"ROMAINS chapitres 5 à 8 : des hommes nouveaux."

INTRODUCTION.

1. La paix avec Dieu (page 11).
2. L'union avec Christ (page 25).
3. La libération de la loi (page 69).
4. La vie dans l'Esprit (page 101).
Conclusion (page 131).


   L'épitre aux Romains est, dans le Nouveau Testament, le manifeste le plus complet et le plus systématique que nous ayons du message de Paul aux chrétiens. L'apôtre y expose "le plan de Dieu tout entier" (Actes 20.27) à savoir : le péché de l'homme et la perdition qui en résulte, son salut acquis par la mort de Christ, la foi en Christ, unique moyen de sa réconciliation avec Dieu, l'action du Saint-Esprit en relation avec sa croissance dans la sainteté, la place d'Israël dans le dessein de Dieu et les implications éthiques de l'Évangile. De cet écrit se dégage une telle grandeur, une telle vision d'ensemble, un tel enchaînement logique, que toutes les générations qui se sont succédé n'ont jamais cessé et de l'admirer et de l'étudier.
   Il pourrait être dangereux d'isoler quatre des seize chapitres de cette lettre. Mais les contraintes du programme de la présente Convention m'y ont obligé. En fait, les chapitres 5 à 8 ne constituent-ils pas un tout ?
   Sans aucun doute, ces chapitres sont parmi les plus grands et les plus glorieux de tout le Nouveau Testament. Ils décrivent notre privilège de chrétiens, les bienfaits que Dieu donne à ceux qu'il a recréés, qu'il a justifiés, c'est-à-dire déclarés justes et acceptés en Christ. Les chapitres précédents de la lettre sont consacrés à la nécessité de la justification et au moyen d'y parvenir. Ils s'appliquent à bien faire comprendre que tous les hommes sont pécheurs devant le juste jugement de Dieu et ne peuvent être justifiés que par le moyen de la rédemption qui est en Jésus-Christ - par la seule grâce - au moyen de la seule foi. Ayant montré la nécessité de la justification et expliqué le moyen d'y parvenir, Paul en décrit ensuite les conséquences : une vie de relation filiale et d'obéissance sur terre, suivie du glorieux avenir dans la cité céleste.
   Ceci est très important, parce que beaucoup parmi nous pensent et agissent comme si l'évangile était seulement la bonne nouvelle de la justification et n'était pas également la bonne nouvelle de la sainteté et du royaume à venir. Ils parlent comme si, étant venus à Dieu par Jésus-Christ, ils avaient atteint le but final. Ils font comme si pour eux le chemin s'arrêtait là et qu'il n'y avait pas de suite. Mais il n'en est rien! Les premiers mots du verset 1 de ce chapitre sont : "ainsi donc, justifiés par la foi..." Cela sous-entend une suite! En d'autres termes, nous sommes justifiés par la foi en Christ, réconciliés avec Dieu, voici à présent les conséquences, les fruits de notre justification.
   Ces quatre chapitres dépeignent donc le grand privilège des hommes nouveaux justifiés par la foi, notre riche héritage ici-bas, et pour l'éternité, si nous sommes à Christ. Qu'en est-il de ce privilège ? Chaque chapitre est consacré à un de ces aspects : La paix avec Dieu (chapitre 5). L'union avec Christ (chapitre 6). La libération à l'égard de la loi (chapitre 7). La vie dans l'Esprit (chapitre 8). Nous les examinerons l'un après l'autre.

REMERCIEMENTS.
   L'auteur tient à témoigner sa reconnaissance au Comité de la Convention Évangélique de Keswich (Grande-Bretagne) qui l'a invité à faire ces exposés sur les chapitres 5 à 8 de la lettre de Paul aux Romains lors du rassemblement en juillet 1965. Il tient à remercier tout particulièrement son Président, le Chanoine A.T. Houghton, pour l'encouragement personnel dont il fut l'objet. Avoir l'occasion d'exposer la Parole de Dieu pendant une bonne heure, quatre matinées de suite, à un auditoire d'environ cinq mille personnes, l'a grandement stimulé. Le texte initial de ces études bibliques paru dans la revue "The Life of Faith" peu de temps après la Convention, a été quelque peu développé pour la présente publication.

NOTE DES TRADUCTEURS.
   Le texte biblique utilisé pour la version française est celui de la Traduction Oecuménique de la Bible (T.O.B.), pour la bonne raison qu'il se rapproche le plus du texte de la "Revised Standard Version" dont John Stott s'est servi pour son étude.
   Par moments le texte anglais s'appuie sur d'autres versions. Des versions françaises équivalentes ont alors été utilisées comme celles de : Segond; A. Kuen, "Lettres pour notre temps"* (LPNT); Bonnes Nouvelles Aujourd'hui (BNA). La référence est chaque fois mentionnée explicitement.

   Le lecteur qui remarquera certaines répétitions voudra bien se rappeler que le texte de ce livre a conservé la forme de style parlé.



LA PAIX AVEC DIEU.

   "Romains 5" se divise nettement en deux parties bien distinctes. Les onze premiers versets décrivent les effets de notre justification, tandis que les versets 12 à 19 nous montrent le Médiateur de notre justification, le seul par qui elle nous est donnée - à savoir Jésus-Christ, le second Adam.

1.  LES EFFETS DE NOTRE JUSTIFICATION (chapitre 5, verset 1 à 11).

"Ainsi donc, justifiés par la foi, nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus Christ ; par lui nous avons accès, par la foi, à cette grâce en laquelle nous sommes établis et nous mettons notre fierté dans l'espérance de la gloire de Dieu. Bien plus, nous mettons notre fierté dans nos détresses mêmes, sachant que la détresse produit la persévérance, la persévérance la fidélité éprouvée, la fidélité éprouvée l'espérance ; et l'espérance ne trompe pas, car l'amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné.  Oui, quand nous étions encore sans force, Christ, au temps fixé, est mort pour des impies. C'est à peine si quelqu'un voudrait mourir pour un juste ; peut-être pour un homme de bien accepterait-on de mourir. Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs. Et puisque maintenant nous sommes justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous sauvés par lui de la colère. Si en effet, quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie. Bien plus, nous mettons notre fierté en Dieu par notre Seigneur Jésus Christ par qui, maintenant, nous avons reçu la réconciliation."

1.  Description des effets (verset 1 et 2).
   Nous avons ici un résumé en trois phrases de conséquences de notre justification. Premièrement "nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ" (verset 1). Deuxièmement, "nous avons accès, par la foi (par le même Christ), à cette grâce en laquelle nous sommes établis" (verset 2a). Troisièmement, "nous mettons notre orgueil dans l'espérance de la gloire de Dieu" (verset 2b). Voilà les fruits de notre justification : la paix, la grâce et la gloire.  La paix avec Dieu - que nous possédons, - la grâce - dans laquelle nous sommes établis, - et la gloire - que nous espérons.
   En regardant de plus près, ces trois points correspondent aux trois temps ou phases de notre salut.
   Premièrement "la paix avec Dieu" nous parle de l'effet immédiat de la justification. Nous étions "ennemis" de Dieu (verset 10), mais l'ancienne inimitié a maintenant été effacée par le pardon de Dieu et nous sommes en paix avec lui. L'effet immédiat de la justification est donc que l'inimitié a fait place à la paix.
   Deuxièmement, "cette grâce en laquelle nous sommes établis" nous parle de l'effet permanent de la justification. C'est un état de grâce auquel nous avons accédé et dans lequel nous restons établis. LPNT l'exprime ainsi : "C'est Christ qui nous a fait pénétrer dans le lieu où règne la bienveillance divine". Et, bien sûr, étant entrés, nous y restons.  Nous y demeurons aujourd'hui.
   Troisièmement, "la gloire de Dieu" que nous espérons nous parle de l'effet ultime de la justification. "La gloire de Dieu" signifie ici le ciel, car c'est là que Dieu lui-même sera pleinement révélé (dans le langage biblique "la gloire" est la manifestation de Dieu). Nous verrons la gloire de Dieu au ciel, et même nous y aurons part, puisque nous serons alors comme Christ (1 Jean 3.2). "L'espérance" est notre attente, dans une confiance sûre et certaine. C'est une telle certitude que nous pouvons nous en réjouir dès à présent. "Nous mettons notre orgueil dans notre espérance (c'est-à-dire notre ferme assurance) de la gloire de Dieu."
   Ces trois expressions donnent une image équilibrée de la vie chrétienne en relation avec Dieu. Aucune mention n'est faite ici de la relation avec notre prochain, mais pour ce qui est de notre relation avec Dieu elles constituent un magnifique résumé de la vie chrétienne : paix, grâce et gloire.
   Avec le mot paix nous tournons nos regards en arrière vers l'inimitié maintenant abolie.
   Avec le mot grâce nous levons nos regards vers notre Père dans la bienveillance duquel nous demeurons maintenant.
   Et avec le mot gloire nous portons nos regards vers notre destin final, lorsque nous verrons et refléterons la gloire de Dieu, objet de notre espérance, de notre attente.

2. Souffrir, le chemin de la gloire (verset 3 et 4).
   Pourtant, cela ne signifie pas qu'après la justification l'étroit sentier soit couvert de pétales de roses. Or, il n'y a pas de roses sans épines, et quelles épines ! "Bien plus", dit Paul au verset 3, "nous nous réjouissons même dans nos souffrances" (BNA). Paix, grâce et gloire - oui, mais aussi souffrance.
   Ces souffrances ne sont pas, à proprement parler, la maladie ou la douleur, la tristesse ou le deuil, mais la tribulation (thlipsis), la pression d'un monde hostile et sans Dieu. Or, cette souffrance-là est toujours le chemin vers la gloire. Le Seigneur ressuscité l'a dit lui-même, déclarant que, selon l'Ancien Testament, il fallait que Christ souffrît et qu'il entrât ainsi dans sa gloire (Luc 24.26). Et ce qui est vrai de Christ l'est aussi du chrétien, puisque le serviteur n'est pas plus grand que son maître. Paul lui-même dira un peu plus loin au chapitre 8, verset 17 : "Ayant part aux souffrances du Christ, nous aurons part aussi à sa gloire."
   Remarquez bien la relation entre notre souffrance présente et notre gloire future. L'une n'est pas seulement le chemin vers l'autre.  Bien moins encore endurons-nous la première avec le sourire en attendant l'autre. Non. Le texte nous apprend que c'est l'élément commun de la joie qui est le lien entre les deux, nous nous réjouissons dans l'une aussi bien que dans l'autre.  Si nous nous réjouissons dans notre espérance de la gloire (verset 2), nous nous réjouissons également dans nos souffrances (verset 3). Et le sens de ce verbe est très fort (kauchometha). Il indique que nous "exultons" en elles (voir LPNT). Les souffrances présentes et la gloire future sont toutes deux des sujets de joie pour le chrétien. Comment cela ? Comment pouvons-nous vraiment nous réjouir dans nos souffrances ? Comment est-il possible de trouver la joie dans ce qui est la cause de notre douleur ? Les versets 3 à 5 expliquent ce paradoxe.
   Ce n'est pas que nous trouvions notre joie dans les souffrances elles-mêmes, mais bien plutôt dans leurs conséquences bénéfiques. Nous ne sommes pas des masochistes qui aimons souffrir, nous ne sommes pas même des stoïques qui serrons les dents pour endurer la douleur. Nous sommes des chrétiens qui voyons dans nos souffrances se réaliser un dessein divin de grâce. Nous nous réjouissons de ce que "produit" la souffrance. C'est le mot employé dans plusieurs versions : "La détresse produit la persévérance, la persévérance produit la fidélité éprouvée." C'est à cause de ce qu'elle produit (katergazerai) que nous nous réjouissons dans la souffrance. Alors, quelles sont donc les réalisations de la tribulation ? Le processus nous est décrit en trois étapes.
   Première étape : la souffrance produit la persévérance. Cela veut dire que la persévérance même qui nous est nécessaire dans la souffrance est produite par celle-ci, de la même manière que les anticorps sont produits dans le corps humain par suite de l'infection. Nous ne pourrions pas apprendre la persévérance sans souffrir, parce que sans souffrance il n'y aurait rien à supporter. Ainsi donc la souffrance produit la persévérance.
   Deuxième étape : la persévérance produit la fidélité éprouvée, ("expérience" - version Darby). Le mot grec dokime décrit la qualité de quelqu'un ou de quelque chose qui a été testé et qui a résisté à l'épreuve. C'est la qualité qui manquait à l'armure prêtée à David, et qu'il ne pouvait porter au combat car il ne l'avait pas éprouvée auparavant (1 Samuel 17.39). Ne reconnaît-on pas habituellement la maturité d'un chrétien au fait qu'il a passé par la souffrance et qu'il en est sorti triomphant ? "La souffrance produit la patience, et la patience produit la résistance à l'épreuve " (BNA).
   Troisième étape : la fidélité éprouvée produit l'espérance, c'est-à-dire l'attente confiante en la gloire à venir. La maturité de caractère, née de la patience apprise dans les souffrances passées, apporte avec elle l'espérance de la gloire future. Certainement l'apôtre veut dire ceci : notre développement, la maturation de notre caractère de chrétien, prouve que Dieu est à l'oeuvre en nous. Le fait que Dieu soit ainsi à l'oeuvre dans nos vies nous donne la confiance qu'il ne va pas laisser le travail inachevé. S'il travaille en nous maintenant pour transformer notre caractère, certainement il nous conduira à la fin en toute sécurité vers la gloire. Si nous nous réjouissons dans l'espérance de la gloire de Dieu, nous nous réjouissons de même dans nos souffrances, et voilà pourquoi nos souffrances produisent l'espérance de cette gloire. Si l'espérance de la gloire est produite par les souffrances, alors nous nous réjouissons des souffrances aussi bien que de la gloire. Nous nous réjouissons non seulement de la fin (la gloire), mais encore des moyens (la souffrance). Nous nous réjouissons des deux.

3. L'assurance fondée sur l'amour de Dieu (verset 5).
   Quelqu'un pourrait bien demander - et Paul devance la question : "Comment pouvez-vous savoir que cette espérance de la gloire a quelque fondement ? Comment pouvez-vous savoir que ce n'est pas un simple souhait ? C'est bien beau de dire que vous allez au ciel - vers la gloire - mais qu'en savez-vous ?"
   Tout d'abord, Paul dit : "L'espérance ne trompe pas", c'est-à-dire que l'espérance ne peut pas nous tromper. Nous ne serons pas dupés. C'est une solide espérance. "Bon", reprendra l'interlocuteur, "c'est ce que tu dis, Paul, mais comment le sais-tu ? D'où te vient cette certitude que ton expérience chrétienne ne te décevra jamais ?" La réponse de Paul est dans la suite du verset, où il dit que nous savons que l'espérance ne nous trompera jamais, "car l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné." Le solide fondement sur lequel repose notre espérance de la gloire est l'amour de Dieu. C'est parce que Dieu a déversé son amour sur nous que nous savons, au-delà de toute question, qu'il va nous amener à la gloire. Nous croyons que nous persévérerons jusqu'à la fin, et nous avons de bonnes raisons de le croire. Nous croyons que nous persévérerons jusqu'à la fin, et nous avons de bonnes raisons de le croire. C'est en partie grâce au caractère que Dieu forme en nous par la souffrance que nous pouvons être confiants : "souffrance" - "persévérance" - "résistance à l'épreuve" - "espérance". S'il nous sanctifie maintenant, il est certain qu'il nous glorifiera ensuite. Mais c'est principalement à cause de l'amour qui ne nous abandonnera jamais.
   Voilà donc le raisonnement : notre espérance à nous, chrétiens, est de voir et de partager la gloire de Dieu. Nous croyons que cette espérance est une espérance bien fondée et qu'elle n'est pas une duperie : elle ne nous décevra jamais. Nous savons cela parce que Dieu nous aime - il ne nous délaissera pas, il ne nous abandonnera pas.
"Ah, mais comment savez-vous que Dieu vous aime ainsi ? dira quelqu'un. Là encore Paul répond. Nous savons que Dieu nous aime ainsi parce que nous en avons une expérience intérieure, parce que "l'amour de Dieu a été répondu dans nos coeurs par l'Esprit Saint qui nous a été donné". Le Saint-Esprit a été donné à nous les croyants, et un de ses effets est de répandre l'amour de Dieu pour nous - comme un fleuve immense dans nos coeurs pour nous rendre conscients intérieurement et de façon vivante que Dieu nous aime. Plus loin, au chapitre 8, verset 16, Paul exprime la même vérité en d'autres termes : l'Esprit de Dieu "lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu", et qu'il est notre Père céleste qui nous aime. Le Saint-Esprit prend plaisir à répandre l'amour de Dieu dans nos coeurs.
   Il est intéressant de noter le changement de temps des verbes au verset 5 : d'une part le Saint-Esprit nous fut donné (dothentos, participe aoriste se rapportant à un événement du passé), d'autre part l'amour de Dieu a été répandu dans nos coeurs (ekkechutai, temps parfait, se rapportant à un événement passé dont les conséquences continuent). Ainsi nous apprenons que le Saint-Esprit nous a été donné quand nous avons cru, lorsque nous nous sommes convertis.  Au même moment il inonda nos coeurs de l'amour de Dieu, et depuis lors il ne cesse de les remplir. L'Esprit donné une fois fait jaillir un fleuve intarissable d'amour divin dans nos coeurs.
   Pour résumer ces cinq premiers versets, nous dirons que le fruit de la justification est triple : d'abord la paix avec Dieu, car l'inimitié est abolie : ensuite la grâce, c'est-à-dire l'état dans lequel nous sommes; enfin l'espérance, à savoir l'attente joyeuse et confiante de la gloire de Dieu à venir. Cette espérance est produite par le caractère que Dieu forge en nous par la persévérance dans la souffrance, et elle est confirmée par l'assurance de son amour suscité en nous par le Saint-Esprit. En d'autres termes, la justification qui en elle-même est un acte précis dans le temps, une décision judiciaire de notre Dieu juste qui nous a acquittées en Christ, conduit néanmoins à une relation permanente avec lui, résumée en ces deux mots : "grâce" pour maintenant et "Gloire" à venir.
   Nous en arrivons à présent aux versets 6 à 11, qui révèlent encore d'autres aspects des fruits de la justification. Dans les versets 1 à 5 Paul a montré que nos souffrances sont le lien entre la paix et l'espérance, entre la justification et la glorification. Dans les versets 6 à 11 le lien est constitué par les souffrances et la mort de Christ.

4. Christ est mort pour les impies (versets 6 à 8).
   Que dit Paul de la mort de Jésus? Il nous rappelle que Christ est mort pour ceux qui le méritaient le moins. C'est ce qu'il souligne particulièrement dans ces versets. Il suffit de voir en quels termes peu flatteurs nous sommes décrits. Nous sommes tout d'abord dépeints comme étant "sans force" (verset 6), incapables de nous sauver nous-mêmes. Nous sommes ensuite appelés "impies" (verset 6), à cause de notre révolte contre l'autorité de Dieu. Nous sommes encore appelés "pécheurs" (verset 8), parce que tout en ayant bien visé le but de la justice, nous l'avons manqué. Et enfin, nous sommes appelés "ennemis" (verset 10), à cause de l'hostilité qui règne entre nous et Dieu. Quelle description redoutable et accablante de l'homme dans le péché! Nous sommes des ratés, des rebelles, des ennemis, des incapables à nous sauver nous-mêmes.
   Et pourtant, le point fort de ces versets, c'est que Jésus est mort pour de tels hommes. Nous-mêmes, nous aurions tant de peine à accepter de "mourir pour un juste" (verset 7), quelqu'un d'une droiture rigide et froide. "Peut-être accepterait-on de mourir pour un homme de bien", quelqu'un dont la chaleur et la bonté nous attirent. "Mais en ceci Dieu prouve son amour envers nous ("son" est emphatique en grec : c'est-à-dire, il a démontré son propre, son unique amour) : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs" (verset 8). Non pas pour le juste, pas même pour l'homme de bien, mais pour des pécheurs, des êtres sans attrait, sans valeur, sans mérites.
   Cela fournit la base de l'argumentation qui suit dans les versets 9 à 11. C'est un argument a fortiori ou "à plus forte raison", qui s'appuie sur une première vérité pour en établir une deuxième, plus importante. Voici comment Paul procède : il met en contraste les deux principales étapes de notre salut - la justification et la glorification - et il nous montre combien la première est la garantie de la seconde.

5. Contraste entre justification et glorification (verset 9 à 11).
   Il est important d'analyser la comparaison faite par Paul.
   Premièrement, il met en contraste leur contenu. "Puisque maintenant nous sommes justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous sauvés par lui de la colère" (verset 9).  Le contraste est très fort dans ce verset. Il se situe entre notre justification présente et notre futur salut hors de la colère irrésistible de Dieu au jour du jugement. Si nous avons déjà été sauvés de la condamnation de Dieu parce que nous sommes justifiés, combien plus serons-nous alors sauvés de sa colère ce jour-là!
   Deuxièmement, il met en contraste leur accomplissement. Le verset 10 dit : "Si en effet, quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés avec lui par la mort de son Fils, à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés par sa vie." Ici l'opposition qui est soulignée concerne les moyens adoptés pour accomplir les deux étapes du salut, c'est-à-dire la mort et la vie de résurrection de Christ. Cette vie va achever au ciel ce que la mort de Christ a commencé sur terre. Je pense que le meilleur commentaire de cette vérité se trouve au chapitre 8 verset 34, où nous apprenons que Christ est non seulement mort, mais ressuscité, et qu'il est assis à la droite de Dieu, intercédant pour nous, et amenant à la perfection par sa vie ce qu'il a accompli par sa mort.
   Troisièmement, il met en contraste les bénéficiaires. Revenons au verset 10 : "Quand nous étions ennemis de Dieu, nous avons été réconciliés... à plus forte raison, réconciliés, serons-nous sauvés..." Si Dieu s'est réconcilié avec ses ennemis, il sauvera sûrement ses amis.
   Par conséquent, il y a dans les versets 9 et 10 un puissant argument prouvant que nous hériterons un salut final et parfait. Il y a de sérieuses raisons de croire qu'il ne permettra jamais que nous tombions en cours de route, mais que nous serons gardés jusqu'à la fin et glorifiés. Cette affirmation n'est pas le fruit d'un optimisme sentimental, mais elle est fondée sur une logique irrésistible : Si, quand nous étions ennemis, Dieu nous a réconciliés en donnant son Fils pour qu'il mourût pour nous, maintenant que nous sommes les amis de Dieu, ne nous sauvera-t-il pas, à la fin, de sa colère par la vie de son Fils ? Si Dieu a accompli pour ses ennemis ce qui lui en coûtait le plus, la mort de son Fils, il accomplira sans nul doute ce qui lui en coûte le moins, maintenant que ses ennemis d'autrefois sont devenus ses amis.  Méditez cette vérité jusqu'à ce que vous voyiez la logique irréfutable de l'argument de Paul.
   Mais il y a bien plus dans la vie chrétienne. Le christianisme ne consiste pas seulement en un regard en arrière, vers la justification, et en un regard en avant, vers la glorification. Le croyant n'est pas constamment préoccupé par le passé et le futur. Il doit aussi vivre une vie chrétienne dans le présent, c'est pourquoi nous lisons au verset 11 : "Nous mettons notre orgueil en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ." Nous nous réjouissons en espérance. Nous nous réjouissons aussi dans les souffrances. Mais, par-dessus tout, nous nous réjouissons en Dieu lui-même, et nous le faisons par Jésus-Christ.
   Comme nous l'avons déjà vu, c'est par Jésus-Christ que nous avons la paix avec Dieu (verset 1), c'est par Jésus-Christ que nous avons la paix avec Dieu (verset 1), c'est par Jésus-Christ que nous avons accès à la grâce dans laquelle nous sommes établis (verset 2), c'est par la mort de Christ que nous avons été réconciliés (verset 9), c'est par la vie de Christ que nous serons finalement sauvés (verset 10), et c'est par le même Seigneur Jésus-Christ que nous avons reçu (elabomen, verbe aoriste) la réconciliation (verset 11). Ainsi, nous nous réjouissons en Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ, par le Seul qui nous ait acquis ces bénédictions inestimables.
   Revenant sur la première moitié du chapitre 5, nous voyons que dans les deux paragraphes (versets 1 à 5 et 6 à 11) la pensée de l'apôtre va de la justification à la glorification, de ce que Dieu a déjà fait pour nous à ce qu'il fera encore pour nous, quand les temps seront consommés. Cela est particulièrement clair dans les versets 1 et 2 : "Ainsi donc, justifiés par la foi, ...nous mettons notre orgueil dans l'espérance de la gloire de Dieu."  Et plus loin au verset 9 : "Puisque maintenant nous sommes justifiés par son sang, à plus forte raison serons-nous sauvés par lui de la colère."
   De plus, dans chaque partie, verset 1 à 5 et 6 à 11, Paul parle de l'amour de Dieu qui devient le fondement de notre assurance. Au verset 5 il déclare que l'amour de Dieu a inondé nos coeurs, et au verset 8 que "Dieu prouve son amour envers nous : Christ est mort pour nous alors que nous étions encore pécheurs." Si, nous chrétiens, nous osons dire que nous allons au ciel quand nous mourons, ce n'est pas parce que nous sommes justes en nous-mêmes ou sans reproche, mais parce que nous croyons en l'amour inébranlable de Dieu, l'amour qui ne nous abandonnera jamais.
   En outre, ces deux parties nous fournissent un motif de croire que Dieu nous aime. Ce motif est double, à la fois objectif et subjectif. La raison objective de croire que Dieu nous aime est historique. Il s'agit de la mort de son Fils sur la croix : "Christ est mort pour nous alors que nous vivions encore en conflit avec lui. N'est-ce pas la meilleure preuve que Dieu nous aime ?" (verset 8, LPNT). La raison subjective de croire que Dieu nous aime n'est pas du domaine de l'histoire, mais relève de l'expérience vécue. Il ne s'agit pas de la mort de Christ, mais du don du Saint-Esprit en nous. Ainsi nous voyons au verset 8 que Dieu prouve son amour à la croix et au verset 5 qu'il répand son amour dans nos coeurs. Voilà comment Dieu nous aime. Nous en avons une connaissance intellectuelle en considérant la croix, où Dieu a donné ce qu'il avait de meilleur pour les plus mauvais. Et nous en avons une connaissance intuitive lorsque l'Esprit inonde nos coeurs du sentiment de son amour.
   Dans chaque cas l'apôtre relie cette connaissance à notre certitude du salut final. "L'espérance ne trompe pas" (verset 5). Autrement dit, nous savons que notre attente du salut final sera satisfaite, elle est solidement fondée. Nous ne serons pas leurrés, nous ne serons pas déçus. Comment le savons-nous ? Parce que l'amour de Dieu a inondé nos coeurs par le Saint-Esprit. Versets 8 à 10 : nous savons que nous serons sauvés de la colère de Dieu. Comment ? Parce que Dieu prouve son amour envers nous en ce qu'il a donné son Fils afin qu'il mourût pour nous, alors que nous étions ennemis et pécheurs.
   Parmi ceux qui lisent ces pages, quelqu'un serait-il dans le doute quant à son salut éternel ? Êtes-vous peut-être sûr d'avoir été justifié, mais sans avoir de certitude que tout ira bien finalement ? S'il en est ainsi, qu'il me soit permis d'insister à nouveau sur le fait que notre glorification finale est le fruit de la justification. "Ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés," comme nous le verrons en étudiant Romains 8 verset 30. Si c'est là votre problème, je vous en supplie confiez-vous en Dieu qui vous aime. Regardez à la croix et acceptez-la comme la preuve donnée par Dieu qu'il vous aime. Demandez-lui de continuer à inonder votre coeur de son amour par l'Esprit qui est en vous. Alors, adieu doutes obscurs et sombres craintes! Qu'ils soient engloutis par l'amour insondable de Dieu.

-2-. Le médiateur de notre justification (chapitre 5, versets 12 à 19).

   "Voilà pourquoi, de même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a atteint tous les hommes : d'ailleurs tous ont péché… car, jusqu'à la loi, le péché était dans le monde et, bien que le péché ne puisse être sanctionné quand il n'y a pas de loi,   pourtant, d'Adam à Moïse la mort a régné, même sur ceux qui n'avaient pas péché par une transgression identique à celle d'Adam, figure de celui qui devait venir.   Mais il n'en va pas du don de grâce comme de la faute ; car, si par la faute d'un seul la multitude a subi la mort, à plus forte raison la grâce de Dieu, grâce accordée en un seul homme, Jésus Christ, s'est-elle répandue en abondance sur la multitude.  Et il n'en va pas non plus du don comme des suites du péché d'un seul : en effet, à partir du péché d'un seul, le jugement aboutit à la condamnation, tandis qu'à partir de nombreuses fautes, le don de grâce aboutit à la justification.  Car si par un seul homme, par la faute d'un seul, la mort a régné, à plus forte raison, par le seul Jésus Christ, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice.   Bref, comme par la faute d'un seul ce fut pour tous les hommes la condamnation, ainsi par l'œuvre de justice d'un seul, c'est pour tous les hommes la justification qui donne la vie.   De même en effet que, par la désobéissance d'un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse, de même aussi, par l'obéissance d'un seul, la multitude sera-t-elle rendue juste."
   Dans la première partie Paul a lié notre réconciliation et notre salut final à la mort du Fils de Dieu. Son exposé appelle immédiatement la question suivante : "Mais comment le sacrifice d'une seule personne peut-il avoir apporté de telles bénédictions à tant d'autres personnes ?" Ce n'est pas qu'un si grand nombre d'hommes soient redevables d'autant à un si petit nombre", comme l'a dit Sir Winston Churchill à propos de la Bataille d'Angleterre. C'est que beaucoup doivent tant à une seule personne, Jésus-Christ crucifié. Comment cela se peut-il ?
   L'apôtre prévient cette question en établissant une analogie entre Adam et Christ, le "deuxième Adam"*. Tous deux démontrent le principe suivant : que beaucoup peuvent être atteints, en bien ou en mal, par l'action d'une seule personne.

* [Aujourd'hui il est de bon ton de considérer l'histoire d'adam et Ève comme un "mythe" et non comme un fait historique. Mais l'Écriture elle-même ne le permet pas. Il peut bien y avoir quelques éléments symboliques dans les trois premiers chapitres de la Genèse. Nous ne voudrions pas dogmatiser, par exemple, sur la nature précise des sept jours, du serpent, de l'arbre de vie ou de l'arbre de la connaissance du bien et du mal. Mais ceci ne veut pas dire que nous doutions qu'Adam et Ève fussent des personnes réelles qui furent créées bonnes et tombèrent par la désobéissance dans le péché. Le meilleur argument en faveur de l'historicité d'Adam et Ève n'est pas scientifique (par exemple, le monogénisme de la race humaine), mais théologique. Le chrétien selon la Bible accepte l'historicité d'Adam et Ève non pas essentiellement à cause du récit de l'Ancien Testament, mais à cause de la théologie du Nouveau Testament. En Romains 5, versets 12 à 19, et en 1 Corinthiens 15, versets 21 et 22, et 45 à 49, l'apôtre dresse une comparaison entre Adam et Christ, dont la validité repose sur l'historicité des deux. Chacun est présenté comme la tête d'une race - l'humanité déchue qui doit sa ruine à Adam, et l'humanité rachetée qui doit son salut à Christ. La mort et la condamnation sont liées à la désobéissance d'Adam, la vie et la justification à l'obéissance de Christ. Toute l'argumentation est construite sur deux actes historiques : la désobéissance obstinée d'Adam et l'obéissance fait de renoncement de Christ.]

1. L'histoire de l'homme avant le Christ (verset 12 à 14).
   Les trois premiers versets sont centrés sur Adam. "De même que par un seul homme le péché est entré dans le monde et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort a atteint tous les hommes parce que tous ont péché..." (verset 12). Ce verset est très important, parce qu'il résume en trois étapes l'histoire de l'homme avant la venue de Christ. Il nous dit premièrement que le péché est entré dans le monde par un homme; deuxièmement, que la mort est entrée dans le monde par le péché, parce que la mort est la sentence prononcée sur le péché; et troisièmement, que la mort a atteint tous les  hommes parce que tous ont péché (ceci sera expliqué plus loin). Voici les trois étapes : péché, mort, mort universelle. Cela veut dire que la situation actuelle de mort universelle est due à la transgression originelle d'un seul homme.
   Aux versets 13 et 14 cette progression (un seul homme qui pèche - tous les hommes qui meurent) est expliqué plus en détail. Aujourd'hui la mort vient sur tous les hommes, non seulement parce que tous ont péché comme Adam, mais parce que tous ont péché en Adam. Et ceci est clair, soutient Paul, à cause des faits qui ont eu lieu durant la période s'étendant d'Adam à Moïse, entre la chute et le don de la loi. Pendant cette période les hommes ont certainement péché, mais leurs péchés ne leur ont pas été "portés en compte", car "le péché n'est pas imputé quand il n'y a point de loi". (verset 13, version Segond). Pourtant, bien que la loi ne fût pas encore promulguée, ces hommes sont morts. En effet "d'Adam à Moïse la mort a régné, même sur ceux qui n'avaient pas péché par une transgression identique à celle d'Adam" (verset 14). Ainsi, Paul démontre que s'ils sont morts ce n'est pas parce qu'ils ont péché délibérément comme Adam, mais parce que, à l'exception de Christ, ils étaient compris avec toute l'humanité en Adam, la tête de la race humaine. Nous aussi, nous en faisons partie.  Pour utiliser une terminologie biblique (comparer Hébreux 7 verset 10) nous étions "dans les reins" d'Adam, et par conséquent impliqués en quelque sorte dans son péché. Nous ne pouvons pas lui jeter la pierre, nous prévalant d'une fausse innocence, car en fait nous partageons sa culpabilité. Et c'est parce que nous avons péché en Adam que nous mourons aujourd'hui.

2. L'analogie entre Adam et Christ (verset 15 à 19).
   Jusqu'ici Paul s'est arrêté à Adam. Cependant, à la fin du verset 14, il appelle Adam "la figure de celui qui devait venir". On peut dire qu'Adam était le prototype de Jésus-Christ. Et au verset 15 il commence à développer l'analogie entre Adam et Christ. Cette comparaison passionnante et fascinante porte sur des ressemblances et des différences. En fait, il n'y a qu'une seule ressemblance. Elle réside dans le schéma des événements : beaucoup d'hommes ont été touchés par l'acte d'un seul. Par contre, il y a trois différences entre l'acte d'Adam et celui ce Christ : dans leur motif, dans leur effet et dans leur nature. Le motif de l'acte d'Adam, la raison pour laquelle il a péché, est différent du motif sous-jacent à la mort de Christ. L'effet de l'acte d'Adam, le résultat de son péché, est différent de l'effet de la mort de Christ.  La nature de l'acte d'Adam, ce qu'il a fait, est différente de la nature de ce que Christ a fait. Examinons chacune des trois différences.
   a) Le motif. Au début du verset 15 nous lisons "qu'il n'en va pas du don de grâce comme de la faute". La faute ou l'offense était un acte de péché (le mot grec paraptoma signifie chute ou déviation du chemin). Adam connaissait suffisamment le chemin. Dieu lui avait indiqué la route à suivre, mais il en a dévié et il s'est égaré. Le don gratuit, par contre, (en grec charisma) souligne qu'il s'agit d'un acte de grâce. Nous pouvons donc dire que l'acte d'Adam était une affirmation de sa volonté propre - voilà pourquoi il l'a fait; il voulait suivre sa propre voie. Mais celui de Christ était un acte de renoncement, de grâce imméritée et gratuite. Voici donc en quoi les motifs des deux actes s'opposent : affirmation de soi dans l'un et renoncement à soi dans l'autre.
   b) L'effet. Nous le voyons dans les versets 15 b à 17. La première référence au contraste entre les résultats de l'oeuvre d'Adam et de celle de Christ apparaît dès la fin du verset 15, où il est dit que le péché d'un homme a attiré sur beaucoup la sentence inexorable de la mort. Au contraire la grâce de Dieu et de l'Homme Jésus-Christ abonde envers un grand nombre d'hommes en leur accordant un don gratuit, la vie éternelle (chapitre 6, verset 23). Ainsi la mort est mise en contraste avec la vie, et les deux versets suivants (16 et 17) exposent les effets opposés des actes d'Adam et de Christ. "À partir du péché d'un seul, le jugement aboutit à la condamnation, tandis qu'à partir de nombreuses fautes, le don de grâce aboutit à la justification. Car, si par un seul homme, par la faute d'un seul, la mort a régné, à plus forte raison, par le seul Jésus-Christ, régneront-ils dans la vie, ceux qui reçoivent l'abondance de la grâce et du don de la justice." Maintenant, sans nous perdre dans les détails, dégageons le contraste entre les effets de l'acte d'Adam et celui de Christ. Le péché d'Adam a amené la condamnation (katakrima), l'oeuvre de Christ apporte la justification (dikaioma). Le règne de la vie est rendu possible par l'oeuvre de Christ. Le contraste ne pouvait être plus complet. En fait il est absolu : entre condamnation et justification, entre mort et vie.
   Cependant, il vaut la peine de noter en passant la façon exacte dont l'apôtre oppose vie et mort. Le règne de la vie ne prend pas simplement la place de celui de la mort, car ce n'est pas la vie qui règne, mais c'est nous qui sommes appelés à régner dans la vie (verset 17). Auparavant la mort dominait sur nous et nous étions ses sujets, des esclaves sous sa tyrannie totalitaire. Maintenant nous n'échangeons pas la domination de la mort contre une autre, pour rester encore, mais d'une autre manière, sujets et esclaves. Non! Une fois délivrés de l'empire de la mort nous commençons nous-mêmes à régner sur la mort et sur tous les ennemis de Dieu. Nous cessons d'être sujets pour devenir rois, partageant la royauté de Christ.
   c) La nature. Nous avons vu que les actes d'Adam et de Christ étaient différents dans leur motif (ce qui les a inspirés) et dans leur effet (ce qui en est résulté). Maintenant l'apôtre oppose les deux actes en eux-mêmes. Ici (versets 18 et 19) le parallèle est semblable à celui qui vient d'être établi, mais à présent l'accent  est mis précisément sur ce qu'Adam a fait et sur ce que Christ a fait. Selon le verset 18, ce qui a conduit à la condamnation de tous, c'est l'offense d'un seul homme, tandis que ce qui a conduit à la justification et à la vie de tous ceux qui sont en Christ, c'est la justice d'un seul homme. La "faute" d'Adam était une transgression de la loi. "L'oeuvre juste" de Christ est un accomplissement de la loi. Le verset 19 développe cette pensée. "De même en effet que, par la désobéissance (parakoe) d'un seul homme, la multitude a été rendue pécheresse, de même aussi, par l'obéissance (hupakoe) d'un seul, la multitude sera-t-elle rendue juste." On voit ici, très clairement, la différence de nature des deux actes : Adam a désobéi à la volonté de Dieu et ainsi est déchu de la justice, Christ a obéi à la volonté de Dieu et ainsi a accompli toute la justice. (Comparer Matthieu 3, verset 15, et Philippiens 2, verset 8).
   Nous pourrions résumer brièvement le parallèle tracé entre Adam et Christ :
   Pour ce qui est du motif de leurs actes, Adam s'est affirmé lui-même, Christ s'est sacrifié lui-même.
   Pour ce qui est de l'effet de leurs actes, l'acte de péché d'Adam a entraîné la condamnation et la mort, l'acte de justice de Christ a amené la justification et la vie.
   Pour ce qui est de la nature de leurs actes, Adam a désobéi à la loi, Christ y a obéi.
   Ainsi donc, pour savoir si nous sommes condamnés ou justifiés, spirituellement morts ou vivants, il faut savoir à quelle humanité nous appartenons - l'ancienne, inaugurée par Adam, ou la nouvelle, inaugurée par Christ.  Il est indispensable de bien comprendre ceci : tous les hommes sont en Adam, puisque nous sommes en Adam de naissance, mais tous les hommes ne sont pas en Christ, puisque nous ne pouvons être en Christ que par la foi. Par naissance en Adam nous sommes condamnés et nous mourons. Mais si nous sommes en Christ, par la foi nous sommes justifiés et nous vivons.
   En conclusion, cela nous ramène aux privilèges des justifiés, dont il est question au début du chapitre, parce que ces privilèges ne sont nôtres qu'en Jésus-Christ et par lui seul. Le verset 1 déclare : "Nous sommes en paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ", et le verset 2 : "par lui nous avons accès, par la foi, à cette grâce en laquelle nous sommes établis." Paix, grâce, gloire, les trois privilèges du justifié, ne sont pas données à ceux qui sont en Adam, mais seulement à ceux qui sont en Christ.

L'UNION AVEC CHRIST.

   L'étude de Romains 5 nous a amené à découvrir le premier privilège du croyant, la paix avec Dieu : c'est la relation sans cesse renouvelée de grâce dans le présent et de gloire dans le monde à venir. Le deuxième privilège du chrétien, développé en Romains 6, est son union avec Christ, et qui conduit à la sainteté.
   Le grand thème de Romains 6, et en particulier des versets 1 à 11, est que la mort et la résurrection de Jésus-Christ ne sont pas seulement des faits historiques et des doctrines importantes, mais des expériences personnelles du croyant. Ces événements, nous avons nous-mêmes été amenés à les partager : tous les chrétiens ont été unis avec Christ dans sa mort et dans sa résurrection. De plus, s'il est vrai que nous sommes morts avec Christ et ressuscités avec lui, il est inconcevable que nous puissions encore vivre dans le péché.
   Romains 6 se divise en deux parties parallèles : versets 1 à 14 et 15 à 23. Chacune d'elles développe le même thème général : le péché est inadmissible chez un chrétien. Mais l'argumentation utilisée est légèrement différente dans chacune des parties. Les versets 1 à 14 traitent de notre union avec Christ, les versets 15 à 23 de notre esclavage envers Dieu. Telle est notre position de chrétien. Nous sommes un avec Christ et nous sommes esclaves de Dieu. L'argumentation en faveur de la sainteté est fondée sur ce double fait.

1. UN AVEC CHRIST (chapitre 6, versets 1 à 14).

   " Qu'est-ce à dire ? Nous faut-il demeurer dans le péché afin que la grâce abonde ?  Certes non ! Puisque nous sommes morts au péché, comment vivre encore dans le péché ?  Ou bien ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus Christ, c'est en sa mort que nous avons été baptisés ?  Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous menions nous aussi une vie nouvelle.  Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection.  Comprenons bien ceci : notre vieil homme a été crucifié avec lui pour que soit détruit ce corps de péché et qu'ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché.  Car celui qui est mort est libéré du péché.  Mais si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui.  Nous le savons en effet : ressuscité des morts, Christ ne meurt plus ; la mort sur lui n'a plus d'empire.  Car en mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ; vivant, c'est pour Dieu qu'il vit.  De même vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus Christ.  Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises.  Ne mettez plus vos membres au service du péché comme armes de l'injustice, mais, comme des vivants revenus d'entre les morts, avec vos membres comme armes de la justice, mettez-vous au service de Dieu.  Car le péché n'aura plus d'empire sur vous, puisque vous n'êtes plus sous la loi, mais sous la grâce."

1. Les objections des critiques.
   Le chapitre s'ouvre sur deux questions : "Qu'est-ce à dire ? Nous faut-il demeurer dans le péché afin que la grâce abonde ?"
   Pour bien comprendre ce que cachent ces questions, il nous faut revenir brièvement sur la fin du chapitre précédent, en particulier sur les versets 20 et 21. Paul vient d'opposer l'oeuvre d'Adam à celle de Christ. Le parallèle qu'il trace entre eux est si clair et si net qu'il ne reste apparemment pas de place dans son schéma pour l'un des événements les plus importants intervenus entre l'époque d'Adam et celle de Christ, c'est-à-dire le don de la loi par l'intermédiaire de Moïse. Ainsi, ayant décrit l'entrée du péché au verset 12, il décrit l'entrée de la loi au verset 20 en se servant de verbes semblables.
   Pourquoi la loi a-t-elle été donnée ? "La loi est intervenue pour que prolifère la faute" (verset 20). Cela signifie que le but de la loi était de mettre en évidence le péché et même de le provoquer (voir l'étude du chapitre 7, versets 7 à 12). dans son commentaire, H.P. Liddon dit : "Il fallait que les choses aillent encore plus mal dans l'humanité avant qu'elles ne puissent aller mieux."
   "Mais", poursuit l'apôtre, "là où la faute a proliféré, la grâce a surabondé". Le but que Dieu recherchait était l'établissement de son règne de grâce. Pour expliquer le verset 21 on peut le paraphraser ainsi : De même que le péché exerçait son pouvoir aux jours de l'Ancienne alliance, régnant parla loi de Moïse en entraînant la mort, de même la volonté de Dieu est que la grâce exerce son pouvoir aux jours de la Nouvelle Alliance, régnant par la justice de Christ et conduisant à la vie éternelle.
   C'est dans ce contexte-là que Paul pose maintenant ses questions : "qu'est-ce à dire ? Nous faut-il demeurer dans le péché afin que la grâce abonde ?" Le fait que, dans le passé, l'accroissement du péché ait amené l'accroissement de la grâce (chapitre 5, versets 20 et 21) en traine la question de savoir s'il en est toujours ainsi. Ne pourrais-je donc pas raisonner comme ceci : j'ai été justifié gratuitement par la grâce de Dieu, si je pèche de nouveau, se serai de nouveau pardonné, par grâce. Et plus je pèche, plus la grâce aura d'occasions de se manifester et de se révéler en me pardonnant. Vais-je donc continuer à pratiquer le péché pour que la grâce abonde ?
   Ce faisant, l'apôtre exprime une des objections soulevées par ses contemporains contre l'évangile d'une justification par la grâce seule, par le seul moyen de la foi. Ils soutenaient que la doctrine de la grâce inconditionnelle conduit à "l'antinomianisme" (opposition à la loi), c'est-à-dire qu'elle affaiblit notre sens de responsabilité morale et nous encourage en fait à pécher. Au temps de Paul, c'est sur ce terrain que les critiques s'opposaient à l'évangile, et, aujourd'hui encore, on entend souvent ce même argument simpliste.
   Si notre réconciliation avec Dieu dépend de sa seule et libre grâce, sans tenir compte d'aucun de nos oeuvres, ne pouvons-nous pas alors vivre comme bon nous semble ? Si Dieu "justifie l'impie" (Romains 4, verset 5) - ce qu'il fait en vérité et prend même plaisir à faire - peu importe d'être un saint, bien au contraire.
   Cela reviendrait à dire que la doctrine de la justification par grâce autorise le péché. Il est évident que certains raisonnaient ainsi. Jude les appelle des "impies qui travestissent en débauche la grâce de notre Dieu et qui renient notre seul Maître et Seigneur Jésus-Christ." (Jude verset 4).
   La réponse de Paul montre son indignation outrée : "Nous faut-il demeurer dans le péché afin que la grâce abonde ? Certes non!" Remarquez que Paul ne renonce pas à la doctrine à laquelle ses critiques trouvent à redire, mais il rejette la déduction injustifiée qu'ils en tirent. Il ne retire ni ne contredit, ni même ne modifie son évangile du salut gratuit. Le salut est un don gratuit et immérité ! En vérité, le fait que quelqu'un puisse s'y opposer et le fasse en ces termes et que Paul ne recule pas, prouve d'une manière concluante que c'est bien là l'évangile.
   Comment donc Paul répond-il ? Après une réfutation vigoureuse, il contre-attaque par une autre question : "Puisque nous sommes morts au péché, comment vivre encore dans le péché ?" (verset 2). En d'autres termes, nos objections critiques à la justification par la foi révèlent une incompréhension fondamentale de ce qu'elle est et de ce que signifie être chrétien. La vie chrétienne commence par une mort au péché (le verbe n'est pas au présent mais à l'aoriste, le temps au fait accompli dans le passé). En regard de cela, il est ridicule de demander si nous avons la liberté de continuer à pécher. Comment donc pouvons-nous continuer à vivre dans ce à quoi nous sommes morts ?
   Il est intéressant de remarquer que dans le texte grec le verbe "vivre" est au futur simple. Traduit littéralement cela donnerait : "Nous sommes morts au péché (passé), comment vivrons-nous dans le péché (futur) ?" Ce n'est pas l'impossibilité absolue de pécher que souligne l'apôtre, mais son incongruité morale. LPNT rend assez bien le sens de la phrase : "Nous sommes morts au péché, nous n'existons plus pour lui; comment alors vouloir vivre encore sous son empire ?"
   Cependant, il reste cette grande question : comment sommes-nous "morts au péché"? Il est clair que nous ne continuerons pas à vivre dans ce à quoi nous sommes morts. Mais que signifie être mort au péché ? Quand et comment cela est-il arrivé ? Dans la suite du texte, l'apôtre Paul l'explique, et nous allons le suivre tandis qu'il développe pas à pas sa puissante argumentation.

2. Le contre-argument de Paul.
   Première étape : le baptême chrétien est un baptême en Christ. C'est ce qu'il dit au verset 3 : "Ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus-Christ, ...?" Le simple fait que quelqu'un ait l'idée de demander si les chrétiens sont libres de pécher, trahit un manque total de compréhension de ce qu'est un chrétien et de ce qu'est le baptême chrétien. Un chrétien n'est pas simplement un croyant justifié. C'est quelqu'un qui est entré dans une relation vivante et personnelle avec Jésus-Christ. En réalité, la justification elle-même, comprise dans son véritable sens, n'est pas simplement une déclaration légale modifiant notre statut sans influencer notre manière de vivre. Nous sommes justifiés "en Christ" (Galates 2, verset 16). Il ne peut y avoir de justification par Christ sans union avec lui, la première dépend de la seconde.
   Or, le baptême est le signe de cette union avec Christ. Bien sûr, il a encore d'autres significations, notamment la purification du péché et le don du Saint-Esprit. Mais il signifie essentiellement l'union avec Christ. À plusieurs reprises la préposition grecque utilisée dans le Nouveau Testament avec le verbe "baptiser" n'est pas "en", c'est-à-dire dans ou en, avec le sens d'une position statique, mais "eis", c'est-à-dire vers, dans, avec l'idée de mouvement, d'introduction. Dans son ultime ordre de mission (Matthieu 28, verset 19), le Seigneur ressuscité nous dit de baptiser "dans le nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit" (traduit littéralement). Dans le livre des Actes, les croyants de Samarie comme ceux d'Éphèse furent baptisés "dans le nom du Seigneur Jésus" (chapitre 8, verset 16 et chapitre 19, verset 5). En Galates 3, verset 27 on lit "vous tous qui avez été baptisés en Christ".
   Dans le Nouveau Testament, l'institution ou le sacrement du baptême se présente sous une forme dramatique. Non seulement il montre que Dieu enlève notre péché et qu'il nous donne le Saint-Esprit, mais que par pure grâce il nous introduit en Jésus-Christ. C'est l'essence de la vie chrétienne que le baptême montre de façon visible. Bien entendu, le rite extérieur du baptême n'assure pas par lui-même notre union avec Christ. D'aucune façon! Il est inconcevable qu'après avoir consacré trois chapitres à prouver que la justification s'obtient par la foi seule, l'apôtre puisse maintenant changer de batterie, se contredire lui-même et faire du baptême le moyen du salut. Nous devons accorder à Paul le crédit d'un peu de suite dans les idées, voyons ! Quand il écrit que nous sommes "baptisés en Jésus-Christ", il veut dire que cette union avec Christ, réalisée de façon invisible par la foi, est scellée et démontrée de façon visible par le baptême. Cependant, le premier point qu'il tient pour établi est qu'être un chrétien implique une identification personnelle et vivante avec Jésus-Christ, et que cette union avec lui est manifestée de manière spectaculaire par notre baptême.
   Deuxième étape : Le baptême en Christ est un baptême en sa mort et sa résurrection. "Ignorez-vous", dit Paul (versets 3 à 5), "que nous tous, baptisés en Jésus-Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés ? Par le baptême, en sa mort, nous avons donc été ensevelis avec lui, afin que, comme Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, (ou, comme le rend LPNT, "par la puissance glorieuse du Père") nous menions nous aussi une vie nouvelle. Car si nous avons été totalement unis, assimilés à sa mort, nous le serons aussi à sa résurrection."
   Condensé en quelques mots, cela veut dire que le baptême en Christ est un baptême en sa mort et en sa résurrection. Le futur du verbe "être" au verset 5 ne concerne pas notre résurrection corporelle dans l'avenir, mais notre identification spirituelle à la résurrection de Christ dès maintenant.
   Ces versets font probablement allusion aux différentes illustrations renfermées dans le symbole du baptême. Quand le baptême avait lieu en plein air dans une rivière, le candidat devait descendre dans l'eau, et tandis qu'il y descendait, partiellement ou totalement immergé, c'était comme s'il était enterré pour ensuite ressusciter. Son baptême mettait en scène sa mort, son enterrement et sa résurrection à une vie nouvelle. "En d'autres termes", écrit C.J. Vaughan dans son commentaire, "notre baptême est une sorte d'ensevelissement". Un ensevelissement, certes, mais aussi une résurrection du tombeau.
   Voilà donc la deuxième étape dans l'argumentation de l'apôtre. Un chrétien a été uni à Christ dans sa mort et sa résurrection, intérieurement par la foi et extérieurement par le baptême. Nous ne devons pas nous considérer comme unis à Christ dans un sens quelque peu vague et général. Il faut être plus précis que cela. Le seul Jésus-Christ à qui nous avons été identifiés et unis est le Christ mort et ressuscité. Nous avons donc, qu'on le veuille ou non, partagé véritablement, par notre union avec Christ, sa mort et sa résurrection.
   Troisième étape : La mort de Christ était une mort au péché et sa résurrection était une résurrection pour Dieu.  Cette partie, allant des versets 6 à 11 est plus difficile à comprendre. Paul écrit : "comprenons bien ceci : notre vieil homme a été crucifié avec lui pour que soit détruit ce corps de péché et qu'ainsi nous ne soyons plus esclaves du péché. Car celui qui est mort est libéré (littéralement "a été justifié", dedikaiotai) du péché. Mais si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité des morts, Christ ne meurt plus; la mort sur lui n'a plus d'empire. Car en mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes; vivant, c'est pour Dieu qu'il vit. De même vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ."
   Ceci exige toute notre attention. Le verset 10 nous explique comment nous devons considérer la mort et la résurrection de Christ auxquelles nous avons été unis : "En mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes; vivant, c'est pour Dieu qu'il vit." Or, quelle est cette mort au péché, la mort dont Christ est mort (verset 10), et, partant, celle dont nous sommes morts en lui (verset 2 : "Nous sommes morts au péché", et verset 11 : "considérez que vous êtes morts au péché") ?
   a) Un malentendu sur la mort au péché. Sur ce point il est nécessaire de commencer par être négatif, par démolir avant de pouvoir construire, et ceci à cause d'un malentendu assez fréquent. Il y a une interprétation répandue de la mort au péché écrite en Romains 6, qui ne résiste pas à une étude attentive, mais qui conduit à nous leurrer nous-mêmes, provoque la désillusion et même le désespoir. Cette interprétation, la voici : quand on meurt physiquement, les cinq sens cessent de fonctionner. On ne peut plus toucher, goûter, voir, sentir ni entendre. On perd toute sensibilité, on ne répond plus aux stimulations d'où qu'elles viennent. Ainsi, par analogie, suivant cette interprétation largement répandue, mourir au péché c'est donc y devenir insensible. C'est être inerte au péché autant qu'un cadavre l'est aux stimulations physiques.
   Cette façon de voir se prête d'ailleurs à une illustration. Je l'ai entendu exprimer de la manière suivante : l'une des caractéristiques de la vie est la faculté de réagir à un stimulus. Vous marchez le long d'une rue et vous apercevez un chien ou un chat étendu dans le caniveau. Pouvez-vous dire s'il est mort ou vivant ? Touchez-le du pied et vous saurez. S'il est vivant, il aura une réaction immédiate. Il bondira sur ses pattes et s'enfuira. Au contraire, s'il est mort, il n'aura aucune réaction. La bête restera là sans bouger.
   Ainsi, d'après cette conception courante, le fait d'être "morts au péché" signifie que nous sommes devenus insensibles à son égard. Nous sommes comme des cadavres, et quand vient le stimulus tentateur nous ne le sentons pas et nous ne réagissons pas. Nous sommes morts. Et l'explication à cela est tirée, nous dit-on, du verset 6, d'après lequel, d'une manière mystique, notre vieille nature a été véritablement crucifiée. Non seulement Christ a porté notre faute, mais notre "chair", notre nature déchue. Celle-ci a été clouée à la croix et tuée, et notre devoir est de la considérer comme morte (verset 11), quelque soit la preuve que nous ayons du contraire.
   Permettez-moi de vous citer entre autres trois textes qui expriment cette façon de voir. "Un mort est quitte envers le péché, il est dégagé de sa responsabilité; le mal a beau l'appeler : il ne répond plus" (verset 7, LPNT). C.J. Vaughan écrit : "Un homme mort ne peut pécher. Et vous êtes mort ... Par rapport à tout péché soyez aussi impassibles, aussi insensibles, aussi inébranlables que l'est Celui qui est déjà mort."  H.P. Liddon commente : Cette mort accomplie (apothanein) a vraisemblablement rendu le chrétien aussi insensible au péché qu'un homme mort l'est à l'égard du monde des sens."
   En dépit de tous ces arguments, il y a des objections sérieuses et même décisives à cette façon de voir. Si nous examinons soigneusement la question, nous découvrons que ce n'est pas en ce sens que Christ est mort au péché, pas plus que ce n'est en ce sens que nous sommes morts au péché.
   Il est très important de remarquer que la locution "morts au péché" revient trois fois dans ce paragraphe. Deux fois elle est attribuée aux chrétiens (versets 2 et 11), et une fois à Christ (verset 10). Or, c'est un principe fondamental de l'interprétation biblique qu'une même phrase revenant dans un même contexte a la même signification. Nous devons donc trouver une explication de cette mort au péché qui soit vraie à la fois pour Christ et pour les chrétiens. Il nous est dit qu'il est "mort au péché" et que "nous sommes morts au péché". Je dis bien, quelle que soit la signification de cette mort au péché, elle doit être vraie à la fois du Seigneur Jésus et de nous.
   Considérons d'abord Christ et sa mort. Que veut dire l'expression du verset 10 : "En mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes ?" Cela ne peut signifier qu'il est devenu insensible au péché, car cela impliquerait qu'il y ait été sensible auparavant. Notre Seigneur Jésus-Christ a-t-il été à un moment quelconque tellement vivant au péché qu'il ait donc eu besoin d'y mourir ? Et même, était-il si continuellement vivant au péché qu'il ait dû mourir une bonne fois pour toutes. Non, bien sûr, cette pensée serait intolérable.
   Maintenant, qu'en est-il de nous-mêmes et de notre mort au péché ? Sommes-nous morts au péché dans le sens que notre vieille nature y est devenue insensible ? Non, encore une fois. Un deuxième principe essentiel de l'interprétation biblique est qu'on doit expliquer le texte par son contexte, la partie en relation avec le tout, et le particulier à la lumière du général. Je pose donc la question : Quel est l'enseignement général du reste de l'Écriture au sujet de la vieille nature ? Voici ce qu'elle affirme : la vieille nature reste vivante et agissante dans les croyants  régénérés. Or, le contexte de notre passage enseigne bien la même vérité. Aux versets 12 et 13 l'apôtre dit : "Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises. Ne mettez plus vos membres au service du péché..." - commandements tout à fait injustifiés si nous étions morts au péché de telle sorte que nous y serions insensibles. Et la suite de la lettre aux Romains le confirme. Au début du chapitre 8, Paul nous presse de ne pas nous préoccuper des aspirations de la chair et de ne pas marcher selon la chair. Au verset 14 du chapitre 13, il dit que nous ne devons pas nous laisser entraîner par la chair pour satisfaire ses désirs. Ce seraient des injonctions absurdes si la chair était morte et n'avait plus de désirs. C'est à ces versets que nous devons renvoyer ceux qui, tout en reconnaissant qu'ils ne sont pas "morts" ou étrangers aux séductions du monde, maintiennent cependant qu'ils ont un "être intérieur sanctifié" débarrassé de l'inclination au péché. Mais si l'apôtre nous exhorte à résister, à ne pas nous livrer aux convoitises de la nature humaine, cela montre bien que nos tentations viennent encore du dedans et pas seulement du dehors, c'est-à-dire de la chair et pas seulement du monde et du diable.
   De plus, l'expérience chrétienne prouve que cette interprétation n'est pas correcte. Il faut notre que l'apôtre ne parle pas de certains chrétiens exceptionnellement saints, qui seraient passés par quelque expérience particulière. Il vise tous les chrétiens qui ont cru et ont été baptisés en Christ : "Puisque nous sommes morts au péché, comment vivre encore dans le péché ? Ou bien ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus-Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés ?" (versets 2 et 3).
   Ainsi cette mort au péché, de quelque manière qu'on la comprenne, est commune à tous les chrétiens. Mais tous les croyants qui ont été baptisés sont-ils morts au péché au sens d'y être intérieurement indifférents ? Constatent-ils qu'ils sont devenus insensibles au péché, que celui-ci se tient tranquille au-dedans d'eux, et qu'ils peuvent compter là-dessus. Non! Au contraire, les biographies de l'Écriture et de l'Histoire, ainsi que notre propre expérience, s'accordent pour contredire ces idées. Bien loin d'être morte, au sens d'être inerte, notre nature déchue et corrompue est bel et bien vivante. Elle l'est même tellement que nous sommes exhortés à ne pas obéir à ses convoitises. Il est aussi rappelé que le Saint-Esprit nous a été donné dans le but précis de la soumettre et de la contrôler. À quoi bon tout cela si elle était déjà morte ?
   J'aimerais ajouter ceci : cette façon de voir, très répandue, comporte de réels dangers, comme j'ai pu le constater par ma propre expérience, parce qu'on me l'avait enseignée et que je l'ai tenue pour vraie. En effet, lorsque quelqu'un a essayé de se tenir pour mort dans ce sens (tout en sachant bien qu'il n'est pas mort), il est déchiré entre son interprétation de l'Écriture et son expérience pratique. Ceci a pour conséquence que certains commencent à douter de la vérité de la Parole de Dieu, tandis que d'autres, pour maintenir leur interprétation, vont jusqu'à être malhonnêtes au sujet de leur expérience.
   Puis-je résumer les objections à cette conception courante ? Christ n'est pas mort au péché, dans le sens d'y devenir insensible, parce qu'il n'y a jamais été vivant au point de devoir y mourir. Nous non plus, nous ne sommes pas morts au péché en ce sens, parce que nous y sommes toujours vivants. En vérité, il nous est dit de le "faire mourir", et comment pourrait-on faire mourir ce qui est déjà mort ? En disant cela je n'ai pas l'intention d'attaquer les points de vue chers à d'autres chrétiens ou de choquer qui que ce soit, mais de faire prendre conscience d'une nouvelle dimension de la vie chrétienne et d'aplanir le chemin vers une nouvelle liberté. C'est ce que nous allons voir à présent.
   b) La véritable pensée de Paul sur la mort au péché. Quelle est donc la signification de cette "mort au péché" que Christ a subi et que nous avons subi en lui ? Comment pouvons-nous interpréter cette expression de telle sorte qu'elle soit vraie de Christ et des chrétiens - de tous les chrétiens ? La réponse n'est pas à chercher bien loin.
   Ce malentendu illustre le grand danger qu'il y a de fonder son argumentation sur une analogie. Dans toute analogie (où quelqu'un est assimilé à quelque chose) il faut rechercher soigneusement sur quel point porte le parallèle ou la ressemblance. Nous n'avons pas à rechercher à tout prix une ressemblance sur tous les points. Par exemple : Jésus dit que nous devons devenir comme des petits enfants. Il ne veut pas dire par là que nous devons présenter tous les traits de caractère d'un enfant (y compris l'ignorance, le caprice, l'obstination et le péché), mais seulement l'un d'eux, soit l'humble dépendance. De la même façon, ce n'est pas parce qu'il est dit que nous sommes "morts" au péché que toutes les caractéristiques de l'homme mort sont forcément vraies du chrétien, y compris l'insensibilité aux stimulations. Mais nous devons nous demander où se trouve exactement l'analogie. Quelle est alors la signification de la "mort" dans ce contexte ?
   Si nous cherchons la réponse dans les Écritures plutôt que dans une analogie, dans l'enseignement biblique concernant la mort plutôt que dans les propriétés d'un homme mort, nous trouverons directement une solution. La mort et les affirmations des Écritures à son sujet, ne sont pas tant conçues en termes physiques qu'en termes légaux et moraux. Il ne s'agit pas seulement d'un cadavre inerte, mais essentiellement de la sévère, mais juste punition du péché. Et cela est vrai dans toute la Bible, depuis la Genèse où Dieu dit : "Le jour où tu en mangeras (et par conséquent pécheras), tu mourras" (chapitre 2, verset 17), jusqu'à l'Apocalypse où il est question de la terrible destinée des pécheurs, appelée la "seconde mort" (chapitre 21, verset 8). Dans les Écritures, la mort est liée au péché comme une juste rétribution de l'offense. L'épître aux Romains ne dit pas autre chose. Au chapitre 1, verset 32, il nous est parlé du décret de Dieu selon lequel ceux qui pèchent sont "dignes de mort", et au dernier verset du chapitre que nous étudions nous lisons : "Le salaire du péché, c'est la mort" (verset 23). C'est ainsi que l'on doit comprendre la notion de mort et de péché. Et c'est bien cette signification de la mort qui est à la fois vraie de Christ et des chrétiens.
   Voyons d'abord ce qui s'applique à Christ (verset 10), "En mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes." Qu'est-ce à dire sinon que Christ est mort au péché dans le sens qu'il a porté la punition du péché ? Il est mort pour nos péchés, les portant en sa personne innocente et sainte. Il a pris sur lui nos péchés et leur juste rétribution. La mort dont Jésus est mort était le salaire du péché - de notre péché. Il a fait face à ses exigences, il en a subi la punition, il en a accepté la rétribution, et il l'a fait "une fois" - une fois pour toutes. Par conséquent, le péché n'a plus d'exigences ou de droit sur lui. Ainsi il a été ressuscité des morts, prouvant par là qu'en se chargeant de nos péchés il a pleinement satisfait aux exigences de Dieu, et c'est pour Dieu qu'il vit maintenant à toujours.
   Si c'est dans ce sens que Christ est mort au péché, c'est également dans ce sens que nous, du fait de notre union avec Christ, nous sommes morts au péché. Nous le sommes au sens que, en Christ, nous avons subi le châtiment du péché. Par conséquent, notre ancienne vie est finie, une nouvelle vie a commencé.
   Certains objecteront que nous ne pouvons tout de même pas prétendre avoir porté nous-mêmes en Christ la punition pour nos péchés, puisque nous ne pouvons pas mourir pour nos péchés, lui seul a pu le faire. Il m'a même été suggéré que ceci est une forme dissimulée de justification par les oeuvres ! Mais il ne s'agit pas du tout de cela. Bien sûr, le sacrifice de Christ pour le péché est absolument unique et nous ne pouvons avoir part à cet acte. Mais nous pouvons avoir notre part à ses bienfaits et l'avons réellement, si nous sommes en Christ. Le Nouveau Testament exprime cette vérité en disant non seulement que Christ est mort pour nous, mais encore que nous sommes morts en Christ. Voyez, par exemple, 2 Corinthiens 5 versets 14 et 15, où Paul déclare "qu'un seul est mort pour tous et donc que tous sont morts."
   Revenons maintenant au verset 6 qui parle de notre mort. Il comprend trois étapes bien nettes, l'une entraînant l'autre. Je rendrai librement ce verset comme suit :
1. "Nous savons que notre vieil homme a été crucifié avec lui",
2. "afin que soit détruit le corps du péché,"
3. "afin que nous ne soyons plus esclaves du péché."
   La dernière étape est claire : "afin que nous ne soyons plus esclaves du péché". C'est là certainement le désir de nos coeurs : être libérés de l'esclavage et des liens du péché. C'est la dernière affirmation du verset 6. Comment cela advient-il ? Il nous faut revenir aux deux premières étapes qui conduisent à cette délivrance. La première est appelée la crucifixion du vieil homme, la seconde la destruction du corps du péché, la deuxième dépendant de la première. En fait il nous est dit que notre vieil homme a été crucifié pour que le corps du péché soit détruit, afin que nous ne soyons plus esclaves du péché. Il peut être utile de prendre ces phrases dans l'ordre inverse.
   D'abord la destruction du corps du péché. Le "corps du péché" n'est pas le corps humain ; en effet, notre corps n'est pas pécheur en lui-même. Cette expression désigne la nature pécheresse qui appartient au corps (verset 12). BNA nous éclaire en traduisant : "l'être pécheur". D'après ce verset, Dieu a donc pour but que l'être pécheur soit "détruit", de telle sorte que nous ne servions plus le péché. En Hébreux 2, verset 14, on retrouve le verbe grec détruire (katargethe) à propos du diable. Il ne signifie pas disparaître, mais être vaincu ; non pas être anéanti, mais être réduit à l'impuissance. Notre vieille nature n'a pas plus disparu que le diable, mais la volonté de Dieu est que la domination de l'une comme de l'autre soit renversée. En fait, la nature pécheresse a été détruite par un événement intervenu sur la croix, que décrit la première proposition du verset 6.
   C'est la crucifixion de notre "vieil homme" ou "vieux moi". Qu'est-ce que ce vieil homme ? Ce n'est pas notre vieille nature. Comment cela se pourrait-il puisque le "corps du péché" signifie la vieille nature ? Confondre les deux expressions serait ôter au verset tout son sens. Non! "Le vieil homme" signifie non pas notre ancienne nature irrégénérée, mais notre ancienne vie irrégénérée - "l'homme que nous étions auparavant" (BNA). Non pas ce qui est mauvais en moi, mais ce que j'étais autrefois. Ainsi ce qui a été crucifié avec Christ n'était pas une partie de moi, appelée ma vieille nature, mais moi-même tout entier, comme j'étais avant de me convertir. Mon "vieil homme" désigne ma vie avant ma conversion, ma manière d'être irrégénéré. Ceci doit être bien clair parce que dans ce chapitre la phrase : "notre vieil homme a été crucifié avec lui" (verset 6), est équivalente à : "nous sommes morts au péché" (verset 2).
   Une des sources de confusion à propos de ce verset est l'emploi que Paul fait du mot "crucifié". Bien des gens l'associent dans leur esprit à Galates 5, verset 24, où il est dit : "Ceux qui sont à Christ ont crucifié la chair avec ses passions et ses désirs." Un rapprochement de ces deux versets suggérerait tout naturellement qu'en Romains 6.6, Paul fait allusion à la crucifixion de la "vieille nature" ou de la "chair". Mais les deux versets sont assez différents. Il faut que cela soit clair parce que Romains 6.6 décrit quelque chose qui nous est arrivé ("notre vieil homme a été crucifié avec lui"), tandis que Galates 5, verset 24 se réfère à quelque chose que nous avons accompli nous-mêmes (nous avons "crucifié la chair"). En fait, quand le Nouveau Testament parle de la mort spirituelle du chrétien et la met en rapport avec la sainteté, il le fait de deux façons distinctes et séparées. La première est une mort au péché, la seconde une mort à soi-même. Notre mort au péché se fait par identification à Christ, notre mort à nous-mêmes par imitation de Christ. Premièrement, nous avons été crucifiés avec Christ, mais ensuite nous n'avons pas seulement crucifié, c'est-à-dire répudié, la chair avec ses passions et ses désirs de manière définitive, mais nous prenons chaque jour notre croix et suivons Christ pour être crucifiés (Luc 9, verset 23). La première est une mort sur le plan judiciaire, une mort comme punition du péché; la seconde est une mort sur le plan moral, une mort au pouvoir du péché. La première appartient au passé, fait unique et impossible à renouveler : en Christ je suis mort au péché une fois pour toutes. La seconde appartient au présent, elle est continuelle et renouvelable : comme Christ, je meurs à moi-même quotidiennement. Romains 6, traite de la première des deux.
   Nous pouvons maintenant prendre dans l'ordre les trois étapes du verset 6. Premièrement, notre vieil homme a été crucifié avec Christ; c'est-à-dire que nous avons été crucifiés avec Christ. Nous avons été identifiés avec lui par la foi et le baptême, donc nous partageons sa mort au péché. Ainsi nous avons été crucifiés avec Christ pour que, deuxièmement, notre nature pécheresse puisse être dépouillée de sa puissance. Et ceci a eu lieu afin que, troisièmement, nous ne soyons plus esclaves du péché.
   Il s'agit maintenant de savoir comment cette crucifixion avec Christ peut conduire à une victoire sur la vieille nature, et par là, à la délivrance de l'esclavage du péché. Le verset 7 y répond. C'est, littéralement, parce que "celui qui est mort a été justifié de son péché." Plusieurs traductions se sont permis de rendre très librement le verbe grec dedikaiotai par "libérer" ou "affranchir". Il est utilisé quinze fois dans Romains et vingt-cinq fois dans le Nouveau Testament, et signifie chaque fois "justifier".
   Le seul moyen d'être justifié du péché est de recevoir le salaire du péché. La seule issue est d'en subir la condamnation. Illustrons cela à l'aide d'un exemple de la pratique judiciaire chez nous : Comment un homme qui a été convaincu de crime et condamné à une peine d'emprisonnement peut-être être justifié ? Il n'y a qu'un seul moyen. Il doit aller en prison et payer pour son crime. Une fois sa peine purgée, il peut quitter la prison, justifié. Il n'a plus rien à craindre ni de la police, ni de la loi, ni des magistrats. La loi ne retient plus rien contre lui, parce qu'il a payé pour sa transgression. Il est absous de son crime, il est maintenant justifié de son péché.
   Le même principe joue dans le cas où la sentence est la peine de mort. Il n'y a pour le condamné pas d'autre issue ou de justification que de subir le châtiment. On pourrait dire que dans ce cas le châtiment n'est pas une issue, et on aurait raison en parlant ainsi de la peine capitale sur terre. Une fois le meurtrier exécuté, dans les pays où cette peine existe encore, sa vie sur terre est finie. Il ne peut, étant justifié, vivre à nouveau parmi les hommes, à la différence de celui qui a purgé une peine de prison. Mais ce que notre justification chrétienne a de merveilleux, c'est que notre mort est suivie d'une résurrection grâce à laquelle nous pouvons vivre une vie de justifié, ayant payé pour notre péché par notre mort en Christ.
   Pour nous cela se passe donc ainsi. Nous méritions la mort pour notre péché. Par notre union avec Jésus-Christ nous sommes morts, non en notre propre personne - ce qui signifierait une mort éternelle - mais dans la personne de Christ, notre substitut, avec qui nous avons été faits un par la foi et le baptême. Et, par notre union avec ce même Christ, nous sommes ressuscités pour vivre la vie d'un pécheur justifié, une vie toute nouvelle. L'ancienne vie est passée. Le châtiment a été subi. Nous émergeons justifiés de cette mort. La loi ne peut nous atteindre, parce que le prix du péché est payé.
   Gardant cela à l'esprit, nous pouvons aborder les versets 7 à 11. "Car celui qui est mort est libéré (littéralement : justifié) du péché. Mais si nous sommes morts avec Christ, nous croyons que nous vivrons aussi avec lui. Nous le savons en effet : ressuscité des morts, Christ ne meurt plus; la mort n'a plus d'empire sur lui. Car en mourant, c'est au péché qu'il est mort une fois pour toutes; vivant, c'est pour Dieu qu'il vit. De même, vous aussi : considérez que vous êtes morts au péché et vivants pour Dieu en Jésus-Christ."
   Permettez-moi d'exprimer cela d'une manière un peu plus familière. Imaginons un chrétien d'un certain âge - appelons le Martin - qui repasse en mémoire sa longue vie. Elle est divisée en deux parties par sa conversion, l'ancienne personnalité - le Martin d'avant sa conversion - et la nouvelle personnalité - le Martin d'après sa conversion. L'ancienne personnalité et la nouvelle (le "vieil homme" et le "nouvel homme") ne sont pas deux natures distinctes de Martin, ce sont deux moitiés de sa vie, séparées par la nouvelle naissance. À la conversion, rendu visible dans le baptême, l'ancien Martin est mort par son union avec Christ, le prix de son péché ayant été payé. À ce moment-là, le nouveau Martin est ressuscité des morts, pour vivre une vie nouvelle pour Dieu.
   Or, chaque croyant est un Martin. Nous sommes ce Martin si nous sommes en Christ. Notre vieil homme est mort par notre crucifixion avec Christ. Nous avons été unis à Christ dans sa mort par la foi et le baptême. La mort au péché dont Christ est mort est devenue notre mort, son bénéfice nous a été transféré. Ainsi, étant morts au péché avec Christ, nous avons été justifiés de nos péchés (verset 7); étant ressuscités avec Christ, nous sommes justifiés et vivants pour Dieu (versets 8 et 9). Notre ancienne vie s'est achevée avec la mort qu'elle méritait. Notre nouvelle vie a commencé par une résurrection. Christ est mort au péché une fois pour toutes et ne cesse de vivre pour Dieu (verset 10). Ainsi, nous qui sommes un avec Christ, nous devons "considérer", c'est-à-dire prendre conscience, que nous sommes aussi morts au péché et que nous vivons désormais pour Dieu (verset 11). Cela nous amène à la quatrième étape.
   Quatrième étape: puisque nous sommes morts au péché et vivants pour Dieu, nous devons en tenir compte. Autrement dit, si la mort de Christ a été une mort au péché (et elle l'est), si sa résurrection a été une résurrection pour Dieu (et elle l'est), et si nous avons été unis à Christ dans sa mort et dans sa résurrection (et nous le sommes), alors nous-mêmes nous sommes morts au péché et ressuscités pour Dieu : et nous devons en tenir compte. "De même, vous aussi : considérez-vous (tenez-vous pour) morts au péché et vivants pour Dieu en (par l'union avec) Jésus-Christ" (verset 11).
   Or, "considérer" ne signifie pas "faire comme si". Ce n'est pas faire violence à notre foi pour lui faire accepter quelque chose que nous ne croyons pas. Nous ne devons pas faire comme si notre vieille nature était morte alors que nous savons fort bien qu'elle ne l'est pas. Nous devons plutôt prendre conscience du fait que notre vieil homme, celui d'avant la conversion, est mort, payant ainsi pour son péché et mettant ainsi fin à sa carrière. C'est pourquoi Paul dit "considérez-vous" ou "regardez-vous" (comparer Segond) comme étant ce que vous êtes en fait : morts au péché et vivants pour Dieu. Une fois que nous prenons conscience du fait que notre ancienne vie est finie - le compte réglé, la dette payée, la loi satisfaite - nous ne voudrons plus rien avoir à faire avec elle.
   L'image suivante pourrait nous aider à comprendre. Notre biographie est écrite en deux volumes. Le tome un raconte l'histoire du vieil homme, de ce que j'étais avant ma conversion. Le tome deux raconte celle du nouvel homme, de ce que je suis devenu, ayant été recréé en Christ. Le tome un de ma biographie s'achève par la condamnation à mort du vieil homme. J'étais un pécheur, je méritais la mort, je suis mort. Ce que je méritais je l'ai reçu en mon substitut avec qui je suis devenu un. Le tome deux de ma biographie s'ouvre sur ma résurrection. Mon ancienne vie étant finie, une nouvelle vie a commencé pour Dieu.
   Tout ce qui nous est demandé c'est de le reconnaître - non de le feindre, mais d'en prendre conscience. C'est une réalité, et nous devons nous l'approprier. Nous devons permettre à notre pensée de mettre à profit des vérités. Nous devons les méditer jusqu'à ce que nous les comprenions sûrement. Nous devons garder présent à l'esprit : "Le tome un est fermé. Ta vie maintenant c'est le tome deux. Il est absurde que tu ouvres à nouveau le tome un. Ce n'est pas impossible, mais c'est absurde."
   Une femme mariée peut-elle vivre comme si elle était encore célibataire ? Effectivement, cela peut arriver. Ce n'est pas impossible. Mais l'alliance qu'elle porte à son doigt, symbole de sa nouvelle vie, symbole de l'union avec son mari, lui rappellera qui elle est, et comment elle doit vivre. De même, un chrétien né de nouveau peut-il vivre comme s'il était encore dans ses péchés ? Effectivement, cela peut arriver. Ce n'est pas impossible. Mais qu'il se souvienne de son baptême, symbole de son union avec Christ dans sa mort et dans sa résurrection, et qu'il vive en conséquence.
   Nous avons besoin de nous rappeler constamment ce que nous sommes. Quand Satan murmure à notre oreille : "Vas-y ! Pèche ! Dieu te pardonnera", nous voilà tentés d'abuser de la grâce de Dieu. Répondons-lui alors : "Pas question, Satan ! Je suis mort au péché ; comment pourrais-je y vivre ? (comparer verset 2). Le tome un est fermé. J'en suis au tome deux." En d'autres termes, l'apôtre n'affirme pas l'impossibilité de pécher chez le chrétien, mais l'incongruité flagrante d'une telle conduite. Étonné, indigné, il s'écrie : "Nous sommes morts au péché : comment vivre encore dans le péché ?" Être mort au péché et vivre dans le péché sont deux situations logiquement incompatibles.
   Ainsi le secret d'une vie sainte est dans notre pensée. Il s'agit de comprendre (verset 6) que notre vieux moi a été crucifié avec Christ. Il s'agit de savoir (verset 3) que le baptême qui nous introduit en Christ est un baptême qui nous introduit en sa mort et en sa résurrection. Il s'agit de considérer, de saisir par l'intelligence (verset 11) qu'en Christ nous sommes morts au péché et que nous vivons pour Dieu. Nous devons connaître ces choses, les méditer et comprendre qu'elles sont vraies. Nos esprits doivent s'approprier le fait de notre mort et de notre résurrection avec Christ ainsi que leur signification, à tel point qu'un retour à notre ancienne vie soit impensable. Un chrétien né de nouveau ne devrait pas plus penser à revenir à son ancienne vie qu'un adulte à son enfance, qu'un homme marié à son célibat, ou qu'un prisonnier libéré à sa cellule de prison.
   Par notre union avec Jésus-Christ, notre position tout entière a changé. Notre foi et notre baptême nous ont séparés de l'ancienne vie, coupés d'elle irrévocablement et lancés dans une vie nouvelle. Notre baptême se trouve entre nous et notre ancienne vie, comme une porte entre deux pièces, fermant l'une et ouvrant sur l'autre. Nous sommes morts. Nous sommes ressuscités. Comment pourrions-nous vivre encore dans ce à quoi nous sommes morts ?
   Cinquième étape : Comme des vivants d'entre les morts, nous ne devons pas laisser le péché régner en nous, mais nous soumettre à Dieu. Les versets 12 à 14 opposent des ordres négatifs à des ordres positifs. D'abord le côté négatif : "Que le péché ne règne donc plus dans votre corps mortel pour vous faire obéir à ses convoitises" (verset 12); ne laissez pas le péché être votre maître. "Ne mettez plus vos membres au service du péché comme armes de l'injustice" (verset 13a) : c'est-à-dire, ne laissez pas le péché dominer sur vous ; ne laissez pas le péché se servir de vous pour accomplir ses desseins injustes. Ne laissez pas le péché être votre maître.
   Maintenant, le côté positif : "Offrez-vous à Dieu, comme des hommes revenus de la mort à la vie" (verset 13, BNA), ce qui est votre cas. Vous êtes morts au péché, ayant subi sa punition. Vous êtes ressuscités, vous êtes vivants d'entre les morts. À présent "comme des vivants revenus d'entre les morts, avec vos membres comme armes de la justice, mettez-vous au service de Dieu." En d'autres termes, ne vous laissez plus dominer par le péché, mais que Dieu soit votre maître. Ne permettez pas au péché de se servir de vous, mais mettez-vous au service de Dieu.
   Pourquoi ? Sur quoi s'appuie cette exhortation ? Pour quelle raison fondamentale nous soumettre à Dieu et non au péché ? C'est que nous sommes vivants d'entre les morts ! Nous sommes morts au péché et nous sommes ressuscités pour Dieu. Nous ne pouvons donc pas nous soumettre au péché, nous devons nous soumettre à Dieu. Quelle logique irrésistible, d'une étape à l'autre ! Parce que nous sommes vivants d'entre les morts, le péché ne sera plus notre maître. Il n'est plus question que le péché soit notre maître, puisque maintenant nous ne sommes plus soumis "à la loi mais à la grâce" (verset 14). Dieu dans sa grâce nous a justifiés en Christ. En Christ, la dette du péché est payée et les exigences de la loi satisfaites. Ni le péché, ni la loi n'ont de droit sur nous. Nous avons été arrachés à leur tyrannie. Nous avons changé de camp. Nous avons un nouveau statut. Nous ne sommes plus prisonniers de la loi, mais enfants de Dieu et placés sous sa grâce.
   Ainsi, le fait de savoir que nous sommes sous la grâce et non sous la loi, loin de nous encourager à continuer dans le péché pour que la grâce abonde, en réalité nous détache du monde, de la chair et du diable. Maintenant que par grâce un nouveau volume de notre biographie est ouvert, nous ne pouvons vraiment plus rouvrir le premier. Maintenant que par grâce nous sommes vivants d'entre les morts, nous ne pouvons vraiment plus retourner à l'ancienne vie à laquelle nous sommes morts.

2. ESCLAVES DE DIEU (chapitre 6, versets 15 à 23).

   " Quoi donc ? Allons-nous pécher parce que nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce ? Certes non !  Ne savez-vous pas qu'en vous mettant au service de quelqu'un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez, soit du péché qui conduit à la mort, soit de l'obéissance qui conduit à la justice ?  Rendons grâce à Dieu : vous étiez esclaves du péché, mais vous avez obéi de tout votre cœur à l'enseignement commun auquel vous avez été confiés ;  libérés du péché, vous êtes devenus esclaves de la justice.  J'emploie des mots tout humains, adaptés à votre faiblesse. De même que vous avez mis vos membres comme esclaves au service de l'impureté et du désordre qui conduisent à la révolte contre Dieu, mettez-les maintenant comme esclaves au service de la justice qui conduit à la sanctification.  Lorsque vous étiez esclaves du péché, vous étiez libres à l'égard de la justice.  Quels fruits portiez-vous donc alors ? Aujourd'hui vous en avez honte, car leur aboutissement, c'est la mort.  Mais maintenant, libérés du péché et devenus esclaves de Dieu, vous portez les fruits qui conduisent à la sanctification, et leur aboutissement, c'est la vie éternelle.  Car le salaire du péché, c'est la mort ; mais le don gratuit de Dieu, c'est la vie éternelle en Jésus Christ, notre Seigneur."

   Cette deuxième partie du chapitre présente moins de difficultés que la première. Elle traite non pas de notre union avec Christ, mais de notre esclavage de Dieu.
   Remarquez qu'elle commence exactement de la même façon que le début du chapitre. Tout d'abord une question : "Quoi donc ? Allons-nous pécher parce que nous ne sommes plus sous la loi mais sous la grâce ?" (verset 15). C'est la même question qu'au verset 1 : "Qu'est-ce à dire ? Nous faut-il demeurer dans le péché afin que la grâce abonde ?" Cette question est suivie, aux versets 1 et 15 de la même réponse, une négation emphatique : "Certes non!" ou "Loin de là!" (comparer Segond). Puis vient une autre déclaration, expliquant cette négation ; "Ignorez-vous que nous tous, baptisés en Jésus-Christ, c'est dans sa mort que nous avons été baptisés ?" (verset 3). De même, le verset 16 ; "Ne savez-vous pas qu'en vous mettant au service de quelqu'un comme esclaves pour lui obéir, vous êtes esclaves de celui à qui vous obéissez ?"
   Il vaul la peine de bien comprendre ce parallèle, afin de saisir ce que Paul veut que nous sachions. L'enseignement essentiel des versets 1 à 14, c'est que par la foi et le baptême nous sommes unis à Christ et, par conséquent, nous sommes morts au péché et vivants pour Dieu. L'enseignement essentiel des versets 15 à 23, c'est que par notre renoncement à nous-mêmes, par notre soumission volontaire, nous sommes esclaves de Dieu et par conséquent engagés à lui obéir. C'est ce que dit le début du verset 16 : Une fois que vous avez choisi votre maître, vous n'avez plus qu'à obéir. Cela a valeur de principe, que vous vous soumettiez au péché, ce qui aboutit à la "mort", ou à l'obéissance, ce qui aboutit à la "justice" qui est l'acceptation par Dieu. Dans les versets qui suivent, ces deux esclavages sont mis en contraste : celui du péché et celui de Dieu. Ce contraste est considéré en trois temps : le point de départ, le développement, l'aboutissement.

Contraste entre les deux esclavages (versets 17 à 22).
   a) Leur point de départ (versets 17 et 18). "Vous étiez esclaves du péché." Le verbe est à l'imparfait, et laisse entendre que c'est ce que nous sommes par nature, ce que nous avons toujours été. "Mais vous avez obéi de tout votre coeur à l'enseignement commun auquel vous avez été confié" - c'est-à-dire, l'évangile. Quand l'évangile nous a été présenté, ou que nous avons été mis en sa présence, nous y avons obéi de tout coeur. L'exclamation : "Rendons grâce à Dieu" indique de la part de Paul que notre réponse à l'évangile était un effet de la grâce de Dieu. Notre esclavage du péché a commencé à la naissance, c'est notre condition naturelle; mais notre esclavage de Dieu a commencé quand, par grâce, nous avons obéi à l'évangile.
   b) Leur développement (verset 19). "J'emploie des mots tout humains, adaptés à votre faiblesse. De même que vous avez mis vos membres comme esclaves au service de l'impureté et du désordre qui conduisent à la révolte contre Dieu, mettez-les maintenant comme esclaves au service de la justice qui conduit à la sanctification." Cela montre que la servitude du péché a pour effet un sinistre engrenage de dégradation morale, tandis que la servitude de Dieu entraîne une glorieuse progression de sanctification morale. L'une et l'autre évolue, aucune n'est statique. L'une nous rend toujours meilleurs, l'autre toujours plus mauvais.
   c) Leur aboutissement (verset 20 à 22). "Quand vous étiez esclaves du péché, ...qu'avez-vous gagné à commettre alors des actes dont vous avez honte maintenant?" (BNA). Il n'y a pas de réponse à cette question, car ces actes mènent à la mort. Et Paul continue : "Mais maintenant ... devenus esclaves de Dieu, vous portez les fruits qui conduisent à la sanctification, et leur aboutissement, c'est la vie éternelle." Le verset 23 résume le tout : le péché verse le salaire que nous méritons, c'est-à-dire la mort, tandis que Dieu nous donne un cadeau que nous ne méritons pas, c'est-à-dire la vie éternelle.
   Il y a donc là deux vies complètement différentes, deux vies totalement opposées l'une à l'autre - la vie du vieil homme et la vie du nouvel homme. Elles sont ce que Jésus a appelé d'un côté, la voie large qui mène à la destruction, de l'autre, l'étroit sentier qui mène à la vie. Paul les appelle deux esclavages. Nous sommes de naissance esclaves du péché; nous sommes par grâce, par le moyen de la foi, devenus esclaves de Dieu. L'esclavage du péché ne rapporte rien, si ce n'est une dégradation morale irréversible qui aboutit à la mort. L'esclavage de Dieu produit le précieux bienfait de la sanctification qui aboutit à la vie éternelle. L'argumentation de ce passage est donc que notre conversion, cet acte reddition et de soumission à Dieu, conduit à un statut d'esclave, ce qui implique l'obéissance.

Conclusion:
   "Continuerons-nous à pécher?" C'est la question par laquelle chacune des deux parties de ce chapitre commence. Question posée par les opposants de Paul qui espéraient ainsi discréditer son évangile. Question souvent murmurée à nos oreilles par le plus grand ennemi de l'évangile, Satan lui-même, qui cherche à nous entraîner dans le péché. Tout comme il demanda à Ève dans le jardin : "Dieu a-t-il réellement dit ...?" de même il murmure à notre oreille : "Pourquoi ne plus pécher? Tu es sous la grâce, Dieu te pardonnera."
   Dans ce cas-là, comment lui répondrons-nous ? Nous devons commencer par lui opposer un refus indigné : "Certainement pas !" mais nous devons aller plus loin et appuyer ce refus sur une raison. Cette raison existe, elle est solide, logique et irréfutable. Et elle nous pousse à rejeter les attaques subtiles du diable. Ce point est très important, parce qu'il permet de ramener toute cette haute théologie au niveau de notre expérience pratique quotidienne.
   Quelle est la raison que nous devons donner pour repousser les séductions du diable ? Elle est fondée sur ce que nous sommes, c'est-à-dire un avec Christ (verset 1 à 14) et esclaves de Dieu (versets 15 à 23). Nous sommes devenus un avec Christ par le baptême (au moins extérieurement et visiblement). Nous sommes devenus esclaves de Dieu par la soumission volontaire de la foi. Mais que nous mettions l'accent sur le baptême, réalité extérieure, ou sur la foi, réalité intérieure, le but est le même. C'est que notre conversion chrétienne a produit ses fruits : elle nous a unis à Christ, et nous a rendus esclaves de Dieu. Voilà ce que nous sommes, chacun d'entre nous : un avec Christ et esclave de Dieu.
   Bien plus, ce que nous sommes entraîne des engagements que nous ne pouvons fuir. Si nous sommes un avec Christ (et nous le sommes), alors avec lui nous sommes morts au péché et nous vivons pour Dieu. Si nous sommes esclaves de Dieu (et nous le sommes), alors ipso facto nous devons obéir. Il est inconcevable que nous persistions de plein gré dans le péché, comptant sur la grâce de Dieu. La pensée même en est intolérable.
   Il faut que nous nous rappelions sans cesse ces vérités. Nous devons les méditer, et nous demander : "Ne sais-tu pas ... ne sais-tu pas que tu es un avec Christ ? Que tu es mort au péché et ressuscité pour Dieu ? Ne sais-tu pas que tu es esclave de Dieu et par conséquent engagé à lui obéir ? Ne sais-tu pas cela ?" Et nous devons nous reposer ces questions jusqu'à ce que nous puissions répondre : "Oui, je le sais, et par la grâce de Dieu je vivrai en conséquence."


LA LIBÉRATION DE LA LOI.

INTRODUCTION.

   Le troisième grand privilège du croyant, exposé dans Romains 7, est d'être libéré de la loi.
   Mais contestera peut-être quelqu'un, comment est-il possible d'envisager la libération de la loi comme un privilège du chrétien ? Voyons, cette loi n'était-elle pas la loi de Dieu, l'une des richesses les plus vénérées des Juifs ? En Romains 9, verset 4, "le don de la loi" fait partie des faveurs spéciales dispensées à Israël. Parler de la loi pour la déprécier, ou saluer la délivrance de la loi comme un privilège chrétien, peut sonner aux oreilles juives presque comme un blasphème. Les pharisiens étaient enflammés de colère contre Jésus, parce qu'ils le tenaient pour un transgresseur de la loi. Quant à Paul, la foule juive faillit le lyncher un jour dans l'enceinte du Temple, croyant qu'il prêchait "partout et à tout le monde contre le peuple, contre la loi et contre ce lieu" (Actes 21, verset 28, Segond).
   Mais pour Paul, que représentait donc la loi ? Par deux fois dans Romains 6 il écrit que les chrétiens ne sont "pas sous la loi mais sous la grâce (versets 14 et 15). Une telle affirmation a dû sembler révolutionnaire aux lecteurs de son époque. Que voulait-il bien dire ? La loi sainte de Dieu était-elle maintenant abrogée ? Les chrétiens pouvaient-ils se permettre de ne plus en tenir compte ? Ou bien avait-elle encore une fonction dans la vie chrétienne ?
   Ce genre de discussion devait sans doute être chose courante du temps de l'apôtre. Et si le problème garde aujourd'hui encore son intérêt, ce n'est pas simplement à titre d'antiquité, mais parce que la loi de Moïse était la loi de Dieu et l'est toujours. Si nous sommes des chrétiens réfléchis, nous avons besoin de savoir quelle place doit occuper aujourd'hui encore la loi de Dieu dans nos vies. D'ailleurs, dans ces derniers temps, ce problème est redevenu actuel avec le débat sur la Nouvelle Morale. Le disciple de cette nouvelle morale est un peu "l'antinomien" du 20e siècle - quelqu'un qui prend position contre la loi. Il déclare que la vie chrétienne est totalement dégagée du concept de loi, que le chrétien n'a rien à voir avec la loi et que la loi n'a rien à voir avec le chrétien. C'est pourquoi nous allons découvrir que les arguments quelque peu compliqués que développe l'apôtre dans Romains 7, parlent dans notre situation contemporaine avec beaucoup d'à-propos.

Les attitudes à l'égard de la loi.
   En guise d'introduction, nous pourrions être aidés dans notre étude de ce chapitre difficile, en réfléchissant à trois attitudes possibles à l'égard de la loi : celle du légaliste, celle du libertin ou "antinomien" et celle du croyant fidèle à la loi.
   1. Le légaliste est esclave de la loi. Il pense que sa relation avec Dieu dépend de son obéissance à la loi. Et tandis qu'il recherche la justification par les oeuvres de la loi, il trouve qu'elle est un maître cruel et intraitable. Selon les termes de Paul, il est "sous la loi".
   2. "L'antinomien", parfois assimilé au libertin, se situe à l'autre extrême. Il rejette entièrement la loi, il lui reproche même d'être à l'origine de la plupart des problèmes moraux et spirituels de l'homme.
   3. Le croyant fidèle à la loi maintient l'équilibre. Il reconnaît la faiblesse de la loi (Romains 8, verset 3, "ce qui était impossible à la loi, car la chair la vouait à l'impuissante, Dieu l'a fait"). Cette faiblesse tient au fait que la loi ne peut ni nous justifier, ne nous sanctifier, parce que nous n'avons pas en nous la capacité d'y obéir. Cependant le croyant fidèle à la loi y prend plaisir, voyant en elle une expression de la volonté de Dieu. Et il cherche à lui obéir par la puissance de l'Esprit qui l'habite.
   Résumons-nous : le légaliste craint la loi et en est l'esclave; "l'antinomien" hait la loi et la rejette; le croyant fidèle à la loi l'aime et y obéit.
   Directement ou indirectement, l'apôtre trace le portrait de chacune de ces trois sortes d'attitude dans Romains 7. On ne peut pas dire qu'il les décrit systématiquement et qu'il s'adresse tour à tour à chacune d'elles. Mais nous pouvons les voir esquissées en filigrane dans ce chapitre, lorsqu'il reverse les arguments du légaliste et le "l'antinomien, et qu'il décrit le conflit et la victoire du croyant fidèle à la loi.

Les grandes lignes du chapitre.
   Un survol de l'ensemble du chapitre facilitera la compréhension de ses différentes parties.
   1. Dans les verset 1 à 6, Paul déclare que la loi n'exerce plus son pouvoir sur nous. Nous avons été délivrés de sa tyrannie par la mort de Christ. Comme chrétiens nous sommes esclaves ne de la loi ou de la lettre de la loi, mais de Jésus-Christ par la puissance de l'Esprit. Voilà ce qu'il annonce au légaliste.
   2. Dans les verset 7 à 13, il défend la loi contre les critiques injustes de ceux qui veulent s'en débarrasser, et qui lui reprochent l'état misérable de péché (verset 7) et de mort (verset 13), dans lequel se trouve l'homme. Paul démontre dans ce passage que la cause de notre péché et de notre mort n'est pas la loi de Dieu, mais bien notre chair, notre nature pécheresse. La loi en elle-même est bonne (verset 12 et 13), c'est dans notre chair qu'il n'y a rien de bon (verset 18). Il est donc faux et injuste de rejeter la responsabilité sur la loi. Voilà ce qu'il annonce à "l'antinomien".
   3. Enfin du chapitre 7, verset 14 au chapitre 8, verset 4, il décrit le conflit intérieur du croyant et le secret de sa victoire. D'après Galates 5, il y a conflit entre "la chair et l'Esprit". Dans le texte de Romains les mots employés sont différents. Ici le conflit se déroule entre "l'intelligence" et la "chair", ou entre "la loi que ratifie mon intelligence" et "la loi du péché qui est dans mes membres", ou encore entre "la loi de l'Esprit qui donne la vie" et "la loi du péché et de la mort". Romains 7, verset 25, résume la situation ainsi : quant à moi, je suis le serviteur de deux maîtres. Par mon intelligence "je suis assujetti à la loi de Dieu", je l'aime et je veux l'observer; mais par ma chair, par ma vieille nature, je suis "assujetti à la loi du péché". C'est-à-dire que, si je suis livré à moi-même, bien que chrétien, je suis un prisonnier impuissant, esclave du péché, incapable d'observer la loi.
   Mais (chapitre 8, verset 4), Dieu est intervenu de telle sorte que "la justice exigée par la loi soit accomplie en nous, qui ne marchons pas sous l'empire de la chair mais de l'Esprit." En d'autres termes, le Saint-Esprit me rend capable de faire ce que je ne peux pas faire, même en tant que chrétien. Voilà ce que Paul annonce au croyant fidèle à la loi.
   Je crois qu'il est important de souligner le point fort du message que l'apôtre adresse à chacune de ces attitudes. Pour le légaliste qui est sous l'esclavage de la loi, Paul met en valeur la mort de Christ comme instrument de notre libération de cet esclavage. Pour "l'antinomien" qui accuse la loi, il désigne la chair comme cause principale de la faillite de la loi, qui a entraîné notre péché et notre mort. Pour le croyant fidèle à la loi, qui l'aime et désire ardemment lui obéir, il met en valeur le Saint-Esprit demeurant en nous comme unique moyen choisi par Dieu pour accomplir la justice de la loi en nous.
   J'intitulerai les verset 1 à 6: "La rigeur de la loi", parce que c'est ce que craint le légaliste qui considère la loi comme son dominateur et ignore son émancipation; les versets 7 à 13 : "La faiblesse de la loi", parce que c'est ce que "l'antinomien" ne comprend pas, croyant que cette faiblesse est inhérente à la loi, alors qu'en fait elle est en nous qui sommes incapables de l'observer; enfin les versets du chapitre 7, verset 14, au chapitre 8, verset 4: "La justice de la loi", parce que c'est ce qui est réalisé dans le croyant conduit par l'Esprit et fidèle à la loi.


1. LA RIGUEUR DE LA LOI (chapitre 7, versets 1 à 6).

   "Ou bien ignorez-vous, frères (car je parle à des gens qui connaissent la loi), que la loi exerce son pouvoir sur l’homme aussi longtemps qu’il vit ?   Car la femme mariée est liée par la loi à son mari vivant ; mais si le mari meurt, elle est affranchie de la loi du mari.   Ainsi donc elle sera appelée adultère si, du vivant de son mari elle se donne à un autre homme ; mais si le mari meurt, elle est libérée de cette loi pour n’être point adultère si elle se donne à un autre homme.   C’est pourquoi, mes frères, vous aussi vous avez été, par le corps du Christ, mis à mort relativement à la loi, pour vous donner à un autre, à celui qui est ressuscité des morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu.   Car lorsque nous étions dans la chair, les passions des péchés, lesquelles existent par la loi, agissaient dans nos membres afin de produire des fruits pour la mort.   Mais maintenant nous avons été affranchis de la loi, étant morts à cette loi sous laquelle nous étions détenus ; en sorte que nous servions sous le régime nouveau de l’Esprit, et non sous le régime vieilli de la lettre."

   Le verset 1 commence par : "Ignorez-vous, frères ...que la loi n'a autorité sur l'homme qu'aussi longtemps qu'il vit ?" Le mot grec traduit par "a de l'autorité" est rendu par "tenir sous la domination" dans la phrase "les chefs des nations les tiennent sous leur domination" (Marc 10, verset 42). Il suggère l'autorité absolue ou la domination de la loi sur ceux qui lui sont assujettis.
   Le principe énoncé par Paul dans ce premier verset pouvait être immédiatement accepté comme évident par toute personne ayant quelques notions de droite, qu'elle fût juive ou romaine. La loi, en effet, a comme but le bien des hommes sur terre. Elle ne lie un homme que tant qu'il vit. Pour illustrer ce principe général, Paul choisit l'exemple du mariage qui est contracté entre deux personnes jusqu'à ce que la mort les sépare. En fait, le cas auquel Paul applique le principe du verset 1 représente déjà une extension, à savoir que la loi concernant une relation entre deux personnes les lie tant qu'elles sont toutes deux en vie. Si l'une meurt, la loi n'a plus d'effet. Ainsi dans le mariage, quand l'un des conjoints meurt, l'autre est libre de se remarier. Versets 2 et 3 : "La femme mariée est liée par une loi à un homme tant qu'il vit ; mais s'il vient à mourir, elle ne relève plus de la loi conjugale. Donc, si du vivant de son mari elle appartient à un autre, elle sera appelée adultère; mais, si le mari vient à mourir, elle est libre à l'égard de la loi, en sorte qu'elle ne sera pas adultère en appartenant à un autre." Dans le premier cas une femme mariée qui vit avec un autre homme "S'expose à l'infamie d'une adultère" (LPNT); dans l'autre cas celle qui se remarie n'est pas adultère. D'où vient la différence ? Pourquoi, dans un cas, le remariage fait d'elle une adultère et pas dans l'autre ? La réponse est simple : le remariage n'est légitime que si la mort a mis un terme à la première union. La mort a dégagé la femme de la loi qui régissait sa relation précédente, et l'a rendue libre de se remarier.
   Après le principe (verset 1) et l'illustration (verset 2 et 3) vient l'application (verset 4 à 6) qui est la suivante : comme la mort met fin à un mariage, ainsi la mort a mis fin à notre esclavage de la loi. "Vous de même, mes frères, vous avez été mis à mort à l'égard de la loi, par le corps du Christ, pour appartenir à un autre, le Ressuscité d'entre les morts, afin que nous portions des fruits pour Dieu" (verset 4).
   C'est "le corps du Christ" qui est mort sur la croix, mais par l'union avec lui par la foi nous avons eu part à sa mort. Ayant été unis à Jésus-Christ par la foi, on peut dire que nous sommes "morts ...par le corps du Christ". Et puisque nous sommes morts, la mort nous a totalement soustraits à la sphère où la loi exerce son pouvoir. La terrible sanction réclamée par la loi contre le péché a été portée par Christ à notre place, ou par nous en Christ. Par conséquent, puisque la mort de Christ a satisfait aux exigences de la loi, nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce.
   Dans la relation entre mari et femme, c'est la mort de l'un qui rend l'autre libre de se remarier. Dans la vie chrétienne, c'est notre propre mort (en Christ) qui nous rend libres de nous "remarier". Autrefois nous étions liés à la loi, maintenant nous sommes morts à son égard. Nous sommes donc libres de nous unir à Christ avec lequel nous sommes non seulement morts, mais aussi ressuscités, afin de "porter des fruits pour Dieu". Les oeuvres que nous produisons dans l'ancienne vie conduisaient à la mort (verset 5), dans la nouvelle nous en produisons pour Dieu.
   Jusqu'ici ces versets montrent clairement que le fait de devenir chrétien suppose un changement radical de relation et de soumission. La fin du chapitre 6 mettait en contraste deux esclavages. Par contre, ici, Paul compare la position du chrétien à deux mariages : le premier est dissous par la mort, le second devient donc possible. Nous étions pour ainsi dire "mariés" à la loi, notre obligation de lui obéir était aussi contraignante que l'engagement du mariage. Mais nous avons été libérés pour épouser Christ. Cette parabole du mariage est une très belle illustration de la réalité et de l'intimité de notre union avec Jésus-Christ.
   Ceci nous amène aux versets 5 et 6. Après avoir opposé les deux mariages et leurs effets (verset 4), Paul va comparer la fonction de la loi dans les deux situations. Le verset 5 décrit notre vie avant la conversion : "quand nous vivions selon notre nature humaine" (BNA), et le verset 6 notre nouvelle vie : "mais maintenant...". Dans notre ancienne vie, la loi avait pour effet de faire naître nos passions pécheresses et celles-ci nous conduisaient à la mort. "Mais maintenant, morts à ce qui nous tenait captifs, nous avons été affranchis de la loi" (verset 6).
   Remarquez au verset 5 l'enchaînement de ces morts : "chair", "péché", "loi" et "mort". Nos passions pécheresses prennent naissance dans la chair, sont éveillées par la loi et mènent à la mort. Mais maintenant nous avons été libérés de la loi et de son incitation.
   Nous avons été dégagés de la loi. Mais attention : être libéré de la loi n'implique pas que nous soyons libres désormais de faire ce que bon nous semble. Loin de là! La libération de la loi, n'appelle pas la licence, mais une autre forme d'esclavage : "de sorte que" nous sommes esclaves (verset 6). En effet, nous sommes libres à l'égard de la loi, mais libres pour servir, non pour pécher. Notre nouvel esclavage de chrétiens est littéralement, non selon "l'Ancienneté de la lettre", mais dans la "nouveauté de l'Esprit" (comparer Segond). Ici nous sommes en présence du contraste bien connu entre l'Ancienne et la Nouvelle Alliance, l'évangile, est "esprit", car le Saint-Esprit écrit la loi de Dieu dans nos coeurs. Voilà notre nouvel esclavage.
   Avant de terminer cette partie nous devons revenir à cette question : le chrétien est-il encore lié par la loi ? La réponse est non et oui. "Non", parce que notre acceptation devant Dieu ne dépend pas d'elle. En effet, en mourant Christ a pleinement satisfait aux exigences de la loi, si bien que nous en sommes délivrés. Elle n'a plus aucun droit sur nous, elle ne nous domine plus. "Oui", parce que notre nouvelle vie est encore un esclavage. En effet, nous "servons" encore, nous sommes encore esclaves, bien que dégagés de la loi. Mais les mobiles et les moyens de notre service ont changé.
   Pourquoi servons-nous ? Non parce que la loi est notre maître et que nous sommes obligés de servir, mais parce que Christ est notre "mari" et que nous avons le désir de servir. Non parce que l'obéissance à la loi conduit au salut, mais parce que le salut nous conduit à l'obéissance à la loi. La loi dit : Si vous faites ceci, vous vivrez. L'évangile dit : Vous vivez, faites donc ceci. Les mobiles ont changé.
   Comment servons-nous ? Non selon la lettre qui a vieilli, mais selon l'esprit nouveau. C'est-à-dire, non par obéissance à un code extérieur, mais par soumission à l'Esprit qui demeure en nous.
   Résumons cette argumentation. Nous sommes encore esclaves. La vie chrétienne est, elle aussi, une sorte d'esclavage, mais le maître que nous servons, c'est l'Esprit et non plus la lettre. La vie chrétienne, c'est servir Christ ressuscité par la puissance de son Esprit qui habite en nous.

2. LA FAIBLESSE DE LA LOI (chapitre 7, versets 7 à 13).

   "Qu'est-ce à dire ? La loi serait-elle péché ? Certes non ! Mais je n'ai connu le péché que par la loi. Ainsi je n'aurais pas connu la convoitise si la loi n'avait dit : Tu ne convoiteras pas.  Saisissant l'occasion, le péché a produit en moi toutes sortes de convoitises par le moyen du commandement. Car, sans loi, le péché est chose morte.  Jadis, en l'absence de loi, je vivais. Mais le commandement est venu, le péché a pris vie,  et moi je suis mort : le commandement qui doit mener à la vie s'est trouvé pour moi mener à la mort.  Car le péché, saisissant l'occasion, m'a séduit par le moyen du commandement et, par lui, m'a donné la mort.  Ainsi donc, la loi est sainte et le commandement saint, juste et bon.  Alors, ce qui est bon est-il devenu cause de mort pour moi ? Certes non ! Mais c'est le péché : en se servant de ce qui est bon, il m'a donné la mort, afin qu'il fût manifesté comme péché et qu'il apparût dans toute sa virulence de péché, par le moyen du commandement."

   Le verset 5 semblait rendre la loi responsable de nos péchés et de notre mort : "Quand nous étions dans la chair, les passions pécheresses, se servant de la loi, agissaient en nos membres, afin que nous portions des fruits pour la mort." À présent, l'apôtre prend la défense de la loi contre cette critique injuste à laquelle il a semblé un instant faire écho. Remarquez ses questions : "Qu'est-ce à dire ? La loi serait-elle péché ?" (verset 7). Et : "Ce qui est bon (c'est-à-dire la loi) est-il devenu cause de mort pour moi ?" (verset 13). En d'autres termes, la loi de Dieu est-elle responsable de mon péché et de ma mort ? Arrêtons-nous sur ces deux questions et sur la réponse que Paul y apporte.

1.  La loi est-elle péché ? (versets 7 à 12).
   Si nous devons être libérés de la loi pour porter du fruit pour Dieu (verset 4), cela ne signifie-t-il pas que la loi est responsable de notre conduite pécheresse ? La réponse de Paul est un non catégorique. Et dans les versets suivants, il explique la relation entre la loi et le péché. La loi, dit-il, ne crée pas le péché ; si vous êtes pécheur ce n'est pas la faute de la loi. La relation entre le péché et la loi est triple.
   a) La loi révèle le péché. "Je n'ai connu le péché que par la loi. Ainsi je n'aurais pas connu la convoitise si la loi n'avait dit : tu ne convoiteras pas" (verset 7). Ou encore : "La loi, en effet, ne donne que la connaissance du péché" (chapitre 3, verset 20).
   b) La loi provoque le péché. Non seulement elle le révèle, mais elle le suscite et l'éveille, comme nous l'avons déjà vu au verset 5. "Saisissant l'occasion, le péché a produit en moi toutes sortes de convoitises par le moyen du commandement" (verset 8). Le terme "occasion" est utilisé pour désigner une base militaire d'où partent des opérations offensives.
   Voilà ce que fait la loi. Elle nous incite à pécher. Quant à la façon dont cela se passe, c'est une affaire d'expérience quotidienne. Tout automobiliste connaît bien les panneaux de limitation de vitesse. Et, si je ne me trompe, la réaction instinctive de beaucoup d'entre nous est : "Et pourquoi ralentirais-je ?" Voilà notre réaction en face d'une loi. Ou encore, lorsque nous voyons sur une porte : "Entrée interdit" ou "Privé", n'avons-nous pas aussitôt envie de faire ce qui nous est interdit, parce que les ordres et les interdictions de la loi nous poussent à faire le contraire ? C'est ce que Paul a découvert à propos du dixième commandement interdisant la convoitise : "Saisissant l'occasion, le péché a produit en moi toutes sortes de convoitises." Ainsi la loi révèle le péché et le provoque.
   c) La loi condamne le péché. "Car, sans la loi, le péché est chose morte. Jadis, en l'absence de loi, le péché est chose morte. Jadis, en l'absence de loi, je vivais. Mais le commandement est venu, le péché a pris vie et moi je suis mort (c'est-à-dire que je suis tombé sous le jugement de la loi) : le commandement qui doit mener à la vie s'est trouvé pour moi mener à la mort. Car le péché, saisissant l'occasion, m'a séduit par le moyen du commandement et, par lui, m'a donné la mort" (verset 8 à 11). Il est possible que l'apôtre relate ici ses premières expériences personnelles : dans son enfance il ignorait les exigences de la loi et, "en l'absence de loi", il était vivant spirituellement parlant. Mais plus tard, peut-être vers 13 ans (âge auquel le jeune garçon juif s'engage devant les obligations de la loi et devient un "fils de la loi"), d'après ses propres termes si suggestifs, "le commandement est venu, le péché a pris vie et moi je suis mort" (sous le jugement de la loi) (verset 9). Ou alors il résume l'histoire de l'humanité : Dieu a donné la loi pour révéler le péché, pour le provoquer même et l'accroître, et par là le condamner. En tout cas, la même loi qui promettait la vie ("L'homme qui la mettra en pratique vivra par elle" - voir Lévitique 18, verset 5) apport la mort spirituelle à Paul, et se servant du commandement comme base d'opération, l'a trompé et tué.
   Voici donc les trois effets dévastateurs de la loi : elle révèle, elle provoque et elle condamne le péché. C'est "le péché", notre nature pécheresse, qui se sert de la loi pour faire pécher les hommes et les conduire à la ruine. En elle-même (verset 12) "la loi est sainte et le commandement, saint, juste et bon". Cela nous amène à la deuxième question.

2. La loi est-elle devenue une cause de mort ? (verset 13).
   Il est bien vrai que : "Le commandement qui doit mener à la vie s'est trouvé pour moi mener à la mort" (verset 10). Mais Paul dit-il que la loi est coupable d'offrir d'une main la vie en donnait de l'autre la mort ? "Ce qui est bon est-il devenu cause de mort pour moi ?" Est-ce la faute de la loi si je suis mort ? De nouveau la réponse de l'apôtre est un non vigoureux. "C'est le péché : en se servant de ce qui est bon, il m'a donné la mort" (verset 13). En fait, la nature foncièrement perverse du péché se voit dans la manière dont il exploite une bonne chose (la loi) pour de mauvais desseins. Mais nous ne pouvons pas incriminer la loi pour cela, nous devons incriminer le péché.
   J'aimerais illustrer cela ainsi : Imaginons un criminel pris en flagrant délit ; il a perpétré un crime, il a enfreint la loi. Que va-t-il se passer ? Arrêté, il sera inculpé, jugé et condamné à une peine d'emprisonnement. Pendant qu'il languit dans sa cellule, il est tenté de reprocher son emprisonnement à la loi. Et il est bien vrai que la loi l'a convaincu de crime et l'a condamné. En réalité, il n'a de reproche à faire qu'à lui-même et à sa conduite criminelle : il est en prison parce qu'il a commis un crime. Bien sûr, c'est la loi qui l'a condamné, mais il ne peut s'en prendre qu'à lui-même et non à la loi.
   Ainsi Paul met la loi hors de cause. La loi révèle le péché, elle provoque le péché, elle condamne le péché. Mais on ne peut la tenir pour responsable de nos péchés ou de notre mort. Comme l'écrit le Professeur F.F. Bruce à propos de ce verset, "le traître dans l'affaire, c'est le péché" - c'est-à-dire le péché qui demeure en nous (la chair), qui est éveillé par la loi. Les "antinomiens" qui prétendent que toutes nos difficultés viennent de la loi ont absolument tort. Notre véritable problème, c'est le péché et non la loi. C'est donc bien le péché qui demeure en nous, notre "chair" ou notre nature déchue, qui explique l'impuissance de la loi pour nous sauver. La loi ne peut pas nous sauver pour la bonne raison que nous sommes incapables de l'observer, et nous le sommes à cause du péché qui demeure en nous.

3. LA JUSTICE DE LA LOI (chapitre 7, verset 14, au chapitre 8, verset 4).

   "Nous savons, certes, que la loi est spirituelle ; mais moi, je suis charnel, vendu comme esclave au péché.  Effectivement, je ne comprends rien à ce que je fais : ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais.  Or, si ce que je ne veux pas, je le fais, je suis d'accord avec la loi et reconnais qu'elle est bonne ;  ce n'est donc pas moi qui agis ainsi, mais le péché qui habite en moi.  Car je sais qu'en moi – je veux dire dans ma chair – le bien n'habite pas : vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir,  puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais.  Or, si ce que je ne veux pas, je le fais, ce n'est pas moi qui agis, mais le péché qui habite en moi.  Moi qui veux faire le bien, je constate donc cette loi : c'est le mal qui est à ma portée.  Car je prends plaisir à la loi de Dieu, en tant qu'homme intérieur,  mais, dans mes membres, je découvre une autre loi qui combat contre la loi que ratifie mon intelligence ; elle fait de moi le prisonnier de la loi du péché qui est dans mes membres.  Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ?  Grâce soit rendue à Dieu par Jésus Christ, notre Seigneur ! Me voilà donc à la fois assujetti par l'intelligence à la loi de Dieu et par la chair à la loi du péché.  Il n'y a donc, maintenant, plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus Christ.  Car la loi de l'Esprit qui donne la vie en Jésus Christ m'a libéré de la loi du péché et de la mort.  Ce qui était impossible à la loi, car la chair la vouait à l'impuissance, Dieu l'a fait : à cause du péché, en envoyant son propre Fils dans la condition de notre chair de péché, il a condamné le péché dans la chair,  afin que la justice exigée par la loi soit accomplie en nous, qui ne marchons pas sous l'empire de la chair, mais de l'Esprit."

   Nous avons considéré la loi dans sa rigueur, ses commandements inflexibles, dont nous avons été délivrés par la mort de Christ, de telle sorte que nous ne sommes plus sous la loi. Nous avons aussi considéré la loi dans sa faiblesse, qui ne tient pas à la loi elle-même, mais à nous, à notre chair. À présent nous allons envisager la loi dans sa justice. En effet, nous verrons comment le chrétien prend d'abord plaisir à la loi par son intelligence et comment il accomplit ensuite sa justice par la puissance de l'Esprit qui demeure en lui.

1. La question de l'expérience de Paul.
   Avant d'analyser le texte en détail, il nous faut examiner un des problèmes importants qu'il pose. En effet, on remarque d'emblée deux changements à partir du verset 14.
   1. Un changement du temps des verbes. Dans le paragraphe précédent (versets 7 à 13) les verset sont presque tous au passé (aoriste) et semblent donc se rapporter à l'expérience passée de Paul. Par exemple : "le péché a pris vie et moi je suis mort" (verset 9); "le péché ... m'a donné la mort" (verset 11); "Ce qui est bon est-il devenu cause de mort pour moi ? Certes non !Mais c'est le péché..." (verset 13). Au contraire, à partir du verset 14 les verbes sont au présent et semblent donc se référer à l'expérience présente de Paul : "Je suis charnel" (verset 14); "ce que je veux, je ne le fais pas, mais ce que je hais, je le fais" (verset 15).
   2. Un changement de situation. Dans le paragraphe précédent Paul décrit comment le péché a pris vie en lui à cause de la loi et lui a apporté la mort. Au contraire, dans ce paragraphe-ci il décrit le combat acharné et sans relâche contre le péché, dans lequel, en combattant actif, il refuse la défaite.
   Or, ces deux changements nous suggèrent d'emblée que dans les versets 7 à 13 Paul décrit sa vie avant d'être chrétien, et dans les versets 14 et suivants sa vie de chrétien. Quelques commentateurs (et ceci depuis l'époque des Pères de l'Église) ont rejeté ce point de vue. Ils ne peuvent concevoir qu'un croyant et encore moins un croyant de la maturité de Paul, puisse décrire son expérience chrétienne dans les termes d'une lutte aussi acharnée - et en vérité si acharnée qu'il découvre qu'il n'en sortira pas vainqueur. C'est pourquoi ils disent que ce texte ne peut que décrire le conflit que Paul avait connu avant d'être chrétien.
   Mais le portrait que l'apôtre trace de lui-même dans ces versets présente deux caractéristiques qui ont conduit les Réformateurs et, depuis eux, la plupart des commentateurs protestants, à affirmer que Paul décrit bel et bien sa vie présente de chrétien. La première de ces caractéristiques est son opinion sur lui-même, et la seconde, son opinion sur la loi.
   a) L'opinion de Paul sur lui-même. "Je sais qu'en moi - je veux dire dans ma chair - le bien n'habite pas" (verset 18). "Malheureux homme que je suis ! (verset 24) et il appelle à grands cris la délivrance. Qui peut penser et parler ainsi de lui-même, si ce n'est un croyant adulte ? L'incroyant est caractérisé par la propre justice et n'admettrait jamais qu'il puisse être une misérable créature. Le chrétien jeune dans la foi est caractérisé par une confiance en soi et ne se demande pas qui le délivrera. Seul le croyant adulte parvient au dégoût et au désespoir de soi. Lui seul reconnaît avec une parfaite lucidité qu'il n'y a rien de bon dans sa chair. Lui seul accepte sa misère et réclame avec foi la délivrance. Voilà ce que Paul pense de lui-même.
   b) L'opinion de Paul sur la loi. Tout d'abord il appelle la loi de Dieu "bonne" (verset 16), ou "le bien que je veux" (verset 19). Autrement dit, il reconnaît que la loi est bonne en elle-même, et de tout son être il aspire à lui obéir. "Au fond de moi-même, je prends plaisir à la loi de Dieu" (BNA, verset 22). Un incroyant ne parlerait certainement pas comme cela. Son attitude à l'égard de la loi est décrite en Romains 8, verset 7, où il est dit que "la chair", notre nature irrégénérée, est en révolte contre Dieu; elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle ne le peut même pas". Par contre, loin d'être hostile à la loi de Dieu, Paul dit qu'il l'aime. Et s'il est hostile, c'est à l'égard de ce qui est mauvais. Voilà ce qu'il déclare haïr. Mais ce qui est bon, il l'aime et y prend plaisir.
   De ces deux traits particuliers nous déduisons que celui qui parle dans la dernière partie du chapitre 7 est un chrétien adulte dans la foi, qui a été amené à une juste compréhension et de sa nature pécheresse et de la loi sainte de Dieu. Sa conviction, c'est qu'en lui-même il n'y a rien de bon, tandis que la loi de Dieu est le bien qu'il désire. Le verset 14 le résume ainsi : "La loi est spirituelle; mais moi je suis charnel."
   Il est utile de noter le fait que "la loi est spirituelle". Nous ne devons jamais présenter la loi et l'Esprit comme deux termes opposés et contradictoires. Ils ne le sont pas. En effet, Le Saint-Esprit écrit la loi dans nos coeurs. Ce que Paul oppose à l'Esprit qui habite en nous, ce n'est pas la loi, mais la "lettre", c'est-à-dire la loi perçue simplement comme un code extérieur. J'aimerais cependant insister sur le fait que celui qui discerne la nature spirituelle de la loi de Dieu et sa propre nature charnelle est un chrétien qui est parvenu à une certaine maturité.
   Si cela est vrai, alors pourquoi Paul décrit-il son expérience comme un combat, certes, mais dont l'issue est une défaite ? Pourquoi dit-il que d'une part il veut faire le bien, et que d'autre part il ne le fait pas et ne peut pas le faire ?
   La réponse est sûrement la suivante. Dans ce qui précède (versets 7 à 13) il a montré que comme incroyant, il était incapable d'observer la loi. Ici (verset 14 et suivant) il montre que, tout croyant qu'il est, il reste incapable par lui-même de l'observer. Il est capable de reconnaître que la loi est bonne, d'y prendre plaisir et de tendre de tout son être à l'observer, toutes choses impossibles quand il était incroyant. Car sa chair, sa nature déchue, qui causait sa défaite avant sa conversion parce qu'elle le menait au péché et à la mort, causera encore sa défaite après sa conversion, à moins qu'elle ne soit soumise à la puissance du Saint-Esprit. Ce point est plus développé dans le chapitre 8.
   En vérité, reconnaître avec honnêteté et humilité que notre chair est irrémédiablement mauvaise, même après la nouvelle naissance, voilà le premier pas vers la sainteté. Disons-le franchement, certains d'entre nous ne mènent pas une vie sainte pour la bonne raison qu'ils ont une trop haute opinion d'eux-mêmes. Et nous ne crierons au secours tant que nous n'avons pas vu notre propre misère. Autrement dit, le seul chemin pour parvenir à la foi en la puissance du Saint-Esprit passe par un profond désespoir de soi. Il n'existe pas d'expédient qui permette de régler ce problème une fois pour toutes. La chair est tellement puissante et subtile que nous n'avons pas le droit de nous reposer un instant. Notre seul espoir est d'être, sans relâche, vigilants et dépendants du Saint-Esprit.
   Ainsi, les deux parties envisagées ici mettent en lumière - que nous soyons croyants ou incroyants - le fait que le péché en nous, la chair, reste notre gros problème et qu'il est la cause de l'impuissance de la loi pour nous aider.

2. Examen détaillé du texte.
   Versets 14 à 20. Il est utile de remarquer que dans ce passage Paul redit par deux fois exactement la même chose, sans aucun doute pour l'appuyer fortement : d'abord dans les versets 14 à 17, ensuite dans les versets 18 à 20. Comme ces deux sections sont pratiquement parallèles, nous pouvons les traiter ensemble.
   1. Chaque section commence par un aveu sans détours de notre condition, de ce que nous sommes en nous-même et de ce que nous savons sur nous-mêmes.
   Ainsi au verset 14; "nous savons" - alors que la loi est spirituelle - "...que moi je suis charnel, vendu comme esclave au péché". Tout chrétien que je suis, voilà ce que je suis en moi-même. La chair habite en moi et m'assaille, et moi, je ne suis pas de taille à lutter avec elle. Bien plus, par moi-même et livré à moi-même, je suis son esclave, qui se rebelle et résiste, mais esclave tout de même. Également au verset 18 : "Je sais qu'en moi - je veux dire dans ma chair - le bien n'habite pas."
   Voici donc ce que je sais de moi, parce que le Saint-Esprit me l'a montré : La chair demeure encore en moi, il n'y a rien de bon en elle et, si je suis livré à moi-même, elle me tiendra captif, même en tant que chrétien.
   2. Chaque section continue par une description réaliste du conflit qui découle de cet état : "Mes propres actes, je ne les reconnais pas, ma façon d'agir me paraît étrangère à moi-même" - c'est-à-dire que j'agis contre ma volonté, je fais ce que je ne peux approuver en tant que chrétien - "car je fais, non ce que ma volonté a décidé, mais ce que je déteste" (versets 15 et 16, LPNT). La même pensée sera encore renforcée aux versets 18 et 19 : "Vouloir le bien est à ma portée, mais non pas l'accomplir, puisque le bien que je veux, je ne le fais pas et le mal que je ne veux pas, je le fais."
   Je voudrais insister une fois de plus sur le fait qu'il s'agit bien là du conflit d'un chrétien qui, tout en connaissant la volonté de Dieu, l'aimant, la désirant et aspirant à y obéir, découvre qu'il reste incapable par lui-même de l'accomplir. De tout mon être, intelligence et volonté, il est attaché à la volonté et à la loi de Dieu. Il désire ardemment faire le bien. Il déteste faire le mal et le hait d'une sainte haine. Mais s'il se livre au péché, c'est contre son intelligence et contre sa volonté. Et c'est tout à fait contraire au véritable sens de sa vie. Voilà en quoi consiste le conflit du chrétien.
   3. Chaque section se termine par un conclusion exprimée en termes identiques, dans laquelle Paul traite de la cause de l'incapacité morale du chrétien en lui-même, sans l'aide du Saint-Esprit : "Si ce que je ne veux pas je le fais," - situation que l'on peut ramasser en ces mots : volonté, mais incapacité - alors je ne peux évidemment accuser la loi de mon inconduite, parce que "je reconnais que la loi est bonne". On ne peut pas vraiment dire que c'est "moi qui agis ainsi", parce que je ne le fais pas volontairement, mais plutôt contre mon gré. C'est "le péché qui habite en moi" qui agit de la sorte (versets 16 et 17). Ou encore : "Si ce que je ne veux pas, je le fais, ce n'est pas moi qui agis, mais le péché qui habite en moi" (verset 20).
   Nous résumerons ainsi l'enseignement de ces deux sections parallèles. Tout d'abord notre condition : Je sais que la chair habite en moi, qu'il n'y a rien de bon en elle et qu'elle me tient captif si je suis livré à moi-même. Ensuite le conflit qui en découle : Je ne peux pas faire ce que je veux, mais je fais ce que je déteste. Enfin la conclusion : Si mes actions vont contre ma volonté, c'est à cause du péché qui habite en moi. Tout au long de cet exposé, Paul veut mettre en évidence qu'il n'y a rien de bon dans notre chair, afin de nous convaincre que seul le Saint-Esprit peut nous en délivrer.
   Versets 21 à 25. Dans ce passage, l'apôtre fait un pas de plus dans son argumentation. Après avoir décrit sa condition et son conflit en termes directs, il va les exprimer d'une façon plus théorique, en termes de "lois" ou de "principes" agissant dans sa vie. Le principe général est exposé au verset 21 : "Je constate donc" - c'est-à-dire que je tire de mon expérience une conclusion logique - "Je constate donc cette loi : c'est le mal qui est à ma portée."
   Ce principe général est ensuite subdivisé en deux lois ou forces distinctes et opposées, appelées "la loi de mon intelligence" fait que "je prends plaisir à la loi de Dieu, en tant qu'homme intérieur" (verset 22). "La loi du péché" s'exerce "dans mes membres" et, dit l'apôtre, "combat contre la loi que ratifie mon intelligence ; elle fait de moi son prisonnier." "La loi de mon intelligence" est une force qui agit dans mon "homme intérieur", mon intelligence et ma volonté, et qui aime la loi de Dieu. Voici donc la logique qui se dégage de la vie chrétienne : notre expérience nous apprend que le bien que nous voulons, nous ne le faisons pas, tandis que le mal que nous haïssons, nous le faisons. Le principe sur lequel tout repose, c'est qu'il existe deux lois opposées, la loi de mon intelligence et la loi du péché. Ou, plus simplement, mon intelligence et ma chair; mon intelligence renouvelée et ma chair non renouvelée et impossible à renouveler. Ce combat est bien réel, il est acharné et sans rémission. Tout chrétien en fait l'expérience. Par son intelligence il prend plaisir à la loi de Dieu et aspire à l'accomplir, mais sa chair est hostile et refus de se soumettre à la loi (comparer le chapitre 8, verset 7).
   C'est ce conflit qui ne cesse de nous faire pousser ces deux cris apparemment contradictoires : "Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera...?" et "Grâces soient rendues à Dieu par Jésus-Christ notre Seigneur!" (versets 24 et 25). Le premier est un cri de désespoir, le second un cri de triomphe. Mais les deux sont l'expression d'un croyant adulte qui déplore la profonde corruption de sa nature et soupire après la délivrance, mais qui exulte aussi en Dieu par Jésus-Christ, son seul et unique Libérateur. Bien plus, la libération qu'il réclame n'est pas seulement une maîtrise de soi pour le temps présent, c'est aussi à l'heure de la mort puis, au dernier jour, lorsqu'il revêtira un corps nouveau et glorieux, une délivrance (littéralement "hors de") "de ce corps qui appartient à la mort".
   Personnellement je ne crois pas que, dans cette vie, le chrétien passe, à un moment donné, définitivement d'un cri à l'autre, de l'expérience de Romains 7 à celle de Romains 8, du désespoir à la victoire. Non ! Il ne cessera à la fois d'appeler au secours et d'exulter toujours en son Libérateur.
   [Note: Ceux qui croient que la plan de Dieu pour nous est d'échanger le conflit de Romains 7 contre la victoire de Romains 8 doivent se heurter à la dernière phrase du chapitre 7. En effet, immédiatement après le cri de triomphe et de reconnaissance, Paul revient au conflit et conclut en le résumant : "Me voilà donc à la fois assujetti par l'intelligence à la loi de Dieu et par la chair à la loi du péché."]
   Chaque fois que nous prenons conscience des désirs dépravés de notre nature déchue et du conflit irréductible entre elle et notre nature déchue et du conflit irréductible entre elle et notre intelligence, il nous tarde d'être débarrassés du péché et de la corruption qui habitent en nous. Alors nous crions : "Malheureux homme que je suis!" - C'est bien ce que nous sommes et resterons - "Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ?" Mais aussitôt, nous répondons à notre question angoissée et, dans un cri de triomphe, nous remercions notre Dieu pour son grand salut. Car nous savons qu'il est Celui qui peut vaincre dès à présent notre nature humaine par son Esprit et que c'est lui qui, au dernier jour, à la résurrection, nous donnera un corps nouveau, libéré du péché.
   Dans le dernier verset (25) Paul résume de façon admirablement nette la double sujétion du chrétien. Par mon intelligence - de tout mon coeur et de toute mon âme, pourrait-on dire - je sers la loi de Dieu, mais dans ma chair - à moins qu'elle ne soit soumise par l'Esprit - je sers la loi du péché. Or, nul ne peut servir deux maîtres à la fois, et savoir si je servirai la loi de Dieu ou la loi du péché, dépend de qui exercera l'autorité : mon intelligence ou ma chair. Alors se pose la question : comment l'intelligence peut-elle prendre de l'influence sur la chair ?
   Ceci nous conduit au début du chapitre 8 qui traite du bienheureux ministère du Saint-Esprit qui, bien que présent à l'arrière-plan, n'a guère été nommé au chapitre 7. Voici comment progresse la pensée d'un chapitre à l'autre : à la fin de Romains 7, le conflit se situe entre ma chair et mon intelligence ; au début du chapitre 8 il se situe entre la chair et le Saint-Esprit qui vient à mon secours, s'allie à mon intelligence, l'intelligence renouvelée qu'il m'a donnée et soumet ma chair. C'est le même conflit, mais il est envisagé d'une tout autre manière et il a une tout autre issue. D'après Romains 7 verset 22, le croyant prend plaisir à la loi de Dieu, mais ne peut de lui-même la mettre en pratique à cause du péché qui demeure en lui. D'après Romains 8 verset 4, cependant, il y prend non seulement plaisir, mais il l'accomplit grâce à l'Esprit qui habite en lui.
   Chapitre 8, verset 1 à 4. Aux versets 1 et 2 l'apôtre fait un pas en arrière et embrasse d'un regard tout le panorama de la vie chrétienne. Il dépeint les deux grandes bénédictions du salut que nous recevons si nous sommes "en Jésus-Christ" : "En Jésus-Christ il n'y a plus de condamnation"; et "En Jésus-Christ la loi de l'Esprit qui donne la vie... m'a libéré de la loi du péché et de la mort." En d'autres termes, le salut appartient à ceux qui sont en Jésus-Christ, qui lui sont unis de façon vitale par la foi, et le salut est la libération de la condamnation et de l'esclavage du péché. En outre, quand l'apôtre écrit qu'il n'y a pas de condamnation pour ceux en Christ parce que l'Esprit les a affranchis de la loi, il ne considère pas notre sanctification comme la source ou le fondement de notre justification, mais plutôt comme son fruit nécessaire. Il dit en quelque sorte : "Nous savons qu'en Christ nous ne sommes plus condamnés, mais justifiés, parce qu'en Christ nous avons aussi été libérés." Les deux choses sont inséparablement liées.
   Mais comment ce double effet du salut est-il mis à notre portée ? La réponse se trouve dans la suite. Les verset 1 et 2 exposent l'étendue du salut : ni condamnation, ni esclavage; les versets 3 et 4 développent le chemin du salut : la manière dont Dieu l'accomplit.
   En vérité, la première chose à remarquer c'est que Dieu en est l'auteur. Remarquez le verset 3 : "ce qui était impossible à la loi, car la chair la vouait à l'impuissance, Dieu l'a fait." Tout au long du chapitre 7 nous avons vu que l'impuissance de la loi ne lui est pas inhérente. La faiblesse n'est pas en elle, mais en nous, à cause de notre chair. Oui, à cause de notre chair nous ne pouvons pas observer la loi. Et parce que nous ne pouvons pas l'observer, elle ne peut nous sauver. Elle ne peut ni nous justifier, ni nous sanctifier. Donc, "ce qui était impossible à la loi, car la chair la vouait à l'impuissance, Dieu l'a fait".
   Comment l'a-t-il réalisé ? Par son Fils (verset 3) et par son Esprit (verset 4). Par la mort de son Fils incarné, Dieu nous justifie ; par la puissance de son Esprit qui habite en nous, il nous sanctifie.
   Nous devons examiner de plus près ce merveilleux ministère du Fils de Dieu et de l'Esprit de Dieu. Tout d'abord Dieu a envoyé son Fils, "son propre Fils". L'expression "dans une chair semblable à celle du péché" (comparer versions Segond, et Jérusalem) est très importante. Ce n'est pas "avec une chair de péché", parce que Jésus était sans péché, ni "dans la ressemblance de la chair", parce que Jésus était réellement homme, mais "dans une chair semblable à celle du péché", parce que Jésus était réellement incarné et sans péché.
   Dieu a aussi envoyé son Fils "pour le péché" (peri hamartias). On peut comprendre cette expression d'une manière générale, dans le sens que Christ est venu pour s'occuper du problème du péché. Ou bien on peut le comprendre dans un sens plus précis, par référence à sa mort "en sacrifice pour le péché", puisqu'elle a fréquemment ce sens dans la version de l'Ancien Testament.
   La mort de Jésus-Christ "en sacrifice pour le péché" est expliquée dans la phrase suivante qui est remarquable : "Dieu a condamné le péché dans la chair." C'est dans la chair de Jésus - réellement incarné et sans péché, cependant fait péché par nos péchés (comparer 2 Corinthiens 5, verset 21) - que Dieu a condamné le péché. Il a condamné nos péchés dans la chair sans péché de son Fils qui s'en est chargé.
   Et pourquoi l'a-t-il fait ? Non seulement pour notre justification (bien qu'en vérité il n'y ait maintenant plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ, parce qu'en Jésus-Christ Dieu a condamné le péché), mais plus encore "pour que la justice exigée par la loi soit accomplie en nous, qui ne marchons pas sous l'empire de la chair mais de l'Esprit" (verset 4). Ce verset est d'une importance capitale pour la compréhension de la doctrine chrétienne de la sanctification. Il nous enseigne en tout cas trois vérités essentielles :
   1. La sainteté est le but de l'incarnation et de la mort de Christ. Il nous est dit expressément que Dieu a envoyé son Fils dans une chair semblable à la chair de péché (l'incarnation) et a condamné le péché dans la chair (l'expiation). Cela pour que la justice de la loi puisse être accomplie en nous. Dieu a condamné le péché en Christ, afin que la sainteté puisse se manifester en nous.
   2. La sainteté se trouve dans la justice, "une vie juste, conforme aux exigences de la loi" (LPNT). Si elle est ainsi nommée, ce verset 4 devient l'un des versets les plus embarrassants du Nouveau Testament pour les tenants de la Nouvelle Morale qui prétendent que pour le chrétien la notion de loi est abolie. Mais au lieu d'abolir la loi, Dieu a envoyé son propre Fils avec le dessein d'accomplir sa justice en nous. Ainsi l'obéissance à la loi, qui n'est ni ne peut être le fondement à la loi, qui n'est ni ne peut être le fondement de notre justification, apparaît comme son fruit.
   3. La sainteté est l'oeuvre du Saint-Esprit, car "la justice exigée par la loi" est réalisée en nous uniquement quand "nous marchons... selon l'Esprit" (verset Segond). Nous avons vu que presque tout Romains 7 est consacré au thème de notre impuissance à observer la loi à cause de notre "chair". Ainsi, le seul moyen d'accomplir la loi, c'est que nous "marchions non plus sous l'empire de la chair, mais de l'Esprit", par sa puissance et sous son contrôle.
   Ces trois vérités capitales concernant la sanctification du chrétien nous apprennent pourquoi nous devons être saints, quelle est cette sainteté et comment nous pouvons y parvenir. Le fondement de la sainteté, c'est la justice de la loi, la conformité à la volonté de Dieu révélée dans la loi. Le moyen de parvenir à la sainteté, c'est la puissance du Saint-Esprit.

   Pour Conclure, il nous faut jeter un coup d'oeil rétrospectif sur l'ensemble de ce chapitre long et compliqué. Je l'ai intitulé "la libération de la loi". J'aurais tout aussi bien pu l'appeler "l'accomplissement de la loi", puisqu'il nous enseigne ces deux vérités. Il commence par la déclaration que le chrétien est dégagé de la loi : "Maintenant, nous avons été affranchis de la loi" (chapitre 7, verset 6). Il termine par la déclaration que le chrétien a le devoir de l'observer : "Pour que la justice exigée par la loi soit accomplie en nous" (chapitre 8, verset 4). De plus, notre libération et notre devoir ont tous deux leur cause dans la mort de Christ (chapitre 7, verset 4 et chapitre 8, versets 3 et 4)!
   "Mais c'est une contradiction inadmissible" peut-on objecter. "Comment puis-je être à la fois libéré de la loi et contraint à l'observer ?" Le paradoxe n'est pas difficile à résoudre. Nous sommes libérés de la loi comme moyen qui nous permet d'être acceptés par Dieu, mais nous avons le devoir d'obéir à la loi comme moyen de progresser dans la sainteté. Nous ne sommes plus liés à la loi comme fondement de notre justification : "Nous ne sommes plus sous la loi, mais sous la grâce." Mais nous sommes encore liés à la loi comme norme de conduite et, si nous marchons selon l'Esprit, nous chercherons à l'accomplir. La suite du chapitre 8 que nous allons étudier nous apprend ce que signifie marcher selon l'Esprit.

LA VIE DANS L'ESPRIT.

Le quatrième privilège du chrétien est la vie dans l'Esprit. Jusqu'ici il n'a guère été question du Saint-Esprit de façon bien marquée. Il n'est même pas nommé au chapitre 6. Il est mentionné une fois au chapitre 5, comme celui qui répand l'amour de Dieu dans nos coeurs (verset 5), et une fois au chapitre 7, où il est écrit que, chrétiens, nous sommes esclaves, non d'un code extérieur, mais d'un Esprit qui habite en nous (verset 6). Au chapitre 8, au contraire, le Saint-Esprit vient au premier plan.
   La vie chrétienne, la vie de celui qui est justifié par la foi, est envisagée essentiellement comme une vie dans l'Esprit, c'est-à-dire une vie animée, soutenue, dirigée et enrichie par le Saint-Esprit. Ce chapitre nous décrit l'action de l'Esprit en particulier dans quatre domaines. Premièrement, en relation avec notre chair, notre nature déchue. Deuxièmement, en relation avec notre appartenance filiale, l'adoption qui fait de nous des fils de Dieu. Troisièmement, en relation avec notre héritage à venir qui comprend la rédemption de nos corps au dernier jour. Quatrièmement, en relation avec nos prières où nous devons reconnaître notre faiblesse.
   L'action bienfaisante du Saint-Esprit dans ces quatre domaines peut se résumer ainsi : il soumet notre chair (verset 5 à 13); il atteste que nous sommes fils (verset 14 à 17); il garantit notre héritage (versets 18 à 25); il vient au secours de notre faiblesse dans la prière (versets 26 et 27). Puis, le chapitre s'achève par cette affirmation, inégalée en majesté : les desseins de Dieu sont invincibles et, par conséquent, le peuple de Dieu est absolument et éternellement en sécurité (verset 28 à 39).

1. LE MINISTÈRE DU SAINT-ESPRIT (chapitre 8, versets 5 à 27).

   "En effet, sous l'empire de la chair, on tend à ce qui est charnel, mais sous l'empire de l'Esprit, on tend à ce qui est spirituel :  la chair tend à la mort, mais l'Esprit tend à la vie et à la paix.  Car le mouvement de la chair est révolte contre Dieu ; elle ne se soumet pas à la loi de Dieu ; elle ne le peut même pas.  Sous l'empire de la chair on ne peut plaire à Dieu.  Or vous, vous n'êtes pas sous l'empire de la chair, mais de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'Esprit du Christ, il ne lui appartient pas.  Si Christ est en vous, votre corps, il est vrai, est voué à la mort à cause du péché, mais l'Esprit est votre vie à cause de la justice.  Et si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous.  Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais non envers la chair pour devoir vivre de façon charnelle.  Car si vous vivez de façon charnelle, vous mourrez ; mais si, par l'Esprit, vous faites mourir votre comportement charnel, vous vivrez.  En effet, ceux-là sont fils de Dieu qui sont conduits par l'Esprit de Dieu :  vous n'avez pas reçu un esprit qui vous rende esclaves et vous ramène à la peur, mais un Esprit qui fait de vous des fils adoptifs et par lequel nous crions : Abba, Père.  Cet Esprit lui-même atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu.  Enfants, et donc héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers du Christ, puisque, ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire.  J'estime en effet que les souffrances du temps présent sont sans proportion avec la gloire qui doit être révélée en nous.  Car la création attend avec impatience la révélation des fils de Dieu :  livrée au pouvoir du néant – non de son propre gré, mais par l'autorité de celui qui l'a livrée –, elle garde l'espérance,  car elle aussi sera libérée de l'esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu.  Nous le savons en effet : la création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement.  Elle n'est pas la seule : nous aussi, qui possédons les prémices de l'Esprit, nous gémissons intérieurement, attendant l'adoption, la délivrance pour notre corps.  Car nous avons été sauvés, mais c'est en espérance. Or, voir ce qu'on espère n'est plus espérer : ce que l'on voit, comment l'espérer encore ?  Mais espérer ce que nous ne voyons pas, c'est l'attendre avec persévérance.  De même, l'Esprit aussi vient en aide à notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut, mais l'Esprit lui-même intercède pour nous en gémissements inexprimables,  et celui qui scrute les cœurs sait quelle est l'intention de l'Esprit : c'est selon Dieu en effet que l'Esprit intercède pour les saints."

1. L'Esprit soumet notre chair (versets 5 à 13).
   Le verset 4 étudié dans le chapitre précédent dit que "la justice exigée par la loi" ne peut être réalisée en nous, croyants, que si nous "ne marchons pas sous l'empire de la chair mais de l'Esprit", en suivant ses incitations et en nous soumettant à son autorité.
   À présent, l'apôtre Paul explique pourquoi il en est ainsi. Dans tout cela notre pensée joue un rôle important. En effet, notre marche dépend de notre pensée, notre manière de vivre est commandée par notre façon de voir les choses; "comme l'homme pense en son âme, ainsi il est" (Proverbes 23, verset 7, traduction littérale), et ainsi il se conduit. Au fond, ce sont nos pensées qui régissent nos comportements.
   C'est bien ce que l'apôtre écrit au verset 5 : "En effet" - c'est-à-dire voilà pourquoi nous pouvons accomplir la loi, à condition de marcher selon l'Esprit - "ceux qui vivent (littéralement "sont") selon la chair, s'attachent aux choses de la chair, mais ceux qui vivent selon l'Esprit s'attachent aux choses de l'Esprit" (version Synodale). Or "s'attacher" (phroneo, en grec) aux choses charnelles ou spirituelles, cela signifie avoir ses pensées tournées vers elles.  Note: au lieu du mot "s'attacher", d'autres traductions donnent : désirer, s'affectionner à, avoir la pensée de, se préoccuper de.). Il s'agit des préoccupations ou des désirs qui nous poussent, des intérêts qui nous captivent. C'est la manière dont nous employons notre temps, notre argent et nos forces. Il s'agit de toutes les choses auxquelles nous nous adonnons, vers lesquelles nous tendons.
   Le verset 6 décrit les résultats de ces deux points de vue : "Tendre à ce qui est charnel", dit Paul, "...c'est la mort." Non pas "ce sera" mais "c'est", dès à présent, la mort, parce que cela conduit au péché, donc à la séparation d'avec Dieu, qui est la mort. Mais "tendre à ce qui est spirituel, ...s'est la vie", dès maintenant, parce que cela conduite à la sainteté, donc à une communion constante avec Dieu, qui est la vie. Bien plus, cela n'apporte pas seulement la vie, mais "la paix": la paix avec Dieu, qui est la vie; et la paix en nous-mêmes, c'est-à-dire l'équilibre et l'harmonie. Beaucoup d'entre nous rechercheraient la sainteté avec bien plus d'ardeur et de zèle, s'ils étaient persuadés que le chemin de la sainteté mène à la vie et à la paix. Et c'est absolument vrai : il n'y a pas d'autre moyen de parvenir à la vie et à la paix.
   Au contraire, s'attacher à ce qui est charnel entraîne la mort et la guerre. "Car le mouvement (littéralement : la pensée) de la chair est révolte contre Dieu; elle ne se soumet pas à la loi de Dieu, elle ne le peut même pas. Sous l'empire de la chair (littéralement : "ceux qui sont dans la chair") on ne peut plaire à Dieu" (versets 7 et 8). "On ne peut plaire à Dieu", parce que le seul moyen de lui plaire est de se soumettre à sa loi et d'y obéir. Les préoccupations de la chair sont hostiles à la loi de Dieu et ne veulent pas s'y soumettre, tandis que la pensée de l'esprit est favorable à la loi de Dieu et y prend plaisir.
   Ainsi, deux catégories de personnes sont décrites ici : "celles qui sont dans la chair", et "celles qui sont dans l'Esprit". Elles ont chacune leur mentalité ou façon de voir les choses : "la pensée de la chair" et "la pensée de l'Esprit". Ceci les conduit à deux types de comportements : "la marche selon la chair" et "la marche selon l'Esprit", lesquels ont pour aboutissement deux étais spirituels : "la mort" et "la vie". Si nous sommes dans la chair, nous nous préoccupons des choses de la chair, nous marchons selon elle, et donc nous mourons. Mais si nous sommes dans l'Esprit, nous nous préoccupons des choses de l'Esprit, nous marchons selon l'Esprit, et donc nous vivons. Ce que nous sommes détermine notre manière de penser; notre manière de penser détermine notre comportement; et notre comportement détermine notre relation avec Dieu : la mort, ou la vie. Une fois de plus nous nous rendons compte de l'importance de notre pensée, en conséquence de nos dispositions et préoccupations, ainsi que des choses sur lesquelles nous concentrons notre attention et notre activité.
   Cela nous amène au verset 9, où l'apôtre fait l'application personnelle à ses lecteurs des vérités exposées jusqu'ici en termes généraux. Ayant écrit que ceux qui sont sous l'empire de la chair ne peuvent plaire à Dieu, il poursuit : "Or nous, nous n'êtes pas sous l'empire de la chair mais de l'Esprit, puisque l'Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu'un n'a pas l'esprit de Christ, il ne lui appartient pas." Remarquez les expressions synonymes dans ce verset : d'abord, l'Esprit de Dieu et l'Esprit de Christ, ensuite être sous l'empire de (littéralement "dans") l'Esprit et avoir l'Esprit en nous; enfin l'Esprit qui habite en nous et Christ qui est en nous (verset 10). Il s'agit chaque fois de deux façons de décrire la même chose ou la même expérience.
   Mais en dehors de ces synonymes significatifs, le verset 9 est d'une grande importance. Il nous dit clairement que la caractéristique du véritable chrétien, qui les distingue de l'incroyant, c'est que le Saint-Esprit habite en lui. À deux reprises l'apôtre a parlé du "péché qui habite en nous". Le péché qui habite en nous est le lot de tous les fils d'Adam. Mais le grand privilège des enfants de Dieu, c'est d'avoir en eux l'Esprit pour combattre et soumettre le péché qui est en eux. Et "si quelqu'un n'a pas l'Esprit de Christ, il ne lui appartient pas".
   Les versets 10 et 11 nous montrent la conséquence capitale de la présence de l'Esprit en nous. Les deux versets commencent par une proposition conditionnelle :"Si Christ est en vous...", et : "Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous..." Quel est donc l'effet de la présence de Christ par son Esprit en nous ? C'est "la vie" : la vie pour notre esprit maintenant, et la vie pour notre corps au dernier jour, pour la bonne raison que le Saint-Esprit est l'Esprit de vie. Il est le Seigneur, celui qui donne la vie. C'est pourquoi, "si Christ est en vous, le corps est mort à cause du péché, mais l'esprit est vivant à cause de la justice" (version Synodale). Ainsi, bien que notre corps soit mortel, notre esprit cependant est vivant, parce que le Saint-Esprit lui a donné la vie. À cause du péché d'Adam nous mourons physiquement, à cause de la justice de Christ nous vivons spirituellement.
   De plus, bien qu'à présent seul notre esprit soit vivant et que notre corps qui est mortel doive mourir, pourtant, au dernier jour, notre corps vivra aussi. "Si l'Esprit de celui qui a ressuscité Jésus d'entre les morts habite en vous, celui qui a ressuscité Jésus-Christ d'entre les morts donnera aussi la vie à vos corps mortels, par son Esprit qui habite en vous" (verset 11). Remarquez la référence aux trois personnes de la Trinité. Le Dieu qui a ramené Christ de la mort à la vie, nous ressucitera, ressuscitera notre corps. Pourquoi ? Parce que l'Esprit qui habite en nous sanctifie aussi notre corps. Comment ? Par la puissance du même Esprit qui habite en nous. Donc le Saint-Esprit, qui a déjà donné la vie à notre esprit, donnera aussi la vie à notre corps mortel au dernier jour.
   "Ainsi donc, frères, nous avons une dette, mais non envers la chair pour devoir vivre de façon charnelle" (verset 12). Il semble que l'apôtre n'ait pas achevé sa phrase. S'il l'avait fait, il aurait sans doute dit que nous avons, par contre, une dette envers l'Esprit, pour vivre selon l'Esprit.
   L'idée que nous sommes "débiteurs" du Saint-Esprit requiert toute notre attention. Elle signale que nous avons une obligation envers la sainteté. Nous avons le devoir "d'être" ce que nous sommes, de mener une vie en rapport avec notre position et notre privilège de chrétiens, et de ne rien faire qui soit en contradiction avec elle. En particulier, si nous vivons dans l'Esprit, nous avons l'obligation de marcher selon l'Esprit.
   Le raisonnement est le suivant : si le Saint-Esprit est la source de notre vie et demeure en nous, il ne nous est pas permis de marcher selon la chair, parce que cela conduit à la mort. Une telle contradiction entre ce que nous sommes et ce que nous faisons, entre posséder la vie et jouer avec la mort, voilà qui est impensable. Nous sommes vivants ! Notre esprit est vivant. Le Saint-Esprit nous a donné la vie. Par conséquent, nous sommes débiteurs de l'Esprit qui nous a donné la vie ; et par sa puissance nous devons mettre à mort tout ce qui menace cette nouvelle vie, en particulier "les actions du corps" (version Segond). Ce n'est que par leur mort que nous vivrons, c'est-à-dire que nous continuerons à jouir de la vie que le Saint-Esprit nous a donnée.
   Telle est l'alternative solennelle du verset 13. Paul dit en quelque sort : "Si vous laissez vivre la chair, lui permettant de prospérer et de s'épanouir, certainement vous mourrez. Mais si vous faites mourir les actions de votre chair, si vous les mettez à mort, si vous les crucifiez, certainement vous vivrez." À chacun de nous le choix entre ce chemin de la vie et ce chemin de la mort. Mais le propos de Paul, c'est que nous n'avons pas vraiment à hésiter. Nous sommes débiteurs, nous sommes dans l'obligation de faire le bon choix. Si l'Esprit a donné la vie à notre esprit, alors nous devons faire mourir les actions de notre chair, afin de pouvoir continuer à vivre la vie que l'Esprit nous a donnée.
   En reprenant ce passage dans son ensemble, nous voyons de quelle manière progresse la pensée de l'apôtre. Au départ, il y a essentiellement deux catégories de personnes - celles qui sont dans la chair, les "irrégénérés", et celles qui sont dans l'Esprit, les "régénérés". "Quant à vous, écrit-il aux Romains, vous êtes de la dernière catégorie. Vous êtes, non dans la chair, mais dans l'Esprit si, comme je le crois, l'Esprit de Dieu habite en vous. Bien plus, puisque Christ habite en vous, vous vivez par son Esprit" (comparer les versets 9 et 10).
   Ces deux faits sont les marques authentiques et certaines de tout chrétien : premièrement, le Saint-Esprit de demeure en nous, et deuxièmement, notre esprit est vivant parce que cet Esprit nous a vivifiés. Pour cette raison, à cause de ce que nous sommes, nous avons une dette, non envers la chair, mais envers l'Esprit. Nous avons l'impérieuse obligation "d'être" ce que nous sommes, de conformer notre conduite à notre personnalité, de ne rien faire qui soit en contradiction avec la vie de l'Esprit en nous, mais bien plutôt de nourrir cette vie et de la développer.
   Plus précisément, si nous voulons être honnêtes et nous acquitter de notre dette, nous serons engagés dans un double processus. Les termes théologiques qui s'y rapportent sont "la mortification" et "l'aspiration" - termes qui expriment la bonne attitude à adopter à l'égard de la chair, d'une part, et de l'Esprit, d'autre part. La mortification, c'est faire mourir les actions de notre corps, notre chair. L'aspiration, c'est s'attacher aux choses de l'Esprit.
   La mortification (mettre à mort les actions du corps par la puissance de l'Esprit) signifie le rejet sans indulgence de toutes les oeuvres que nous savons être mauvaises. C'est une repentance de chaque jour, c'est rompre avec tout péché manifeste dans nos habitudes, nos actions, nos pensées, nos relations. Ce que l'Évangile traduit par arracher un oeil, couper une main ou un pied, si la tentation vient à nous par ce que nous voyons ou faisons, là où nous allons (comparer Marc 9, versets 45 à 47). La seule attitude à adopter envers la chair est de la faire mourir.
   L'aspiration (se préoccuper des choses de l'Esprit, s'attacher à elles) est un don sans réserve de nous-mêmes - pensées, forces, désirs - à "tout ce qu'il y a de vrai, tout ce qui est noble, juste, pur, digne d'être aimé, d'être honoré" (voir Philippiens 4, verset 8), y compris la pratique régulière des "moyens de grâce" : la prière, la lecture de la Bible, la communion fraternelle, l'adoration, la Sainte Cène. C'est tout cela qui est englobé dans le fait de tendre aux choses de l'Esprit.
   La "mortification" et "l'aspiration" sont exprimées par des verbes au présent, parce qu'elles sont des attitudes qu'il s'agit d'adopter et de maintenir avec persévérance et sans relâche. Nous ne devons pas cesser de faire mourir les actions de notre corps : "Si quelqu'un veut venir à ma suite, qu'il renonce à lui-même et prenne sa croix chaque jour, et qu'il me suive" (Luc 9, verset 23). Nous ne devons pas cesser de nous préoccuper des choses de l'Esprit.
   La "mortification" et "l'aspiration" ont encore un autre point commun. Ensemble elles détiennent le secret de la vie dans le plein sens du terme. Il n'y a pas de vraie vie sans la mort qui est la mortification, et il n'y a pas de vraie vie sans la discipline qu'est l'aspiration. C'est en faisant mourir les actions du corps que nous vivrons (verset 13); c'est en nous préoccupant des choses de l'Esprit que nous trouvons la vie et la paix (verset 6). Ainsi, le Saint-Esprit soumet la chair tandis que nous la mortifions par sa puissance et que nous nous attachons aux choses de l'Esprit.

2. L'Esprit atteste notre qualité de fils (versets 14 à 17).
   Dans ce paragraphe l'accent porte encore sur l'oeuvre de l'Esprit, mais notre position et notre privilège de chrétiens sont décrits en termes différents. L'apôtre disait à l'instant : "Si, par l'Esprit, vous faites mourir les actions du corps, vous vivrez." Il dit maintenant : "En effet, ceux-là son fils de Dieu qui sont conduits par l'Esprit de Dieu" (verset 14). Ces deux phrases sont tout à fait parallèles. Les deux parlent de l'activité de l'Esprit, la première en relation avec notre vie, la deuxième en relation avec notre qualité de fils.
   Quelles perspectives d'intimité avec dieu exprime ce mot de "fils" ! S'approcher de Dieu et être en communion avec lui, le Père, telles sont les grâces qu'il accorde à ses enfants.
   Tous les êtes humains ne sont cependant pas enfants de Dieu. C'est à dessein et de manière précise que le verset 14 limite cet état à ceux qui sont conduites par l'Esprit, qui sont rendus capables par l'Esprit de marcher sur l'étroit sentier de la justice. Être conduit par l'Esprit et être fils de Dieu sont des expressions pratiquement synonymes. Tous ceux qui sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu et, réciproquement, tous ceux qui sont fils de Dieu sont conduits par l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu et, réciproquement, tous ceux qui sont fils de Dieu sont conduits par l'Esprit de Dieu.
   Cela ressort encore plus clairement du verset suivant où il est question de la nature de l'Esprit que nous avons reçu (à l'aoriste, par référence à notre conversion passée) : ce n'est pas un esprit de servitude, mais d'adoption ou de fils. Le Saint-Esprit - qui nous est donné quand nous croyons - fait de nous des fils et non des esclaves. Il ne nous ramène pas à notre ancien esclavage faussé par la peur. Il nous fait entrer dans une relation nouvelle par laquelle nous nous approchons de Dieu comme de notre Père. Bien plus, il est le garant permanent de la position qu'il nous donne. Quand nous crions : "Abba, Père !" - les mots mêmes du Seigneur Jésus dans son ultime prière à Dieu - , c'est l'Esprit lui-même qui atteste à notre esprit que nous sommes enfants de Dieu (comparer les versets 15 et 16). Cette expression montre que le témoignage intérieur de l'Esprit nous est donné quand nous prions. C'est en nous approchant de Dieu dans la prière que nous faisons l'expérience de notre relation filiale avec lui et que nous nous reconnaissons enfants d'un Père céleste. Et quand notre esprit est en communion avec Dieu, le Saint-Esprit rend témoignage à notre esprit (de telle sorte qu'il y a deux témoignages convergents) que nous sommes, en vérité, enfants de Dieu.
   "Nous sommes enfants de Dieu. Enfants, et donc héritiers : héritiers de Dieu, cohéritiers de Christ, puisque ayant part à ses souffrances, nous aurons part aussi à sa gloire" (verset 17). Comme au chapitre 5, la souffrance nous est de nouveau présentée comme le chemin de la gloire. Et, remarquez-le, c'est "avec Christ". Toute la vie chrétienne est une identification à Christ. Si nous partageons sa position de fis, nous partagerons son héritage dans la gloire; mais si nous sommes appelés à partager sa gloire ; mais si nous sommes appelés à partager sa gloire, nous devons d'abord partager sa souffrance.

3.   L'esprit est le garant de notre héritage (versets 18 à 25).
   Cette partie du texte a pour thème le contraste déjà évoqué au verset 17, entre la souffrance présente et la gloire à venir. Paul commence par dire que les deux ne sont pas comparables (verset 18) : elles doivent plutôt être mises en contraste, parce que la gloire à venir dépassera de loin toute souffrance présente. Et il va le développer dans le reste du passage en le plaçant dans une grandiose perspective cosmique. En effet, il montre comment, dans la souffrance présente et dans la gloire à venir, la création tout entière et la nouvelle création c'est-à-dire l'église, sont engagées ensemble. Les deux créations - l'ancienne et la nouvelle, la physique et la spirituelle, la nature et l'église -, souffrent ensemble maintenant et seront glorifiées ensemble à la fin des temps. Comme la nature a partagé la malédiction de l'homme (voir Genèse 3) et partage maintenant ses tribulations, de même elle partagera sa gloire. "Car la création attend avec impatience" - comme dans une attente fiévreuse - "la révélation des fils de Dieu" (verset 19), parce que ce sera le temps où elle sera rachetée, elle aussi.
   a) La création (versets 19 à 22). En quatre versets elle est citée quatre fois. Puis, remarquez la description de ses souffrances présentes : "Elle est livrée au pouvoir du néant - non de son propre gré, mais par l'autorité de celui qui l'y a livrée -" (verset 20). Elle est tenue dans "l'esclavage de la corruption" (verset 21). Elle "gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement" (verset 22). Le pouvoir du néant signifie l'échec ou la vanité. C'est le même mot utilisé parla version grecque du livre de l'Ecclésiaste, dont C.J. Vaughan a écrit "qu'il est tout entier un commentaire de ce verset". Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, ... tout est vanité. Cette futilité ou frustration, à laquelle Dieu a soumis la création, est expliquée au verset suivant comme un "esclavage de la corruption". C'est le cycle ininterrompu de la naissance, de la croissance, de la mort et de la décomposition; toute la dégradation progressive dans un univers qui semble dépérir. Bien plus, cette évolution est accompagnée de douleur au sens propre et au sens figuré. Néant, corruption et douleur, voilà les mots utilisés par l'apôtre pour dépeindre la souffrance présente de la création.
   Mais ce n'est que temporaire, car les souffrances présentes de la création aboutiront à la gloire à venir. Cela est souligné dans chaque verset. S'il est vrai que la création a été assujettie à la vanité, elle l'a été "dans l'espérance", c'est-à-dire avec la perspective d'un avenir plus lumineux (verset 20). "Elle aussi sera libérée de l'esclavage de la corruption, pour avoir part à la liberté et à la gloire des enfants de Dieu" (verset 21). L'esclavage cèdera le pas à la liberté, la destruction ou la corruption, à la gloire incorruptible. Si nous devons partager la gloire de Christ (verset 17), la création elle, partagera la nôtre. Puis au verset 22, les gémissements et les douleurs de la création sont comparées aux douleurs de l'enfantement. Autrement dit, ce ne sont pas des souffrances sans signification ni but, mais des souffrances qu'elle éprouve nécessairement pour donner le jour à un nouvel était de choses (comparer Matthieu 24, verset 8).
   b) Léglise (versets 23 et 25). Après la création, nous passons à l'église qui est la nouvelle création de Dieu. Observez la transition de l'une à l'autre. "La création tout entière gémit maintenant encore dans les douleurs de l'enfantement" (verset 22). "Elle n'est pas la seule : nous aussi, ...nous gémissons intérieurement" (verset 23). Quels sont ces gémissements intérieurs que nous partageons avec le reste de la création ? Quelles sont ces souffrances présentes de l'église dont parle l'apôtre ? Il n'est pas question ici de persécution, mais simplement du fait que nous ne sommes sauvés qu'à moité !
   Effectivement, personne d'entre nous n'est encore sauvé entièrement. Notre âme est rachetée, c'est vrai, mais pas notre corps. Et c'est notre corps non racheté qui provoque vos gémissements. Pourquoi cela ? D'un côté, ce corps est faible, fragile et mortel, sujet à la fatigue, à la maladie, à la souffrance et à la mort. C'est la pensée de l'apôtre quand il écrit en 2 Corinthiens 5, versets 2 et 4 que "nous gémissons" dans ce corps. Mais d'un autre côté, "la chair", notre nature pécheresse et déchue, habite dans notre corps mortel (chapitre 7, versets 17 et 20). En vérité, c'est ce même péché présent en nous qui provoque notre cri : "Malheureux homme que je suis ! Qui me délivrera de ce corps qui appartient à la mort ?" C'est à ce cri d'angoisse que Paul pense en parlant de nos gémissements intérieurs actuels, sauf qu'en Romains 7 ils sont exprimés de manière intelligible.
   Ce qui nous pousse à gémir intérieurement, c'est donc d'une part la fragilité de notre corps, d'autre part notre nature déchue. C'est pourquoi nous attendons ardemment la gloire à venir, où nous serons délivrés de ces deux fardeaux.
   Cette gloire à venir est définie de deux façons. Premièrement, c'est la "rédemption de notre corps" (comparer versions Segond et Jérusalem). En effet, au dernier jour, un nouveau corps nous sera donné, libéré du double fardeau de sa fragilité et de sa "chair". Notre corps de résurrection aura des pouvoirs nouveaux et insoupçonnés, et le péché ne l'habitera plus.
   Deuxièmement, la gloire à venir est aussi notre "adoption". Le même mot est déjà employé au verset 15 où il est dit que nous avons reçu un Esprit d'adoption. D'une certaine manière, nous avons déjà reçu notre adoption, mais par ailleurs, nous l'attendons encore, parce que notre condition présente de fils, bien que glorieuse, reste imparfaite. Nous ne sommes pas encore conformes, ni dans notre corps, ni dans notre être, à l'image du Fils de Dieu (comparer le verset 29). Notre étant de fils n'a pas encore été révélé et reconnu publiquement. Mais le dernier jour sera le témoin de ce que le verset 19 appelle "la révélation des fils de Dieu". Le monde ne nous connaît pas encore comme enfants de Dieu, mais cela sera manifeste au dernier jour (comparer 1 Jean 3, versets 1 et 2). Alors nous obtiendrons ce qui est appelé "la liberté et la gloire des enfants de Dieu" (verset 21). Et la création l'obtiendra avec nous.
   Nous sommes absolument sûrs de ce glorieux héritage à venir. Comment cela ? Pour la bonne raison que maintenant déjà "nous possédons les prémices de l'Esprit" (verset 23). Nous n'avons pas encore reçu notre adoption définitive comme fils. Nous n'avons pas encore reçu "la délivrance pour notre corps". Mais nous avons reçu le Saint-Esprit, le garant donné par Dieu de notre complet héritage à venir. En vérité, il en est plus que la garantie, il en est l'avant-goût. Employant une image du commerce, Paul appelle aussi le Saint-Esprit les "arrhes", le premier acompte dans un acte de vente à crédit, la somme versée qui garantit que le solde sera payé plus tard (2 Corinthiens 1, verset 22 et chapitre 5, verset 5). Ici, par contre, l'image est tirée de l'agriculture, il est les prémices de la récolte, la promesse de l'abondante moisson à venir.
   Ainsi, le Saint-Esprit, qui est l'Esprit d'adoption, qui fait de nous des enfants de Dieu (verset 15), et qui rend témoignage à notre esprit que nous le sommes (verset 16), est aussi la promesse de notre adoption totale comme fils de Dieu, lorsque notre corps sera délivré.
   Les verset 24 et 25 viennent encore appuyer cette pensée, affirmant que c'est en espérance que nous avons été sauvés. Sauvés, oui, mais à moitié seulement, en attendant notre plein salut, y compris pour notre corps, à la fin des temps ! l'objet de cette attente est invisible, nous ne le voyons pas encore. Mais nous l'attendons avec une patience et une fermeté (hupomone) que les dures souffrances du moment présent ne pourront ébranler.

4.   L'Esprit vient au secours de notre faiblesse dans la prière (verses 26 et 27).
   Voilà encore un autre ministère du Saint-Esprit. Celui-ci est nommé quatre fois dans l'espace de ces deux versets. Il "vient en aide à notre faiblesse", et la faiblesse visée particulièrement ici est notre ignorance dans la prière : "Nous ne savons pas prier comme il faut." Mais l'Esprit "vient en aide à notre faiblesse".
   On néglige souvent le ministère habituel du Saint-Esprit dans la prière. Pourtant l'Écriture nous dit très clairement que nous avons accès auprès du Père non seulement par le Fils, mais aussi par l'Esprit (Éphésiens 2, verset 18). L'inspiration du Saint-Esprit est tout aussi nécessaire que la médiation du Fils pour pouvoir s'approcher du Père dans la prière. Mais ici Paul relève un aspect plus particulier du ministère du Saint-Esprit dans notre vie de prière.
   Voici ce qu'il en est. Parfois, quand les croyants ne savent pas comment prier avec des paroles, ils gémissent sans paroles. Quelques fois, comme le dit le commentateur E.F. Kevan, "nous nous trouvons réduits au silence par l'intensité même de nos aspirations profondes". D'autres fois, nous nous sentons si accablés par notre nature mortelle ou par le péché présent en nous, que nous pouvons seulement gémir avec des soupirs que les mots ne peuvent rendre. Ces gémissements inexprimables, ces soupirs d'agonie que des mots ne peuvent contenir, ne doivent pas être méprisés, comme si nous étions obligés de prier avec des paroles. Au contraire, quand nous soupirons ainsi des demandes inexprimées, c'est le Saint-Esprit lui-même qui intercède à notre place, suscitant ces gémissements. Nous ne devrions pas avoir honte de telles prières muettes. Dieu le Père comprend aussi bien les prières soupirées que celles qui sont exprimées, parce qu'il sonde nos coeurs et lit nos pensées. Il sait également quelle est la pensée de l'Esprit, parce que le Saint-Esprit prie toujours selon la volonté de Dieu. Ainsi le Père qui est au ciel répond aux prières suscitées dans nos coeurs par le Saint-Esprit.
   La prière est l'appel sincère de l'âme,
     prononcé ou muet,
   La montée d'un feu caché
      qui frissonne en notre sein.
   La prière est le poids d'un soupir,
      une larme qui tombe,
   L'éclair d'un regard vers le ciel
       quand nul autre que Dieu n'est proche.
   (d'après James Montgomery).
   Voilà donc les quatre faces de l'oeuvre du Saint-Esprit : il soumet notre chair, il atteste notre qualité de fils, il garantit notre héritage, et il vient au secours de notre faiblesse dans la prière.

2. LE DESSEIN INVINCIBLE DE DIEU (chapitre 8, versets 28 à 39).

   "Nous savons d'autre part que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein. Ceux que d'avance il a connus, il les a aussi prédestinés à être conformes à l'image de son Fils, afin que celui-ci soit le premier-né d'une multitude de frères ; ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés ; ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés ; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Lui qui n'a pas épargné son propre Fils, mais l'a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ? Qui accusera les élus de Dieu ? Dieu justifie ! Qui condamnera ? Jésus Christ est mort, bien plus il est ressuscité, lui qui est à la droite de Dieu et qui intercède pour nous ! Qui nous séparera de l'amour du Christ ? La détresse, l'angoisse, la persécution, la faim, le dénuement, le danger, le glaive ? selon qu'il est écrit : A cause de toi nous sommes mis à mort tout le long du jour, nous avons été considérés comme des bêtes de boucherie. Mais en tout cela, nous sommes plus que vainqueurs par celui qui nous a aimés. Oui, j'en ai l'assurance : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Autorités, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni les forces des hauteurs ni celles des profondeurs, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur."

   Ceci nous amène à la conclusion du message de l'apôtre et à son sommet. Dans ces douze derniers versets du chapitre, il s'élève jusqu'à des hauteurs sublimes, rarement égalées dans le Nouveau Testament. Après avoir décrit quelques-uns des privilèges du croyant justifié - la paix avec Dieu, l'union avec Christ, la libération de la loi, la vie dans l'Esprit - son génie conduit par l'Esprit Saint embrasse maintenant tout le dessein de Dieu, de l'éternité passée à l'éternité à venir, de la prescience et de la prédestination divines à l'amour divin dont jamais rien ne nous séparera.
   Le thème principal du développement final de l'apôtre est le dessein de Dieu, immuable, irrésistible et invincible, et, dans ce plan, la sécurité éternelle du peuple de Dieu. Paul exprime ces vérités extraordinaires, trop grandes pour être assimilées par nos esprits si limités, d'abord sous la forme de cinq affirmations incontestables, puis sous la forme de cinq questions irréfutables, par lesquelles il défie quiconque de contredire les affirmations qu'il vient d'énoncer.

1. Cinq affirmations incontestables (versets 28 à 30).
   Il introduit ses affirmations par un verset bien connu de tous les croyants, où nous avons souvent trouvé du soulagement pour notre coeur et notre esprit troublés: "Nous savons que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu" (verset Segond). La traduction suivante est préférable : "Nous savons que Dieu travaille en tout pour le bien de ceux qui l'aiment" (verset BNA). En effet, ce ne sont pas les choses qui s'organisent pour former un cadre favorable, c'est Dieu qui travaille en tout, y compris dans les souffrances et dans les gémissements, comme nous l'avons vu plus haut, pour le bien "de ceux qui aiment Dieu, qui sont appelés selon son dessein".
   Ensuite viennent les affirmations (versets 29 et 30) qui expliquent à la fois le but de l'appel divin et la manière dont Dieu fait concourir toutes choses au bien. Cette collaboration pour le bien, qui est le plan de Dieu dans le salut des pécheurs, on peut la suivre depuis son origine dans la pensée divine, jusqu'à son apogée dans la gloire éternelle. Les cinq étapes en sont la prescience, la prédestination, l'appel, la justification et la glorification.
   a) et b). Il a connu d'avance et il a prédestiné. La différence entre la prescience et la prédestination tient peut-être dans le fait que le choix a d'abord été conçu dans la pensée de Dieu avant d'être proclamé. La décision a précédé le décret. Il ne s'agit pas ici de creuser les mystères de la prédestination. Pourtant, quelques paroles justes et sages du commentateur C.J. Vaughan méritent d'être citées : "Tous ceux qui seront finalement sauvés pourront attribuer leur salut, du début à la fin, uniquement à la grâce et à l'action de Dieu. Tout mérite de l'homme doit être exclu. Et cela n'est possible que si l'on remonte bien au-delà de l'obéissance qui rend le salut manifeste, ou même de la foi qui le saisit, jusqu'au libre acte de grâce de ce Dieu qui, de toute éternité, prévoit et ordonne à l'avance chacune de ses actions." Remarquez aussi que le but de la prédestination n'est pas un quelconque favoritisme, mais la sainteté, la ressemblance à Christ. Elle vise notre conformité à l'image de son Fils, afin que celui-ci soit le premier-né d'une multitude de frères. Tout comme au commencement, par un acte de grâce souveraine, Dieu créa l'homme à son image, cette fois encore, dans sa grâce souveraine, Dieu prédestine les hommes à être rendus conformes à l'image de son Fils.
   c) et d).  Il a appelé et il a justifié. L'appel de Dieu est la réalisation dans l'histoire de sa prédestination éternelle. Ceux que Dieu appelle répondent par la foi, et ceux qui croient, il les justifie, en les acceptant en Christ comme les siens.
   e) Il a glorifié, en les ressuscitant et les élevant au ciel, ceux qu'il a prédestinés, appelés et justifiés, leur donnant un corps nouveau dans un monde nouveau. Le chemin de la sanctification n'est pas mentionné ici, mais comme le souligne F.F. Bruce, il est compris dans la glorification : "La sanctification est le commencement de la gloire : la gloire est le couronnement de la sanctification." L'étape finale de la glorification est tellement certaine que Paul va jusqu'à l'exprimer par l'aoriste, comme si elle était passée, de la même façon que les autres étapes qui sont du passé. C'est ce qu'on appelle un "passé prophétique".
   Voilà donc la série des cinq affirmations qui sont comme les cinq anneaux inséparables d'une chaîne : "Ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés; ... ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu'il a justifiées, il les a aussi glorifiés." Dieu est dépeint comme celui qui avance résolument d'une étape à l'autre - d'une prescience et d'une prédestination éternelles, en passant par un appel et une justification inscrites dans l'histoire, à une glorification finale de son peuple dans le ciel.

2. Cinq questions irréfutables (versets 31 à 39).
   "Que dire de plus ?" C'est la formule, déjà employée trois fois dans les chapitres étudiés jusqu'ici, par laquelle l'apôtre introduit une conclusion. Il entend par là : "Compte tenu de ce que je viens de dire, qu'allons-nous dire maintenant ?" Quelle sera, à la lumière des cinq affirmations des versets 29 à 30, notre conclusion ? En guise de réponse Paul pose cinq questions, auxquelles on ne peut répondre ! "Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ?" - "S'il a donné son Fils pour nous tous, ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui ?" - "Qui accusera les élus de Dieu ?" - "Qui condamnera ?" - "Qui nous séparera de l'amour de Christ ?" (versets 31 à 35).
   C'est comme si l'apôtre lançait ces questions de toutes ses forces à la face de l'univers, avec un accent de défi et de triomphe, en sommant toute créature dans le ciel, sur la terre ou en enfer d'y répondre ou de nier la vérité qu'elles renferment. Mais il n'y a pas de réponse, car rien ni personne ne peut nuire au peuple racheté de Dieu. Si nous voulons comprendre ces questions, il est important de voir pourquoi elles sont irrécusables. La raison en est que l'affirmation supposée en chacune d'elles est fondée sur quelque vérité immuable. Ainsi, explicitement ou implicitement, chaque question est liée à une proposition introduite par "si". Cela est particulièrement clair dans la première des cinq.
   a) Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? (verset 31). Si Paul avait simplement posé la question : "Qui sera contre nous ?", sans la proposition conditionnelle, il y aurait eu beaucoup de réponses. De formidables ennemis se dressent contre nous : les incroyants s'opposent à nous; le péché qui habite en nous est une force puissante qui nous assaille; la mort est un ennemi. Sans oublier celui qui a la puissance de la mort, le diable ! Oui, le monde, la chair et le diable sont tous trop forts pour nous.
   Or, Paul ne dit pas seulement : "Qui sera contre nous ?" Mais : "Si Dieu est pour nous" - le Dieu qui nous a connus d'avance, prédestinés, appelés, justifiés et même glorifiés, si ce Dieu est pour nous, "qui sera contre nous ?" À cette question-là il n'y a pas de réponse. Le monde, la chair et le diable peuvent certes se déployer contre nous, mais si Dieu est de notre côté, jamais ils ne pourront l'emporter sur nous.
   b) Lui qui n'a pas épargné son propre Fils mais l'a livré pour nous tous, comment, avec son Fils, ne nous donnerait-il pas tout ? (verset 32). Ici encore, si l'apôtre avait simplement demandé : "Dieu ne nous donnera-t-il pas tout ?", nous aurions sans doute bredouillé quelque réponse incertaine. Nous avons besoin de tant de choses, des choses grandes et difficiles. Comment pourrions-nous être sûrs que Dieu satisfera tous nos besoins ? Cependant, la façon dont Paul exprime sa question bannit nos plus faibles doutes. Le Dieu, auquel nous demandons s'il nous donnera toutes choses, est le Dieu qui nous a déjà donné son propre Fils. Avec ce don comment peut-il manquer de nous prodiguer tout ce qu'il lui plat de nous donner ? S'il nous a fait un don extraordinaire et indicible - en livrant son Fils unique pour des pécheurs - ne nous donnera-t-il pas des présents plus faciles à décrire ? C'est la croix qui est la démonstration de la générosité de Dieu !
   c) Qui accusera les élus de Dieu ? (verset 33). Selon la remarque des commentateurs, il semble qu'avec les deux questions qui suivent nous nous trouvions dans un tribunal. L'idée, en effet, c'est qu'aucune poursuite ne pourra aboutir, dès lors que Jésus-Christ est l'avocat qui plaide notre cause, et que Dieu est le juge qui nous a déjà justifiés. Qui nous accusera ? Une fois de plus, si cette question s'arrêtait là, il ne serait pas du tout difficile d'y répondre : notre conscience nous accuse ; le diable ne cesse de nous accuser. La Bible l'appelle "l'accusateur des frères" (Apocalypse 12, verset 10) et son nom même signifie "diffamateur" ou "calomniateur". Mais les accusations du diable tombent à côté, elles ne peuvent pas nous blesser, elles sont comme des flèches qui ricochent sur un bouclier. Pourquoi ? Parce que nous sommes "les élus de Dieu", ceux qu'il a justifiés, et si Dieu lui-même nous a justifiés, aucune accusation ne peut tenir contre nous.
   d) Qui condamnera ? (verset 34). Oui, nombreux sont ceux qui cherchent à le faire. Parfois c'est notre coeur qui nous condamne, ou voudrait le faire (1 Jean 3, versets 20 et 21). Ou bien ce sont nos détracteurs et nos ennemis, sans oublier tous les démons de l'enfer. Mais leurs condamnations sont nulles et vaines. Pourquoi ? À cause de Jésus-Christ. Tout d'abord, il est mort, et c'est pour nos péchés qu'il est mort, autrement nous serions condamnés à cause d'eux. Puis, il est aussi ressuscité des morts, afin de prouver l'efficacité de sa mort. Enfin, ayant été élevé, il est assis désormais à la droite du Père; là, il est notre Avocat céleste et il intercède pour nous. Avec un Sauveur tel que Jésus-Christ - crucifié, ressuscité, élevé, intercédant pour nous - nous pouvons dire avec confiance : "Il n'y a donc, maintenant, plus aucune condamnation pour ceux qui sont en Jésus-Christ" (verset 1). Nous pouvons même interroger les démons de l'enfer : "Qui de vous me condamnera ?" Et il n'y aura pas de réponse.
   e) Qui nous séparera de l'amour de Christ ? (verset 35). Avec cette cinquième et dernière question, Paul fait ce que nous avons essayé de faire avec les quatre autres. Il cherche autour de lui une réponse éventuelle. Il passe en revue toutes les adversités auxquelles il peut penser, dont on pourrait s'attendre qu'elles nous séparent de l'amour de Christ. Nous aurons peut-être à endure "la détresse", "l'angoisse" et "la persécution", c'est-à-dire les pressions d'un monde sans Dieu. Nous aurons peut-être à passer par "la faim" et "le dénuement", c'est-à-dire le manque de nourriture ou de vêtements nécessaires, ce qui pourrait laisser croire, du moment que Jésus les a promis aux enfants du Père céleste, que Dieu ne prend plus soin des siens. Nous aurons peut-être à affronter "le danger" et "le glaive", c'est-à-dire la menace de mort ou la mort elle-même, par la méchanceté des hommes, le martyre qui est l'épreuve suprême de notre foi. Et il s'agit là d'une épreuve bien réelle, car l'Écriture nous avertit au Psaume 44, verset 23, que le peuple de Dieu est à cause de lui "tué tous les jours". Cela signifie que nous sommes constamment exposés au risque de la mort, comme des agneaux d'abattoirs (comparer le verset 36).
   Voilà des adversités, à n'en point douter ! Ce sont des souffrances bien réelles, douloureuses et dangereuses, difficiles à supporter. Mais peuvent-elles nous séparer de l'amour de Christ ? Non ! Car loin de nous séparer de l'amour de Christ, "en tout cela" - dans ces souffrances mêmes que nous éprouvons et endurons - "nous sommes plus que vainqueurs" (verset 37). Ces cinq mots n'en font qu'un dans le grec (hupernikomen, littéralement "hyper-conquérants"). Oui, nous sommes super-conquérants, "par celui qui nous a aimée". Notez bien cette courte proposition. Elle semble dire : Christ a prouvé son amour par ses souffrances, c'est pourquoi nos souffrances ne peuvent pas nous séparer de son amour.
   Maintenant Paul atteint le sommet de son exposé (versets 38 et 39). Il commence par  : "Jai l'assurance..." - voici, dit-il, ma conviction ferme et inébranlable : ni l'épreuve de la mort, ni les malheurs de la vie, ni les forces surnaturelles, bonnes ou mauvaises (anges, dominations, puissances), ni le temps (présent ou avenir), ni l'espace (hauteur ou profondeur), ni quoi que ce soit dans toute la création, ne seront capables, même au prix des plus grands efforts, "de nous séparer de l'amour de Dieu qui est en Jésus-Christ notre Seigneur". Cet amour, Dieu l'a manifesté historiquement dans la mort de Christ, et il l'a versé dans nos coeurs par l'Esprit de Christ.
   Dans cette assurance de l'amour de Dieu, et au travers de toutes les peines et de toutes les incertitudes de la vie, que nous aussi, nous puissions vivre et mourir !

CONCLUSION.
   Le thème sous-jacent à ces chapitres est que la vie chrétienne est une vie nouvelle - littéralement une complète "nouveauté de vie" (chapitre 6, verset 4; comparer version Segond). Les chrétiens sont effectivement renouvelés, des Hommes Nouveaux. Chaque chapitre ajoute un autre trait à leur portrait.
   Tout d'abord, "nous avons la paix avec Dieu". Nous étions ses ennemis, mais nous avons été réconciliés avec lui. À présent nous vivons dans une position de grâce, Dieu nous est favorable et nous sourit. Et nous nous réjouissons dans notre attente confiante de la gloire à venir.
   Ensuite, nous avons été unis avec Christ dans sa mort et dans sa résurrection. C'est le sens de notre baptême. Les bienfaits de sa mort et la puissance de sa résurrection sont désormais à nous puisque nous sommes à lui.
   De plus, nous sommes libérés de la redoutable tyrannie de la loi. Notre relation avec Dieu ne dépend plus de notre obéissance servile à des commandements ou à des règles. En Christ nous sommes maintenant sous la grâce. Voilà la liberté par laquelle Christ nous a affranchis.
   En même temps, le Saint-Esprit lui-même habite en nous. Et bien que nous ne soyons plus obligés d'observer la loi pour gagner notre salut, cependant, puisque nous sommes sauvés, les justes exigences de la loi sont accomplies en nous par la puissance intérieure de l'Esprit. Le même Esprit, qui nous sanctifie, rend aussi témoignage que nous sommes enfants de Dieu, et nous vient en aide dans nos prières.
   Enfin, nous savons que rien ne peut entraver la réalisation du dessein éternel de Dieu à notre égard, ni nous séparer de son amour infaillible en Christ. L'un des plus grands privilèges du chrétien est la connaissance de notre sécurité absolue au travers des vicissitudes de la vie.
   Car elles sont nombreuses. Il y a les épreuves infligées par un monde hostile et incroyant. Il y a "la chair", la nature déchue qui reste dans l'homme né de nouveau, "le péché qui habite en moi", qui s'attache à nos pas et nous pousse à nous lamenter de notre misère et à crier au secours. Il y a aussi les souffrances auxquelles nous sommes enclins, faisant partie de la création qui gémit tout entière dans les douleurs de l'enfantement. La persécution au-dehors, la corruption morale au-dedans , la fragilité de notre corps, - voilà nos constants problèmes. En dépit de tout notre privilège de chrétiens, nous n'y échappons pas.
   Si ce privilège ne nous assure pas contre ces épreuves, il ne nous dispense pas non plus des obligations. Au contraire, "nous avons une dette" (chapitre 8, verset 12). Puisque nous sommes devenus un avec Christ dans sa mort et dans sa résurrection, nous devons vivre la nouvelle vie pour laquelle nous sommes ressuscités. Puisque nous nous sommes livrés à Dieu comme ses esclaves, nous devons lui obéir. Puisque nous avons reçu l'Esprit, nous devons marcher selon l'Esprit. Puisque nous avons reçu la vie, nous devons faire mourir tout ce qui n'est pas en accord avec elle.
   En vérité, mieux nous comprenons la grandeur de notre privilège de chrétiens, comme Hommes Nouveaux, plus grand sera notre devoir de chrétiens de vivre en conséquence, en "nouveauté de vie", et plus ardent sera notre désir d'agir ainsi.

-FIN-