté, elle circule en quête de ceux qui sont dignes d'elle, elle
leur apparaît avec bienveillance sur leurs sentiers et, dans chacune de
leurs pensées, elle vient à leur rencontre.
6.17 Le
commencement de la Sagesse, c'est le désir vrai d'être instruit par
elle,
6.18
vouloir être instruit, c'est l'aimer, l'aimer, c'est garder ses lois,
observer ses lois, c'est être assuré de l'incorruptibilité,
6.19 et
l'incorruptibilité rend proche de Dieu.
6.20 Ainsi
le désir de la Sagesse élève jusqu'à la royauté.
6.21 Si
donc vous, princes des peuples, prenez plaisir aux trônes et aux
sceptres, rendez hommage à la Sagesse et vous régnerez pour toujours.
6.22 Mais
qu'est-ce que la Sagesse et quelle est son origine ? Je vais
l'annoncer, sans vous cacher les mystères. Je remonterai jusqu'au
principe de son existence, j'exposerai au grand jour la connaissance de
sa réalité ; je ne passerai certes pas à côté de la vérité
6.23 ni ne
cheminerai jamais avec l'envie qui consume car elle exclut toute
participation à la Sagesse.
6.24 La
multitude des sages, au contraire, assure le salut du monde, et un roi
avisé, le bien-être d'un peuple.
6.25 Aussi
laissez-vous instruire par mes paroles et vous y trouverez profit.
▲7.1 Je suis moi aussi un homme
mortel, égal à tous, descendant du premier qui fut modelé de terre.
Dans le ventre d'une mère, j'ai été sculpté en chair.
7.2 durant
dix mois, ayant pris consistance dans le sang à partir d'une semence
d'homme et du plaisir qui accompagne le sommeil.
7.3 Moi
aussi, dès ma naissance, j'ai aspiré l'air qui nous est commun et je
suis tombé sur la terre où l'on souffre pareillement : comme pour tous,
mon premier cri fut des pleurs.
7.4 J'ai
été élevé dans les langes, au milieu des soucis.
7.5 Aucun
roi n'a débuté autrement dans l'existence.
7.6 Pour
tous, il n'y a qu'une façon d'entrer dans la vie comme d'en sortir.
7.7 Aussi
ai-je prié et le discernement m'a été donné, j'ai imploré et l'esprit
de la Sagesse est venu en moi.
7.8 Je l'ai
préférée aux sceptres et aux trônes, auprès d'elle, j'ai estimé néant
la richesse ;
7.9 je ne
l'ai pas comparée à la pierre inestimable car tout l'or du monde, face
à elle, ne serait qu'un peu de sable et l'argent, devant elle,
paraîtrait de la boue.
7.10 Plus
que la santé et la beauté je l'ai aimée, et je décidai de l'avoir pour
lumière, car sa clarté ne connaît pas de déclin.
7.11 Mais
avec elle, elle m'a apporté tous les biens à la fois, elle tenait dans
ses mains une richesse incalculable.
7.12 J'ai
profité de tous ces biens, les sachant dirigés par la Sagesse ;
j'ignorais pourtant qu'elle-même en était l'auteur.
7.13 Ce que
j'ai appris avec simplicité, j'en fais part sans réserve. je ne tairai
pas sa richesse.
7.14 Car
elle est pour les hommes un trésor inépuisable. Ceux qui l'ont exploité
se sont concilié l'amitié de Dieu, recommandés à lui par les dons
provenant de l'éducation.
7.15 Que
Dieu m'accorde de parler avec intelligence et de concevoir des pensées
dignes des dons reçus, car c'est lui qui guide la Sagesse et dirige les
sages.
7.16 Il
tient en son pouvoir et nous-mêmes et nos paroles, tout savoir et toute
science des techniques.
7.17 Ainsi
m'a-t-il donné une connaissance exacte du réel. Il m'a appris la
structure de l'univers et l'activité des éléments,
7.18 le
commencement, la fin et le milieu des temps, les alternances des
solstices et les changements de saisons,
7.19 les
cycles de l'année et les positions des astres,
7.20 les
natures des animaux et les humeurs des bêtes sauvages, les impulsions
violentes des esprits et les pensées des hommes, les variétés de
plantes et les vertus des racines.
7.21 Toute
la réalité cachée et apparente, je l'ai connue, car l'artisane de
l'univers, la Sagesse, m'a instruit.
7.22 Car il
y a en elle un esprit intelligent, saint, unique, multiple, subtil,
mobile, distinct, sans tache, clair, inaltérable, aimant le bien,
diligent,
7.23
indépendant, bienfaisant, ami de l'homme, ferme, assuré, tranquille,
qui peut tout, surveille tout et pénètre tous les esprits, les
intelligents, les purs, les plus subtils.
7.24 Aussi
la Sagesse est-elle plus mobile qu'aucun mouvement, à cause de sa
pureté, elle passe et pénètre à travers tout.
7.25 Elle
est un effluve de la puissance de Dieu, une pure irradiation de la
gloire du Dieu souverain ; c'est pourquoi nulle souillure ne se glisse
en elle.
7.26 Elle
est un reflet de la lumière éternelle, un miroir sans tache de
l'activité de Dieu et une image de sa bonté.
7.27 Comme
elle est unique, elle peut tout ; demeurant en elle-même, elle
renouvelle l'univers et, au long des âges, elle passe dans les âmes
saintes pour former des amis de Dieu et des prophètes.
7.28 Car
seuls sont aimés de Dieu ceux qui partagent l'intimité de la Sagesse.
7.29 Elle
est plus radieuse que le soleil et surpasse toute constellation.
Comparée à la lumière, sa supériorité éclate :
7.30 la
nuit succède à la lumière, mais le mal ne prévaut pas sur la Sagesse.
▲8.1 Elle s'étend avec force
d'une extrémité du monde à l'autre, elle gouverne l'univers avec bonté.
8.2 C'est
elle que j'ai aimée et recherchée dès ma jeunesse, j'ai cherché à en
faire mon épouse et je suis devenu l'amant de sa beauté.
8.3 Sa
gloire éclipse la noblesse, car elle partage la vie de Dieu et le
souverain de l'univers l'a aimée.
8.4 Initiée
à la science même de Dieu, elle décide de ses œuvres.
8.5 Et si
la richesse est un bien désirable dans la vie, quoi de plus riche que
la Sagesse, l'auteur de toutes choses ?
8.6 Si
notre intelligence est efficace, l'artisane des êtres ne l'est-elle pas
davantage ?
8.7
Aime-t-on la rectitude ? Les vertus sont le fruit de ses travaux, car
elle enseigne modération et prudence, justice et courage, et il n'est
rien de plus utile aux hommes dans la vie.
8.8
Désire-t-on encore profiter d'une longue expérience ? Elle connaît le
passé et conjecture l'avenir, elle sait interpréter les sentences et
résoudre les énigmes, elle prévoit signes et prodiges, les moments et
les temps favorables.
8.9 Je
résolus donc d'en faire la compagne de ma vie, sachant qu'elle serait
ma conseillère pour le bien, mon réconfort dans les soucis et le
chagrin.
8.10 Grâce
à elle, me disais-je, j'aurai de la gloire auprès des foules et, bien
que jeune, je jouirai de la considération des vieillards.
8.11 On me
trouvera pénétrant dans l'exercice de la justice et les princes, devant
moi, seront émerveillés.
8.12 Si je
me tais, ils attendront ; si je parle, ils se feront attentifs, et si
mon discours se prolonge, ils mettront la main sur leur bouche.
8.13
J'obtiendrai, grâce à elle, l'immortalité et je laisserai à la
postérité un souvenir éternel.
8.14 Je
gouvernerai les peuples, les nations me seront soumises.
8.15 A mon
seul nom, des souverains redoutables prendront peur ; je me montrerai
bon parmi la foule et courageux à la guerre.
8.16 Rentré
chez moi, je me reposerai près d'elle, car sa société ne cause point
d'amertume, ni son intimité de chagrin ; mais seulement de l'agrément
et de la joie.
8.17 Ayant
ainsi raisonné en moi-même et considéré en mon cœur que la parenté avec
la Sagesse assure l'immortalité,
8.18 que sa
tendresse procure une noble jouissance, les labeurs de ses mains, une
richesse inépuisable, sa fréquentation assidue, un jugement avisé, et
la communication de ses paroles, la célébrité, j'allais de tous côtés
cherchant comment la prendre pour épouse.
8.19
J'étais, certes, un enfant bien né et j'avais reçu une âme bonne ;
8.20 ou
plutôt, étant bon, j'étais venu dans un corps sans souillure.
8.21
Pourtant je savais que je n'obtiendrais pas la sagesse autrement que
par un don de Dieu - et reconnaître de qui dépend un bienfait, c'était
encore une preuve de discernement -, je me tournai donc vers le
Seigneur et le priai en disant de tout mon cœur :
▲9.1 Dieu des pères et Seigneur
miséricordieux qui as fait l'univers par ta parole,
9.2 formé
l'homme par ta Sagesse afin qu'il domine sur les créatures appelées par
toi à l'existence,
9.3 qu'il
gouverne le monde avec piété et justice, et rende ses jugements avec
droiture d'âme,
9.4
donne-moi la Sagesse qui partage ton trône et ne m'exclus pas du nombre
de tes enfants.
9.5 Vois,
je suis ton serviteur et le fils de ta servante, un homme faible et
dont la vie est brève, bien démuni dans l'intelligence du droit et des
lois.
9.6 Du
reste, quelqu'un fût-il parfait parmi les fils des hommes, sans la
Sagesse qui vient de toi, il sera compté pour rien.
9.7 C'est
toi qui m'as préféré pour être roi de ton peuple, juge de tes fils et
de tes filles.
9.8 Tu m'as
ordonné de bâtir un temple sur ta sainte montagne et un autel dans la
ville où tu as établi ta demeure, à l'imitation de la tente sainte que
tu avais préparée dès l'origine.
9.9 Près de
toi se tient la Sagesse qui connaît tes œuvres, et qui était présente
lorsque tu créais le monde. Elle sait ce qui est agréable à tes yeux,
ce qui est droit selon tes commandements.
9.10
Fais-la descendre des cieux saints, du trône de ta gloire, daigne
l'envoyer, pour qu'elle peine à mes côtés et que je connaisse ce qui te
plaît.
9.11 Elle
qui sait et comprend tout, elle me guidera dans ma conduite avec mesure
et elle me protégera par sa gloire.
9.12 Ainsi
mes actes pourront être agréés, je jugerai ton peuple avec équité et
serai digne du trône de mon père.
9.13 Quel
homme pourrait connaître la volonté de Dieu ? Qui donc pourrait se
faire une idée des intentions du Seigneur ?
9.14 Les
pensées des mortels sont hésitantes, précaires, nos réflexions.
9.15 Le
corps, soumis à la corruption, alourdit l'âme, l'enveloppe de terre est
un fardeau pour l'esprit sollicité en tous sens.
9.16 Déjà
nous avons peine à nous représenter les réalités terrestres, même ce
qui est à notre portée, nous le découvrons avec effort. Mais les
réalités célestes, qui les a explorées ?
9.17 Et ta
volonté, qui donc l'aurait connue, si tu n'avais donné toi-même la
Sagesse et envoyé d'en haut ton saint Esprit ?
9.18 Ainsi
furent rectifiés les sentiers de la terre, les hommes furent instruits
de ce qui te plaît et sauvés par la Sagesse.
▲10.1 Par elle, le premier formé,
père du monde, fut gardé avec soin après avoir été créé solitaire. Puis
elle l'arracha à sa propre transgression
10.2 et lui
donna la force de maîtriser tout.
10.3 Mais
l'homme injuste qui se détourna d'elle par sa colère périt dans sa rage
fratricide.
10.4 La
terre recouverte à cause de lui par le déluge fut encore sauvée par la
Sagesse, qui pilota le juste sur un bois vulgaire.
10.5 Et
lorsque les nations, unanimes dans le mal, furent confondues, c'est
elle qui reconnut le juste, le garda irréprochable devant Dieu et lui
permit d'être plus fort que sa tendresse pour son enfant.
10.6 De
même, alors que les impies périssaient, elle délivra le juste fuyant
devant le feu qui s'abattait sur les cinq villes.
10.7 En
témoignage de leur perversité subsistent toujours une terre aride et
fumante, des plantes aux fruits que les saisons ne mûrissent pas, et
une colonne de sel dressée en mémorial d'une âme incrédule.
10.8 Ceux
qui ont dédaigné la Sagesse non seulement sont devenus incapables de
connaître le bien, mais encore ont laissé à la postérité un souvenir de
leur folie, pour que, dans leurs fautes mêmes, ils ne puissent rester
cachés.
10.9 Mais
la Sagesse a délivré ses serviteurs de leurs épreuves.
10.10 Le
juste qui fuyait la colère de son frère, elle le guida par de droits
sentiers ; elle lui montra la royauté de Dieu et lui donna la
connaissance des réalités saintes ; elle le fit prospérer au milieu de
ses fatigues et multiplia le fruit de ses labeurs ;
10.11 elle
l'assista contre la cupidité des exploiteurs et finit par l'enrichir ;
10.12 elle
le garda de ses ennemis et le protégea contre les tendeurs de pièges ;
elle arbitra même un dur combat en sa faveur pour qu'il sache que la
piété est plus puissante que tout.
10.13 Elle
n'abandonna pas non plus le juste qui fut vendu, mais elle l'arracha au
péché ;
10.14 elle
descendit avec lui dans la fosse et ne l'abandonna pas dans ses liens
avant de lui avoir procuré le sceptre de la royauté et l'autorité sur
ceux qui étaient ses maîtres ; par là elle convainquit de mensonges ses
calomniateurs et elle lui conféra une gloire éternelle.
10.15 Par
elle le peuple saint, de race irréprochable, fut délivré d'une nation
d'oppresseurs.
10.16 Elle
entra dans l'âme d'un serviteur du Seigneur et s'opposa à des rois
redoutables par des prodiges et des signes.
10.17 Elle
remit aux saints le salaire de leurs durs travaux, elle les conduisit
par une route étonnante et elle devint pour eux un abri durant le jour,
un flamboiement d'étoiles pendant la nuit.
10.18 Elle
leur fit traverser à pied la mer Rouge, elle les fit passer à travers
des eaux abondantes.
10.19 Mais
leurs ennemis, elle les engloutit, puis dans un bouillonnement les
rejeta du fond de l'abîme ;
10.20 c'est
pourquoi les justes dépouillèrent les impies. Ils chantèrent, Seigneur,
ton nom très saint et célébrèrent ensemble ta main qui les avait
défendus.
10.21 Car
la Sagesse ouvrit la bouche des muets et délia la langue des
tout-petits.
▲11.1 Elle fit réussir leurs
entreprises grâce à un saint prophète.
11.2 Ils
traversèrent un désert inhabité et plantèrent leurs tentes en des lieux
jamais foulés ;
11.3 ils
tinrent tête à des ennemis et repoussèrent des adversaires.
11.4 Ils
souffrirent de la soif et ils t'invoquèrent ; alors un rocher abrupt
leur donna de l'eau, une pierre dure étancha leur soif.
11.5 Ainsi
les réalités mêmes qui avaient servi à châtier leurs ennemis devinrent
pour eux un bienfait dans leur détresse.
11.6 Au
lieu du jaillissement continu d'un fleuve troublé par un sang boueux
11.7 en
châtiment du décret infanticide, tu leur as donné à eux, contre tout
espoir, une eau abondante,
11.8 après
leur avoir montré par la soif subie alors comment tu avais puni leurs
adversaires.
11.9 En
effet, par cette épreuve, bien que corrigés avec miséricorde, ils
surent quels tourments subissaient les impies jugés avec colère.
11.10 Les
tiens, tu les as mis à l'épreuve en père qui avertit, mais à ceux-là,
tu as demandé des comptes en roi sévère qui condamne.
11.11 Loin
comme près des tiens, ils souffraient pareillement :
11.12 une
double tristesse les saisit avec un gémissement au souvenir du passé,
11.13 car
en apprenant que par l'instrument même de leur châtiment les autres
avaient été favorisés, ils sentirent l'intervention du Seigneur.
11.14 Celui
qu'ils avaient rejeté jadis en l'exposant, puis congédié avec moquerie,
les remplit de stupeur au terme des événements car ils avaient souffert
de la soif autrement que les justes.
11.15 Et à
cause des pensées stupides inspirées par leur injustice, qui les
égarèrent jusqu'à leur faire rendre un culte à des reptiles sans raison
et à des bêtes viles, tu leur envoyas en châtiment une multitude
d'animaux sans raison,
11.16 pour
qu'ils sachent qu'on est puni par où l'on a péché.
11.17 Elle
n'était pas embarrassée, ta main souveraine, elle qui a créé le monde à
partir d'une matière informe, pour envoyer contre eux une multitude
d'ours ou de lions féroces,
11.18 ou
des monstres inconnus créés tout exprès, pleins de fureur et pouvant
exhaler un souffle embrasé, ou répandre une fumée infecte, ou lancer de
leurs yeux de terribles éclairs ;
11.19 non
seulement leur malfaisance aurait pu les anéantir d'un seul coup, mais
leur vue aurait déjà suffi à les faire périr d'effroi.
11.20
D'ailleurs, même sans ces bêtes, ils pouvaient être renversés d'un seul
souffle, poursuivis par la justice et dispersés par le souffle de ta
puissance ; mais tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids.
11.21 Ta
grande force est toujours à ta disposition, et qui résistera à la
vigueur de ton bras ?
11.22 Oui,
le monde entier est devant toi comme le poids infime qui déséquilibre
une balance, comme la goutte de rosée matinale qui descend vers le sol.
11.23 Mais
tu as pitié de tous parce que tu peux tout, et tu détournes les yeux
des péchés des hommes pour les amener au repentir.
11.24 Tu
aimes tous les êtres et ne détestes aucune de tes œuvres : aurais-tu
haï l'une d'elles, tu ne l'aurais pas créée.
11.25 Et
comment un être quelconque aurait-il subsisté, si toi, tu ne l'avais
voulu, ou aurait-il été conservé sans avoir été appelé par toi.
11.26 Tu
les épargnes tous, car ils sont à toi, Maître qui aimes la vie,
▲12.1 et ton esprit incorruptible
est dans tous les êtres.
12.2 Aussi
tu reprends progressivement les coupables et tu les avertis, leur
rappelant en quoi ils pèchent, afin qu'ils renoncent au mal et qu'ils
croient en toi, Seigneur.
12.3 Il en
fut ainsi pour les anciens habitants de ta terre sainte
12.4 que tu
avais pris en haine à cause de leurs pratiques détestables : œuvres de
magie, rites impies,
12.5
meurtres cruels d'enfants, festin de chair et de sang humains où l'on
mange jusqu'aux entrailles ; ces véritables initiés surpris en pleine
orgie,
12.6 ces
parents meurtriers d'êtres sans défense, tu avais voulu les faire périr
par la main de nos pères,
12.7 afin
qu'elle reçût une digne colonie d'enfants de Dieu, cette terre qui
t'est chère entre toutes.
12.8
Pourtant, même ceux-là, tu les as épargnés parce qu'ils restaient des
hommes et tu as envoyé comme avant-coureurs de ton armée des guêpes qui
ne les extermineraient que peu à peu.
12.9
Certes, tu aurais pu dans une bataille livrer les impies aux mains des
justes, ou encore les détruire en un instant par des bêtes redoutables
ou par une parole tranchante.
12.10 Mais
en exerçant progressivement ta justice, tu offrais une occasion de
repentir, sans ignorer pourtant que leur nature était viciée, leur
perversité innée, et que leur mentalité ne changerait jamais ;
12.11 car
c'était une race maudite dès l'origine. Ce n'est pas davantage par peur
de quelqu'un que tu leur avais offert l'impunité de leurs péchés.
12.12 Qui
donc en effet osera te dire : Qu'as-tu fait ? Qui s'opposera à ta
décision ? Qui encore te citera en justice pour la ruine de peuples que
tu as toi-même créés ? Qui viendra déposer contre toi comme défenseur
d'hommes injustes ?
12.13 Il
n'y a pas de Dieu en dehors de toi, qui prenne soin de tout, auquel tu
devrais prouver que tu n'as pas jugé injustement.
12.14 Il
n'y a non plus ni roi ni souverain qui puisse te braver pour défendre
ceux que tu as châtiés.
12.15 Parce
que tu es juste, tu gouvernes l'univers avec justice, et condamner un
homme ne méritant pas d'être châtié te paraît incompatible avec ta
puissance.
12.16 Car
ta force est la source de ta justice et ta maîtrise sur tous te fait
user de clémence envers tous.
12.17 Il
fait montre de sa force, celui dont le pouvoir absolu est mis en doute,
et il confond l'arrogance de ceux-là mêmes qui reconnaissent ce pouvoir.
12.18 Mais
toi qui maîtrises ta force, tu juges avec sérénité, et tu nous
gouvernes avec tant de ménagements. Le pouvoir d'agir est à ta
disposition quand tu le veux.
12.19 En
agissant ainsi tu as appris à ton peuple que le juste doit être ami des
hommes et tu as rempli tes fils d'espérance puisque tu offres le
repentir pour les péchés.
12.20 Si tu
as puni les ennemis de tes enfants et des hommes voués à la mort avec
un tel souci d'indulgence, en leur donnant le temps et l'occasion de
renoncer au mal,
12.21 avec
combien plus de précautions as-tu jugé tes fils, après avoir offert à
leurs pères des serments et des alliances aux promesses magnifiques.
12.22
Ainsi, pour nous éduquer, tu flagelles nos ennemis avec modération,
afin que nous songions à ta bonté quand nous avons à juger, et que nous
comptions sur ta miséricorde quand tu nous juges.
12.23 Voilà
pourquoi ceux qui dans leur folie avaient mené une vie injuste, tu les
as tourmentés par leurs propres abominations.
12.24 En
effet ils avaient erré au-delà des chemins de l'égarement : ils
considéraient comme des dieux les plus vils et les plus méprisables des
animaux, se laissant abuser comme de petits enfants privés de raison.
12.25
Alors, comme à des enfants déraisonnables, tu leur as envoyé un
châtiment pour te moquer.
12.26 Mais
ceux qui n'ont pas compris ces punitions pour enfants subiront un digne
jugement de Dieu.
12.27
Exaspérés par ces bêtes qui les faisaient souffrir et se voyant châtiés
par celles qu'ils prenaient pour des dieux, ils reconnurent à
l'expérience le Dieu véritable qu'ils refusaient jadis de connaître.
Pour cette raison, la condamnation suprême s'abattit sur eux.
▲13.1 Vains sont tous ceux-là,
des hommes par nature, chez qui l'ignorance de Dieu s'est installée : à
partir des biens visibles, ils n'ont pas été capables de connaître
celui qui est, pas plus qu'ils n'ont reconnu l'Artisan en considérant
ses œuvres.
13.2 Mais
c'est le feu, le souffle ou l'air léger, le cycle des astres ou l'eau
impétueuse, ou les luminaires du ciel réglant le cours du monde, qu'ils
ont pris pour des dieux.
13.3
Sont-ils séduits par leur beauté quand ils les considèrent comme des
dieux, qu'ils sachent combien le Maître de ces choses leur est
supérieur, car celui qui est à l'origine de la beauté les a créées.
13.4
Sont-ils frappés par leur puissance et leur efficacité, qu'ils
comprennent à partir de ces réalités combien est plus puissant celui
qui les a faites.
13.5 Car la
grandeur et la beauté des créatures conduisent par analogie à
contempler leur Créateur.
13.6
Cependant ces hommes méritent un moindre blâme : peut-être ne
s'égarent-ils que dans leur façon de chercher Dieu et de vouloir le
trouver.
13.7
Plongés dans ses œuvres, ils scrutent et ils cèdent alors à
l'apparence, car il est beau le spectacle du monde !
13.8
Toutefois même eux ne sont pas excusables pour autant.
13.9 S'ils
sont devenus assez savants pour pouvoir conjecturer le cours éternel
des choses, comment n'ont-ils pas découvert auparavant le Maître de
celles-ci ?
13.10 Mais
misérables, avec leur espérance placée en des objets sans vie, ceux-là
qui ont appelé dieux les œuvres de mains humaines, de l'or et de
l'argent ouvragés avec art et représentant des êtres vivants, ou une
pierre inutilisable travaillée par une main antique.
13.11 Tel
encore ce bûcheron qui a scié un arbre facile à transporter. Il en
racle toute l'écorce avec savoir-faire, le traite comme il se doit et
fabrique un ustensile destiné aux besoins de la vie.
13.12 Quant
aux rebuts de son travail, il les fait brûler pour préparer sa
nourriture, et il se rassasie ;
13.13 reste
un déchet qui ne peut servir à rien, car c'est un bois tordu et noueux
: il le prend, le sculpte pour occuper son loisir, le taille avec la
compétence des moments de détente et le fait représenter une image
d'homme
13.14 ou le
rend semblable à un vil animal, après l'avoir enduit de vermillon,
fardé son teint de rouge et recouvert toutes ses taches.
13.15 Il
lui aménage une demeure appropriée, l'installe dans le mur et le fixe
avec du fer :
13.16 il a
donc pris ses précautions pour qu'il ne tombe pas, le sachant incapable
de s'aider par lui-même car c'est une image qui a besoin d'aide.
13.17 Mais
quand il prie pour avoir biens, mariages et enfants, il ne rougit pas
de s'adresser à cet objet sans vie ; pour la santé, il invoque ce qui
est sans force,
13.18 pour
la vie, il implore ce qui est mort, pour sa protection, il supplie ce
qui n'est d'aucun secours, pour ses voyages, ce qui est incapable de
faire un pas,
13.19 et
pour ses moyens d'existence, son travail et la réussite de ses mains,
il demande une aide vigoureuse à des mains sans vigueur.
▲14.1 Cet autre va appareiller,
se disposant à parcourir les flots cruels, et il invoque un bois plus
vermoulu que le bateau qui l'emmène.
14.2 Car
celui-ci a été conçu dans le désir d'acquérir des ressources et il a
été construit par la sagesse artisane.
14.3 Mais
c'est ta providence, ô Père, qui tient la barre : tu as tracé un chemin
sur la mer, un sentier assuré parmi les flots,
14.4
montrant par là que tu peux sauver de tout danger, même si l'on prend
la mer sans aucune compétence.
14.5 Tu ne
veux pas que les œuvres de ta Sagesse demeurent improductives, c'est
pourquoi les hommes confient leurs vies à un bois infime et ont pu
traverser la mer houleuse sur un radeau en échappant à tout danger.
14.6 Ainsi,
aux origines, lorsque périssaient les géants orgueilleux, l'espoir du
monde se réfugia sur un radeau et, dirigé par ta main, conserva pour
l'avenir une semence de génération.
14.7 Béni
est le bois devenu instrument de justice !
14.8 Mais
maudite l'idole fabriquée, elle et son auteur, celui-ci pour l'avoir
façonnée, et elle, une chose corruptible, pour avoir été nommée dieu.
14.9 Car
Dieu déteste également l'impie et son impiété,
14.10 et
l'œuvre sera châtiée avec l'ouvrier.
14.11 Oui,
l'intervention divine s'étendra aux idoles des nations, car elles sont
devenues une abomination dans la création de Dieu, un scandale pour les
âmes des hommes, un piège sous les pas des insensés.
14.12 A
l'origine de cette prostitution, il y a l'idée de fabriquer des images,
et leur découverte a entraîné la corruption de la vie.
14.13 Elles
n'existaient pas au commencement, pas plus qu'elles ne subsisteront
indéfiniment.
14.14 A
cause du jugement superficiel des hommes elles ont fait leur entrée
dans le monde, aussi une prompte fin leur a-t-elle été assignée.
14.15
Affligé par un deuil prématuré, un père a fait exécuter une image de
son enfant enlevé à l'improviste, et à ce qui n'était plus qu'un
cadavre d'homme il rend maintenant des honneurs comme à un dieu et
transmet aux siens des mystères et des rites ;
14.16 puis,
fortifiée par le temps, cette coutume impie fut observée comme une loi.
De même encore, sur l'ordre des souverains, les images taillées
devinrent l'objet d'un culte ;
14.17 comme
on ne pouvait honorer ceux-ci en leur présence, à cause de la distance,
on reproduisit leur apparence vue de loin et on fit faire une image
visible du roi vénéré, afin de témoigner une adulation empressée à
l'absent comme s'il était présent.
14.18 Même
chez ceux qui ne le connaissaient pas, l'extension du culte fut
stimulée par l'ambition de l'artiste.
14.19
Celui-ci, voulant sans doute plaire au souverain, força son art pour
faire plus beau que ressemblant ;
14.20 alors
la foule fut séduite par le charme de l'œuvre, et cet homme auquel
naguère on rendait des honneurs devint un objet d'adoration.
14.21 Ainsi
la vie humaine se laissa prendre au piège lorsque des hommes, victimes
du malheur ou du pouvoir, attribuèrent à la pierre et au bois le nom
incommunicable.
14.22 Ils
ne se sont même pas contentés d'errer dans la connaissance de Dieu,
mais, vivant dans le vaste conflit qu'engendre l'ignorance, ils osent
donner à de tels fléaux le nom de paix.
14.23 Avec
leurs rites infanticides, leurs mystères occultes ou leurs processions
frénétiques aux coutumes extravagantes,
14.24 ils
ne respectent plus ni les vies, ni la pureté des mariages, mais l'un
supprime l'autre traîtreusement ou l'afflige par l'adultère.
14.25 Tout
est mêlé : sang et meurtre, vol et fourberie, corruption, déloyauté,
troubles, parjure,
14.26
confusion des valeurs, oubli des bienfaits, souillure des âmes,
inversion sexuelle, anarchie des mariages, adultère et débauche.
14.27 Car
le culte des idoles impersonnelles est le commencement, la cause et le
comble de tout mal,
14.28 soit
qu'on s'abandonne à une joie délirante ou qu'on profère de faux
oracles, soit qu'on vive dans l'injustice ou qu'on se parjure
immédiatement.
14.29 Pour
s'être fiés à des idoles inertes, ils sont sûrs, après leurs serments
malhonnêtes, de ne subir aucun dommage.
14.30 Mais
un double châtiment les frappera, parce qu'ils se sont mépris sur Dieu
en recourant aux idoles et qu'ils ont fait avec ruse de faux serments
par mépris de la sainteté.
14.31 Ce
n'est pas la puissance des objets pris à témoin, mais la justice
réagissant contre les pécheurs qui sanctionne toujours la transgression
des coupables.
▲15.1 Mais toi, notre Dieu, tu es
bon et fidèle, tu es patient et gouvernes tous les êtres avec
miséricorde.
15.2 Même
si nous péchons, nous restons à toi car nous reconnaissons ta
souveraineté, mais nous ne pécherons pas, sachant que nous sommes
comptés comme tiens.
15.3 Savoir
qui tu es conduit à la justice parfaite et reconnaître ta souveraineté
est la racine de l'immortalité.
15.4 Elle
ne nous a pas égarés, cette invention humaine d'un art mauvais, ni le
labeur stérile des peintres d'illusion, qui produisent une forme
barbouillée de couleurs variées
15.5 dont
la vue finit par éveiller la passion des insensés et leur fait désirer
la forme inerte d'une image morte.
15.6 Amants
du mal et dignes de pareils espoirs, tels sont ceux qui les fabriquent,
les désirent ou les adorent !
15.7 Ainsi
ce potier qui pétrit laborieusement de la terre molle et qui façonne
chacun de nos objets domestiques. Avec la même glaise il modèle et les
ustensiles destinés aux emplois propres et ceux qui servent à des
usages opposés, le tout pareillement : mais quelle sera alors la
fonction de chacun de ces objets, c'est le potier qui en décide.
15.8 Puis,
se livrant à un méchant travail, il utilise la même glaise pour
façonner un dieu illusoire, alors que, tout juste né de la terre, il
retournera bientôt à cette terre d'où il a été tiré, quand on lui
demandera de restituer son âme.
15.9 Au
lieu de songer à sa mort inéluctable et à la brièveté de sa vie, il
rivalise avec les orfèvres et les fondeurs d'argent, imite ceux qui
coulent le bronze et se fait gloire de fabriquer du faux.
15.10 Son
cœur n'est que cendre, son espérance est plus misérable que la terre,
et sa vie plus méprisable que la glaise.
15.11 Car
il ignore celui qui l'a façonné, qui a soufflé en lui une âme active et
insufflé un esprit qui fait vivre.
15.12 A ses
yeux notre vie est un jeu, l'existence, une foire d'empoigne : il faut,
dit-il, tirer profit de tout, même du mal.
15.13 Cet
homme-là sait mieux que personne qu'il pèche en fabriquant avec une
matière terreuse des vases fragiles et des idoles.
15.14 Mais
ils se révèlent tous complètement insensés et plus infortunés qu'une
âme infantile, les ennemis et oppresseurs de ton peuple.
15.15 Ils
ont même pris pour dieux toutes les idoles des nations, qui n'ont ni
l'usage de leurs yeux pour voir, ni des narines pour aspirer l'air, ni
des oreilles pour écouter, ni des doigts aux mains pour palper, et dont
les pieds ne savent pas marcher.
15.16 Car
c'est un homme qui les a faites, un être au souffle d'emprunt qui les a
façonnées, or aucun homme ne peut façonner un dieu qui lui soit
semblable.
15.17
Mortel, il ne peut produire de ses mains impies qu'une œuvre morte ;
encore vaut-il mieux que les objets de son adoration : lui, il a reçu
la vie, mais eux ne l'auront jamais.
15.18 Et
ils adorent aussi les bêtes les plus odieuses ; en fait de stupidité,
elles sont les pires de toutes
15.19 et, à
leur vue, on ne trouve rien de cette beauté qui peut séduire chez
d'autres animaux. Elles ont échappé à l'approbation de Dieu et à sa
bénédiction.
▲16.1 Voilà pourquoi ils furent
châtiés à juste titre par des animaux semblables et tourmentés par une
multitude de bêtes.
16.2 Au
lieu de ce châtiment, tu as accordé un bienfait à ton peuple : pour
satisfaire l'ardeur de son appétit, c'est une nourriture à la saveur
merveilleuse, des cailles, que tu lui as préparée.
16.3 Ainsi
les premiers, malgré leur besoin de nourriture, écœurés par les bêtes
envoyées contre eux, perdraient toute envie de manger, tandis que les
seconds, après une courte disette, auraient en partage une saveur
merveilleuse.
16.4 Il
fallait que les oppresseurs voient s'abattre sur eux une disette
implacable, il suffisait aux autres de constater comment leurs ennemis
avaient été tourmentés.
16.5 Et
même quand la fureur terrible des bêtes venimeuses se déchaîna contre
les tiens et qu'ils périssaient sous la morsure des serpents sinueux,
ta colère ne dura pas jusqu'au bout.
16.6 En
guise d'avertissement ils furent effrayés quelque temps, tout en ayant
un gage de salut qui leur rappelait le commandement de ta Loi.
16.7 En
effet, quiconque se retournait était sauvé, non par l'objet regardé,
mais par toi, le Sauveur de tous.
16.8 Et
ainsi tu as prouvé à nos ennemis que c'est toi qui délivres de tout mal.
16.9 Eux
périrent mordus par les sauterelles et les mouches, sans qu'on trouvât
de remède pour préserver leur vie, car ils méritaient d'être châtiés
par de telles bêtes.
16.10 Tes
fils, en revanche, la dent même des serpents venimeux ne put les
réduire, car ta miséricorde vint à leur rencontre et les guérit.
16.11 Pour
qu'ils se rappellent tes paroles, ils recevaient des coups d'aiguillon,
mais ils étaient vite délivrés, de peur que, tombés dans un oubli
profond, ils ne soient soustraits à ton action bienfaisante.
16.12 Et ni
herbe ni pommade ne vint les soulager, mais ta Parole, Seigneur, elle
qui guérit tout.
16.13 Tu as
pouvoir sur la vie et la mort, tu fais descendre aux portes de l'Hadès
et en fais remonter ;
16.14
l'homme, lui, peut tuer par méchanceté, mais il ne fait pas revenir le
souffle qui est sorti et ne délivre pas l'âme qui a été recueillie.
16.15 Il
est impossible d'échapper à ta main.
16.16 Les
impies qui refusaient de te connaître furent fouettés par ton bras
vigoureux : des pluies et des grêlons inhabituels, des averses
impitoyables s'acharnaient contre eux, le feu les dévorait.
16.17 Fait
extraordinaire, dans l'eau qui éteint tout, le feu gagnait en énergie,
car l'univers combat pour les justes.
16.18
Tantôt la flamme se calmait pour ne pas consumer les animaux envoyés
contre les impies, mais pour qu'à ce spectacle ils se sachent
poursuivis par un jugement de Dieu ;
16.19
tantôt, au sein même de l'eau, elle brûle au-delà de la puissance du
feu, afin de détruire les récoltes d'une terre injuste.
16.20 A
l'opposé, tu as distribué à ton peuple une nourriture d'anges, tu lui
as procuré du ciel, sans effort de sa part, un pain tout préparé, ayant
la capacité de toute saveur et adapté à tous les goûts.
16.21 La
substance que tu donnais manifestait ta douceur pour tes enfants, mais
elle se pliait au désir de celui qui la consommait en se modifiant au
gré de chacun.
16.22 Neige
et glace résistaient au feu et ne fondaient pas, pour faire savoir que
les récoltes des ennemis avaient été détruites par le feu qui flambait
dans la grêle et lançait des éclairs au milieu de la pluie.
16.23 Ce
même feu, en revanche, pour permettre aux justes de se nourrir,
oubliait même son pouvoir propre.
16.24 La
création, docile à te servir, toi, son Auteur, se tend pour le
châtiment des injustes, mais se détend pour le bien de ceux qui se sont
confiés en toi.
16.25 Et
c'est ainsi qu'en se prêtant à tout changement, elle était au service
de ce don venu de toi et qui devenait toute nourriture au gré de ceux
qui le demandaient.
16.26 Par
là, tes fils que tu as aimés, Seigneur, devaient apprendre que ce n'est
pas la production de fruits qui nourrit l'homme, mais bien ta parole
qui fait subsister ceux qui croient en toi.
16.27 Ce
que le feu ne détruisait pas fondait simplement à la chaleur d'un bref
rayon de soleil,
16.28 pour
qu'on sache qu'il faut devancer le soleil pour te rendre grâce et te
rencontrer au lever du jour.
16.29 Mais
l'espoir de l'ingrat fondra comme le givre hivernal, il s'écoulera
comme une eau inutilisable.
▲17.1 Tes jugements sont grands
et difficiles à comprendre. Aussi des âmes incultes se sont-elles
égarées.
17.2 Ces
impies qui avaient voulu asservir la nation sainte, ils gisaient,
prisonniers des ténèbres et enchaînés à une longue nuit, enfermés sous
un toit, bannis de la providence éternelle.
17.3 Alors
qu'ils pensaient rester cachés, avec leurs péchés secrets, grâce au
voile opaque de l'oubli, ils furent dispersés, en proie à une frayeur
terrible et bouleversés par des hallucinations.
17.4
L'antre qui les contenait ne les gardait nullement de la peur, des
bruits fracassants résonnaient autour d'eux et ils voyaient apparaître
des spectres mornes à la face lugubre.
17.5 Le feu
le plus puissant ne parvenait pas à faire jaillir de la lumière et la
lueur étincelante des étoiles ne consentait pas à éclairer cette nuit
horrible.
17.6 Seul
leur apparaissait un brasier qui s'allumait de lui-même et répandait
l'épouvante ; lorsque cette vision disparaissait à leurs yeux, ils
restaient terrifiés et ils estimaient pire encore ce qu'ils voyaient.
17.7 Les
artifices de la magie avaient été frappés d'impuissance et sa
prétention au savoir recevait un démenti humiliant.
17.8 Ceux
qui se faisaient fort de chasser d'une âme malade les frayeurs et les
troubles étaient eux-mêmes malades d'une crainte risible.
17.9 Et
même s'il n'y avait rien de troublant pour leur faire peur, le passage
des bêtes et le sifflement des serpents suffisaient à les effrayer :
17.10 ils
mouraient de peur, refusant même de regarder cet air auquel il n'y
avait pas moyen d'échapper.
17.11 La
méchanceté témoigne de sa lâcheté quand elle est condamnée par son
propre témoin ; toujours elle ajoute aux difficultés lorsque la
conscience l'oppresse.
17.12 Car
la peur n'est rien d'autre que l'abandon des secours de la raison.
17.13 Moins
on espère intérieurement de cette aide, plus on ressent l'ignorance de
ce qui provoque le tourment.
17.14 Mais
eux, durant cette nuit vraiment insupportable et sortie des profondeurs
de l'insupportable Hadès, dormant du même sommeil,
17.15 ils
étaient à la fois poursuivis par des fantômes monstrueux et paralysés
par la démission de leur âme ; une peur soudaine et inattendue s'était
déversée en eux.
17.16 De
même aussi, quiconque se trouvait là-bas, tombait et était retenu
enfermé dans une prison sans grilles.
17.17
Fût-il laboureur, berger ou employé à de durs travaux au désert, saisi
à l'improviste, il subissait la nécessité inéluctable,
17.18 car
tous étaient liés par une même chaîne de ténèbres. Le sifflement du
vent, le chant mélodieux des oiseaux dans les rameaux touffus, la
cadence de l'eau coulant avec violence,
17.19 le
bruit sec des pierres qui dégringolent, la course invisible d'animaux
bondissants, le rugissement des bêtes les plus sauvages ou l'écho
renvoyé par le creux des montagnes, tout cela les paralysait de peur.
17.20 Car
le monde entier était éclairé d'une lumière éclatante et poursuivait
sans entraves ses activités.
17.21 Sur
eux seuls une nuit pesante s'était étendue, image des ténèbres
destinées à les recevoir, mais ils étaient pour eux-mêmes un poids plus
lourd que les ténèbres.
▲18.1 Pour tes saints, au
contraire, il y avait une très grande lumière, et les autres
entendaient leur voix sans distinguer leur silhouette ; ils les
proclamaient heureux de n'avoir pas eu aussi à souffrir,
18.2 ils
les remerciaient de ne pas chercher à nuire après tous les torts subis
et ils demandaient pardon pour leur hostilité.
18.3 Mais
au lieu des ténèbres, tu as donné aux tiens une colonne flamboyante,
guide pour un itinéraire inconnu et soleil inoffensif pour une
glorieuse migration.
18.4 Quant
à ceux-là, ils méritaient d'être privés de lumière et emprisonnés par
les ténèbres, pour avoir retenu captifs tes fils, par qui devait être
donnée au monde la lumière incorruptible de la Loi.
18.5 Ils
avaient décidé de faire périr les nouveau-nés des saints, et seul un
enfant fut sauvé après avoir été exposé ; pour les châtier, tu leur as
enlevé une multitude d'enfants et tu les as détruits ensemble dans une
eau tumultueuse.
18.6 Cette
nuit-là fut connue à l'avance par nos pères afin que, sachant à quels
serments ils s'étaient fiés, ils puissent se réjouir en toute sûreté.
18.7 Elle
fut attendue par ton peuple, comme salut pour les justes et ruine pour
les ennemis.
18.8 En
effet, ce qui te servit à punir les adversaires devint pour nous un
titre de gloire, car tu nous appelais vers toi.
18.9 Dans
le secret, les pieux descendants des justes offraient des sacrifices,
et ils convinrent ensemble de cette loi divine que les saints
partageraient également avantages et dangers ; et déjà ils entonnaient
les cantiques des pères.
18.10 La
clameur discordante des ennemis leur répondait et la voix plaintive de
ceux qui pleuraient leurs enfants se répandait au loin.
18.11
Esclave et maître étaient frappés d'une même peine, l'homme du peuple
souffrait comme le roi.
18.12 Tous
à la fois, par le même genre de mort, ils avaient des cadavres
innombrables ; et les vivants ne suffisaient pas à les ensevelir car
leur descendance la plus précieuse avait été anéantie en un instant.
18.13 Eux
qui étaient restés complètement incrédules en pensant à des maléfices,
ils reconnurent, devant la perte de leurs premiers-nés, que ce peuple
était fils de Dieu.
18.14 Un
silence paisible enveloppait tous les êtres et la nuit était au milieu
de sa course ;
18.15 alors
ta Parole souveraine, quittant les cieux et le trône royal, bondit
comme un guerrier impitoyable au milieu du pays maudit,
18.16 avec,
pour épée tranchante, ton décret irrévocable. Se redressant, elle sema
partout la mort ; elle touchait au ciel et foulait la terre.
18.17
Aussitôt les visions de songes terribles les bouleversèrent et des
frayeurs inattendues les assaillirent.
18.18
Chacun était projeté ici ou là, à demi-mort en révélant la raison de sa
mort,
18.19 car
les rêves qui les avaient affolés l'indiquaient d'avance, afin qu'ils
ne périssent pas en ignorant pourquoi ils subissaient cette peine.
18.20
Certes l'expérience de la mort atteignit aussi les justes et une
multitude fut massacrée au désert, mais la colère ne dura pas longtemps.
18.21 En
effet un homme irréprochable se hâta pour les protéger : muni des armes
propres à son ministère, la prière et l'encens qui apaise. Il affronta
la fureur et mit fin à la calamité, montrant qu'il était bien ton
serviteur.
18.22 Il
triompha du courroux, non par la force physique ou l'efficacité des
armes, mais c'est par la parole qu'il maîtrisa l'exécuteur du
châtiment, en rappelant les serments et les alliances patriarcales.
18.23 Alors
que déjà les cadavres s'entassaient, il s'interposa, brisa l'assaut et
lui barra le chemin qui menait aux vivants.
18.24 Sur
la longue robe de l'éphod était figuré l'univers entier, les noms
glorieux des pères étaient gravés sur les quatre rangées de pierres et
ta majesté sur le diadème de sa tête.
18.25 A
cette vue, l'Exterminateur recula et fut même saisi de peur. Ainsi la
simple expérience de la colère avait suffi.
▲19.1 Mais contre les impies
sévit jusqu'à son terme un courroux sans pitié, car Dieu savait
d'avance ce qu'ils feraient encore :
19.2 après
avoir donné congé au peuple et l'avoir renvoyé en hâte, ils
changeraient d'avis et le poursuivraient.
19.3 En
effet, alors qu'ils célébraient encore leurs deuils et se lamentaient
sur les tombes des morts, ils conçurent une autre idée, absurde : ceux
qu'ils avaient fait partir en les suppliant, ils se mirent à les
poursuivre comme des fugitifs.
19.4 La
nécessité, à juste titre, les poussait vers cet extrême et provoquait
l'oubli du passé, afin qu'ils achèvent de recevoir le châtiment qui
manquait à leurs tourments :
19.5 ton
peuple ferait alors l'expérience d'une traversée extraordinaire, eux,
au contraire, trouveraient une mort étrange.
19.6 Car la
création tout entière, selon chaque espèce, était modelée à nouveau,
obéissant à tes ordres, afin que tes enfants soient gardés de tout mal.
19.7 On vit
la nuée recouvrir le camp, et la terre sèche surgir là où il y avait de
l'eau ; la mer Rouge devint une route sans obstacle, les flots
impétueux, une plaine verdoyante,
19.8 par où
tout un peuple passa, protégé par ta main et témoin de prodiges
merveilleux.
19.9 Ils se
répandirent comme des chevaux au pâturage, ils bondirent comme des
agneaux, en te célébrant, Seigneur, toi qui les délivrais.
19.10 Car
ils se rappelaient encore les événements de leur exil, comment la
terre, remplaçant la génération animale, produisit des moustiques,
comment le Fleuve, se substituant aux animaux aquatiques, vomit une
multitude de grenouilles.
19.11 Plus
tard aussi ils virent une toute nouvelle génération d'oiseaux lorsque,
poussés par le désir, ils réclamèrent des mets délicats
19.12 et
que, pour leur réconfort, des cailles montèrent de la mer.
19.13 Et
les châtiments s'abattirent sur les pécheurs non sans avoir eu pour
signes précurseurs des éclairs foudroyants. C'est en toute justice
qu'ils étaient punis à cause de leur méchanceté, car ils avaient
manifesté pour l'étranger une haine particulièrement cruelle.
19.14
D'autres n'avaient pas accueilli les inconnus qui venaient d'arriver.
Mais eux, ils réduisirent en esclavage des hôtes qui étaient leurs
bienfaiteurs.
19.15 Ce
n'est pas tout : une inspection attend les premiers parce qu'ils
recevaient avec hostilité les étrangers.
19.16 Mais
eux, après avoir fêté dans la joie la venue de ceux qui avaient déjà
part aux mêmes droits, les accablèrent de travaux terribles.
19.17 Ils
furent aussi frappés de cécité, tout comme ceux-là à la porte du juste
lorsque, enveloppés de ténèbres sans fond, ils cherchaient tous le
chemin de leur porte.
19.18 Les
éléments permutaient entre eux, comme sur la harpe la variation des
notes change la nature du rythme, en gardant toujours leur sonorité.
Ceci apparaît clairement quand on examine ce qui s'était produit :
19.19 en
effet, des êtres terrestres devenaient aquatiques, ceux qui nagent
marchaient sur la terre,
19.20 le
feu dans l'eau redoublait de puissance et l'eau oubliait son pouvoir
d'éteindre ;
19.21 en
revanche les flammes ne consumaient pas les chairs des frêles animaux
qui allaient et venaient au milieu d'elles, et elles ne faisaient pas
fondre cette sorte d'aliment divin, pareil à la glace qui fond
facilement.
19.22 En
tout, Seigneur, tu as exalté et glorifié ton peuple, tu n'as pas manqué
de l'assister à tout moment et en tout lieu.
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- FIN -
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